DESCRIPTION GÉNÉRALE
Les éléments de la scène sont les suivants :
1° En tête s’avancent, à Médinet Habou, neuf petites statues royales te-
nant chacune le long bâton de commandement dans la main gauche, tandis
que le bras droit est pendant et tient l'emblème de vie Ÿ. Au Ramesseum,
ces statues semblent avoir élé également au nombre de neuf, mais {rois
ont disparu el 1] n’en reste que six. Ces statues ont été posées à terre par
leurs porteurs, avec leur supporl, et sont censées marcher. Tandis qu'à
220 HENDE GAUTIER.
\édinelt Habou, «3 statues sont en tout semblables à celles [ue nous avons vues dans l'épiso“: précédent, au Ramesseum elles différent de ces dernières en ce qu'ell s tiennent, dans leur main droite pendante, non plus le Ÿ seul, mais à la ’ois Le . vertical et la massue — horizontale. Mais cc qui est surtout à roler, c'est que ces slalues, lant au Ramesseum qu'a Médinel Babou, ne sont pas les mêmes que Nous avons vues transportées sur les épaules des prétres dans l'épisode de Ja procession. Au lieu de sept (qui n'étaient, en réalité, que six puisque fa statue du roi régnanl Ramsès I[I était représentée deux fois), nous en avons 101 neuf, soit trois de plus. Ces trois statues supplémentaires sont celles de trois Pharsons antérieurs à Séthi E, à savoir Amenophis TT, Haremheb et Ramsès [. Comme, d'au- Lre part, au Ramesseum nous remontons jusqu'à Thouimisis DIE, 1 est à penser qu'aucune règle ne présidait au choix des statues; Îe décorateur avait foule liberté quant à leur nombre, suivant Fespace dont 1] disposait.
La statue du Plaraon régnant, en tête de la série, est la seule à Médinet Habou à porter comme coiffure le casque Apr$, tandis que les statues des rois antérieurs étaient coiffées du seul klajt. Au a au contraire, c’est la dernière statue, celle du roi le plus reculé en date, Thoutmôsis HF, qui seule porte le casque hpré.
2° Au-dessus des statues royales, c'est-à-dire probablement sur la même ligne que ces dernières, mais à leur gauche, s’avance le taureau blanc personnifiant le dieu ithyphallique. Sa légende, identique à celle du taureau déjà décrit dans l'épisode de la procession, est 1 à 5 hd, «taureau blanc». C’est évidemment le même animal, et il n'y a aucune bonne raison de supposer que deux taureaux différents participaient à la-fête. Îl est peint en blanc, tandis que la bandelette posée sur sa nuque est rouge.
3° Derrièrele taureau et les statues royales, el marchant ne la même direction, un serviteur désigné par le litre { wbs Anw, +antendant (?\ (régisseur ?) de Min» lient dans ses deux mains élevées à hauteur du visage une gerbe affectant exactement la forme du vieux déterminatif du mot bdt
« épeautre ñ.
l° Au-dessus de ce porteur de gerbe, la reine esl représentée debout, les deux bras repliés sur le milieu de la poitrine; son cartouche a été laissé
vide à Médinet Habou, mais au Rarmesseum nous avons le nom de Moutnofritari. Elle est peinte en jaune. |
5° Derrière la reine et le porleir de gerbe, le roi, coiffé du lpré, est surmonté et protégé, à Médinet Habou, par le faucon aux ailes mi-ouvertes, c'est-à-dire par le dieu Horus d'Edfou, = = 0), Il est coiffé à nouveau du casque Bpr$, qu'il avait quitté dans l'épisode précédent. Face à lui, un prêlre lui tend une touffe d'épis fraîchement coupés; le roi saisit de la main gauche ces épis, tandis que de la main droite 1l les éfague el les égalise avec une faucille de facon à les transformer en une gerbe présentable.
6° Derrière le roi, sept colonnes de textes occupent toute la hauteur du registre, et mêlée à ce texte la figure de F'officiant & hrj-hb, qui en doune lecture, occupe la partie inférieure des colonnes 4. 5 et GE,
7° Enfin, au-dessus des statues royales et du taureau, entre ia reine el le roi du tableau sulvant, un autre Lexte de douze colonnes occupe la partie supérieure du ie à
Les éléments constitutifs de cette scène étant ainsi connus, voyons en quoi elle consiste.
Reproduisons, pour plus de clarté, la cts du texte-programme | :
HER ESICENOATIBRNTEITEN NULLE tm RE LENNATL HE FAT ETUI —-LIERII-TUNE- +4
« Vient alors le imj-ht; à apporte cuivre noir damasquiné d'or, une fauaille, ans qu'une louffe d'épeaultre, qui sont données au roi. Voici que la 8mj.t récite
® Au Ramesseum, au contraire, celle divinilé protectrice n'existe pas.
®) Le texte de cet hymne est disposé exactement de la même façon sur chacun des deux exemplaires, Ramesseum et Médinet Habou : le titre occupe, horizontalement, le sommet des quatre premières colonnes. Mais au Ramesseum nous avons, en outre,
à côté de l'officiant, Ja léyende 5, ? ? —\ | n | «l'officiant en + lit l'hymne dansén.
G Voir ci-dessus, p. 61-62.
sept fois les formules en tournant autour du voi. Alors le roi coupe la touffe avec la faucille qui est dans sa main. | La gerbe] est placde devant son nez, purs po-
sée devant Ain, el un épi qui en proment rs donné au roi.»
J'ai montré au chapitre iv, au cours du commentaire du lexte-programme (1), que les éditeurs antérieurs avaient donné de la dernière phrase une interprétation incorrecte. Îl ne s’agit pas du tout d’escompter la moisson future devant résulter de la germination des grains d'épeautre contenus dans les épis de cette gerbe, mais de quelque chose de beaucoup plus simple : le dieu, ayant reçu la gerbe que le roi vient de lui offrir, le remercie en lui en remettant à son Lour un épi.
Le serviteur qui fait face au roi et lui prie la toufe d’é épis li fratche-
47 CAE
( L ic £ ment moissonnés (4 7 Fe a. À Sn el. Ti
ps D M$ : \édinet Hilo) porte L. mi “R My- -ht, aussi bien dans
le texle-programme que sur les re présentations de la scène. Mais le texte-
: Ramesseum:;
programme nous apprend, en outre, que c'est lui qui a apporté «cuivre noir damasquiné d'or, une faucille», c'est-à-dire l'outil en cuivre muni d'un manche en or avec lequel il moissonnera les épis et qu'il présentera ensuite au roi, avec la toufe d’épis coupés, pour que celui-ci élague la partie inférieure des liges et transforme la louffe brute et irrégulière en une gerbe bien nette. |
Quoi qu'il en soit, le roi élague LUS avec sa faucille ({fle7:) la partie inférieure des tiges des épis que lui a Lo le imÿ- -ht. La Légende de cet acte royal est la suivante :
NA ] = = 7 À ? (Ramesseum), NL FR TA (Médinet Habou).
Le roi agit ici en tant que représentant sur le trône d'Egypte du dieu Horus, et les mots «= ou 7 «son père désignent ici Ostis, père d'Horus ©, el non le dieu Min comme on pourrait le croire. Le taureau aux pieds de qui la gerbe d'épeautre va être déposée penis d’ailleurs,
Osinis aussi bien que Min.
OT Voir ci-dessus, p. 101.
9 Cf. GanDiner, Journal of Egyptian Archæology, Il, P. 125.
Je ne vois pas la raison pour laquelle M. Blackman 1) à été amené à admettre une double oflrande de la part du rot, «first of a newly reaped sheaf of spelt and then of one of barley ». Il n'est question nulle part d'orge, et la seule offrande représentée est celle d’une gerbe de bd.! ou épeautre.
Le rite de la moisson et de l’offrande de ses prémices sous les espèces d'une gerbe d'épeautre est assez souvent mentionné dès les textes des Py- | ramides ($S 657, 761, 874, 1748, 1880, 1950, 2070) comme un des rites essentiels célébrés dans le monde céleste soit par le rot, soit pour le roi.
Nous voyons à diverses reprises dans Îles temples le roi couper devant le dieu de Îa génération une gerbe de telle ou telle espèce de céréale, et dans les tombes thébaines du Nouvel Empire Îe roi apparait également assez fréquemment comme le prêtre de la moisson.
Avec le serviteur ëm-ht qui vient de couper à mème le champ [a toufle d'épis dont se composera Ja gerbe à offrir au dieu, un autre personnage intervient dans cet épisode de la cérémonie. C'est celui qui marche immédiatement derrière le taureau et qui tient à deux mains la gerbe telle que le roi vient de la constituer après élagage et égalisation des tiges d’épis.
Le titre de ce personnage n'est pas indiqué. Il est assez difficile de l'identifier, comme j'en avais eu d’abord F'intention, avec le personnage féminin "5 | À = se fmÿ.t, dont le texte-programme nous fait savoir qu'elle récite sept fois une cerlaine formule en tournant autour du roi. Tout bien considéré, ce titre $m3.i ne paraît pouvoir désigner que la reine elle-même, seule femme que nous voyions participer à la cérémonie.
En tout cas, la légende définissant le geste exécuté ne le personnage (2)
«poser l'épeautre à à terre devant ce dieu» (ce est-à-dire devant le taureau per-
Jen sic 1 NAÆ=Î
marchant derrière le taureau est très claire : À = [=
sonnifiant Min). La variante = m& à Médinet Habou, certainement incorrecte, pourrait induire en erreur et faire croire qu'on enfouissait Îa gerbe dans la terre, sans doute pour assurer la reproduction de la plante et la continuité des moissons annuelles. Il ne s’agit certainement de rien de pareil dans le rite de l’offrande de l’épeautre, bien que certains commentateurs semblent avoir été tentés d'adopter cette interprétalion.
() Luxor and its Temples, p. be.
C) Variante à Médinet Habou : AZ ie == "|".
3, — L'ANMNE AU DIEG DE LA FERTILITÉ.
l'andis que ces divers actes son! accomplis par le roi et fes prêtres, en présence de la reine: l'olliciant, texte en mains, donne lecture de l'hymne au dieu de fa fertilité, qui compte huit colonnes au Ramesseum ct sept à Médinet Habou.
Cet hymne a été traduit par Fougé {Mélanges d'archéologie, X, p. 131) et par M. Daressy {Nouce du temple de Médinet Habou, p.12).
A. — TEXTE
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6) Le déterminatif du mot fnkw porte deux plumes W À dans je cheveux.
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N. LA E SUENTUI-T1LI-
B. — TRADUCTION
Hymne dansé pour Min qui est sur le h$p (var. hép.0) Ês). Sulut à tor, Ain (var. Min-Ré) on paix (c'est-à-dire peut-être : bienvenu) sur le hép (var. h$p.4)! Le roi Ramsès 11 (var, le roi seigneur des deu terres Ramsès 11) voit (2) La couronie de ton front, il te l'apporte pa.
Salut à toi, Min fécondant sa mére! Combien est mystérieux ce que tu lui as fait dans l'obscurité (4)! Toi, dieu unique, accumulant les acclamations (5), puisses-tu donner la ve (6) quand il (eest-à-dire : à celui qui) l'adore! Puissestu lu être propice (6)! Il est seul ici(?), tu lui us conféré (indiqué?) la fonction des Fenkhou (7), tandis que tu sors de la grande porle (8), que tu es debout sur le hijw de Maût (c'est-à-dire de la Vérité) (9) et que tu commandes les paroles avec ion pére Osiris d'heure en heure (?) (10).
Voici que tu as ordonné (?) Lou tu ordonnes] de protéger le roi Ramsès 11 (var. Ramsès I[]) contre toute mauvaise chose. Min est justifié devant ses ennemis au ciel [et sur la terre] par les juges (ou dans l'assemblée des juges, le tribunal) de chaque dieu et de de à déesse (c’est-à-dire : de tous les deux el toutes les déesses).