‹ Les Fêtes du dieu MinChapitre 45 sur 68 · CG. — COMMENTAIRE · texte numérisé non relu

CG. — COMMENTAIRE

(1) Le caractère agraire du dieu Min. — Ce n'est pas sans une évidente intention que l'hymne dont la récitation accompagne l'offrande de la gerbe d'épeautre s'adresse à une forme nettement spécialisée du dieu de Ia généralion, définie par l'épithète * al jp hép (Ramesseum) ou a NES s phsp.t (Médinet Habou). Cette épithèle, qui esi certainement en Re étroite avec le caractère agraire de cette scène, n’a Jamais élé, à ma connaissance, ni relevée ni expliquée. On ne saurait la traduire autrement que par «qu

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est sur le terrain cultivé» où <sur le chamy» 0), Elle se réfère donc au même ordre d'idées qu'une autre épithèle assez ne de Min, * AA ut éht.w.f, «qui commande à ses champs, où «le premier de ses champs +.

Nous ne devons pas oublier, pour apprécier à leur juste valeur les renseignements fournis par les divers hymnes de la «sortie» de Min, que ces lexies, pour ne nous être Jusqu'à présent connus que par des versions d'époque ramesside, étaient certainement d’origine très ancienne. L’épithète tp hép.i «qua est sur le champ > est donc, selon toute probabilité, aussi vieille en date que celles des autres épithètes de Min qui mettent en vedette son rôle de «seigneur » (=) ou de «dominant» @ les pays élrangers montagneux el désertiques ( x). Dès les origines les plus lointaines de son culle, le dieu n’était pas seulement vénéré dans les régions montagneuses constituant aujourd’hut, entre Nil et mer Rouge, la partie méridionale du déser! arabique ; il était aussi l'objet d’un culte de La part des habitants de la zone plate et cullivée s'étendant entre Île e fleuve et les premières falaises de ces régicns-montagneuses.

C’est l'union intime de ces deux régions de nature et d'aspect différents qui paraît être rappelée de la plus heureuse façon dans le nom spécial que donnent les listes officielles des nomes de la Haute-Égypte à la partic agricole du nome dont Coplos était précisément le chef-lieu et qui occupe le cinquième rang sur lesdites listes. Cetle circonscription s'appelait e. RS htjw hép et cette dénomination ne doit pas, à mon avis, êire traduite par l'escalier (ou la terrasse) du champ cultivé, mais bien par la répion monlagneuse en terrasses et la région plate cultivée, autrement dit la montagne et la plaine), Le fait que la montagne a continué aux âges pharaoniques, et jusqu’à la plus basse époque romaine, à être associée à la plaine dans le nom officiel d’un district essentiellement agricole, suffirait à lui seul pour nous autoriser à admettre que la montagne était encore, à l'époque où ont été constituées les premières listes de nomes, verdoyante et cultivée. Mais B

EE h$p est rendu en grec par mapédeicos, jardin (cf. Bourranr, Rec. de trav., VE, p. 18;

SrrececBere, Der demotische Text der Priesterdekrete von Kanopus und Memphis, p.45;

0) Je rappelle que. dans l'inseription trilingue de Rosetle (1. 15), le mot Û

Serue, Urk. der griech.-rôm. Zeit, p. 176).

@®) Voir la conclusion de mon essai sur Le «reposoirn du dieu Min (in Kémi, IL, p. 80 el suiv.).

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nous savons par ailleurs que les conditions climatériques étaient, aux premicrs âges de Fhistoire de Ja vallée da Nil. bien différentes de ce qu'elles sont devenues par la suile. La contrce située à l'est du fleuve, à laquelle on peut donner l'appellation générale de .Coplide (du nom de Ja ville de Coptos qui en occupait à peu près le centre et qui en fut aux époques historiques la métropole), était bien loin de se présenter, aux origines de la civilisation pharaonique, sous l'aspect aride et inculte qu’elle revêt aujourd'hui dans sa plus grande partie. Elle a dû évidemment être soumise au même régime de pluies torrentielles que le reste de la vallée du Nil, régime dont nous savons qu'il a été dans tout le nord de l'Afrique caractéristique de la fin de l'ère glaciaire. Ces abondantes chutes d’eau avaient favorisé, dès l’époque des hommes préhistoriques, l'éclosion d'une abondante végé- {ation forestière, dont on à retrouvé récemment à El-Badari d'importants vestiges. Ce que nous désignons aujourd'hui sous le nom de désert arabique semble donc avoir été à ces époques reculées tout autre chose qu'une solitude désertique : c'était, au contraire, une zone arrosée, verdovante et peuplée de nombreuses tribus qui y trouvaient aisément leur nourriture, aussi bien végétale qu'’animale 1),

La distinction que croyait pouvoir jadis établir Maspero ®) entre Min, dieu du désert aride et inculte, et son voisin de Thèbes, Amon, principe de la fécondité du sol cultivable et productif, est donc loin de correspondre à la réalité des choses. Comment, d’ailleurs, si cette contradiction entre les deux principes divins avait été aussi nette et aussi rigoureuse, pourrions-nous expliquer que, d'assez bonne heure, les qualités et attributs les plus caractéristiques d'Amon aient pu être empruntés par Min et inumement confondus avec les attributs et caractéristiques de ce dernier? Aussitôt que Min entra en relations avec son voisin du sud, c’est-à-dire dès le début du Moyen Empire, il fut considéré, au même ütre que ce dernier, comme le dieu des champs ,. des vergers el des jardins. Ce caractère agraire de diea de la végétation et des récoltes a, d’ailleurs, été mis en lumière

( Je ne puis mieux faire que de renvoyer au tableau suggestif de la vie des premiers Égyptiens dans ce désert préhistorique qui a été brossé par M. Ch. Kuentz dans son article Autour d’une conception égyptienne méconnue : l'Akhit ou soi-disant horizon (in Bulletin de l’Inst. franç. d’Archéol. orient., XNIT, 1990, p. 121 el suiv.).

@) Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, X, p. 99.

depuis bien longtemps, et, semble-t-il. pour la première lois par Wilkinson {. En tant que divunté personniliant le principe générateur universel de la nature, son rôle ne se lnilait pas, à dit ee savant, à la procréalion el à la perpélualion de lespéce humaine et des innombrables espèces animales, mais s'étendait également au monde végétal. Ainsi s’explique, ajoutait-1l, que son image soil accompagnée d'arbres et de plantes que les rois lui fassent offrande d'herbes on moissonnent le blé en sa présence, ou enfin s'occupent à labourer là lerre devant lai pour la rendre aple à recevoir les germes émanés de sa divinité.

Le caractère agraire de Min est, d'ailleurs, prouvé par un certain nombre d'allusions, dans des documents autres que les scènes de la - sortie: de Min qui nous occupent . aux champs. aux plantes, aux Heurs el aux moissons. C'est ainst qu'un passage du chapitre 149 du Livre des Morts (l. 2) met dans la bouche du défunt Les paroles suivantes : + Von âme « construil une habitation à Bousiris: je suis florissant à Büulo; je laboure mes champs avec mes gens; mon palmier-doun est en forme de Win ( À \ 7 .. YE NT 3) Le palmier-doum (mm) est un arbre qui vit au bord des régions déserliques (dant Min était précisément originaire) el dont la zone de croissance ne s'étend pas au nord plus loin que Dendérah. C’est donc là une indication préciense à ajouter à toutes celles qui, par ailleurs, tendent à localiser dans la partie méridionale du désert arabique le culte originel de Min.

Il ne faut pas confondre ce palmier mm avec l'arbre À 7 lime, dans lequel on a voulu voir, à tort certainement, un palmier @), et qui apparaît en relation une fois au moins avec le dieu Min de Coptos. Sur une stèle ramesside trouvée à Coptos, publiée par À. Weigall $) et conservée au Musée du Caire, le dieu Min est appelé % [= WE TT EUR LE «Min Coptite, grand dieu au cœur de l'arbre mx. Cet arbre est plutôt, ainsi que l'a supposé M. Sethel‘}, une espèce de jujubier (peX/wros).

D'autre part, Amon-Min et Amon-Ré sont indistinetement qualifiés de

0 À second Series of the Manners and Customs of the ancient Egryptians (1841), vol. 1, p. 257 et-suiv.= vol. IT, p. 22 et suiv. de la réédition de Birch en 1878.

@ Cf Wôriterbuch der aegypt. Sprache, 1, p. 70.

® Annales du Serv. des Antig., IX, p. 119.

Dramatische Texte, etc., W, p. 145.

LES FÊTES DU DIEU MIN. os

l'éprihète dit ll es . D fly Shtrw.f «qui est à lu tête de ses chanps > | varlante LEE Gr, est probable que ces «ehamps- ont primilivement appartenu à Min, ainsi que les pays de 1/4 et de Pount et les routes du désert arabique, el qu'ils ont été transférés à Amon assez tard, lors de la fusion entre les deux dieux. En lout cas, nous les voyons dès la AVHII dynastie, et bien avant les deux exemples ci-dessus rappelés, altribués à Amon a une phrase d'un hymne à ce der nier 1 NS \- 2h=7T |]

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