DEPUIS L'ANCIEN EMPIRE JUSQU'À PLUTARQUE
Dans la plupart des fêtes célébrées en l'honneur des anciennes divinités égyptiennes, l'acte essentiel de la cérémonie était, comme l'a fait Justement observer depuis longtemps M. le Prof. Erman, l'apparition de la divinité aux yeux des fidèles rassemblés, c'est-à-dire le transport en procession, aller et retour, de la statue de la divinité entre la chapelle où elle habitait et l'endroit fixé pour Îa cérémonie. Cette promenade processionnelle portait un nom consacré, qui est uniformément le même quelle que soit la divinité dont il s'agisse, = pri «sortie, apparition nl),
C'est en vertu de cette règle, commune à tous les culles, que nous voyons mentionnée dans Îles textes Îa —— = pr.t Mnw «sorte (apparition) de Min» comme la plus importante de toutes les cérémonies célébrées en l'honneur de ce dieu; c’est elle, en effet, qui est le plus fréquemment citée, et cela à toutes les époques.
Cette fête paraît avoir été célébrée non seulement à Coptos et à À pou- Panopolis, les deux cités spécialement consacrées au dieu ithyphallique, mais encore à Memphis (et cela surtout sous l'Ancien Empire}, à Abydos (et cela surtout sous le Moyen Empire), à Thèbes enfin {et cela surtout sous le Nouvel Empire, après que le dieu local de cette ville, Amon, eut absorbé son voisin de Coptos). On peut donc affirmer que dès l'Ancien Empire elle faisait partie des fêtes religieuses qui élaient célébrées dans l'Égypte entière.
® Voir, par exemple, dans l'inscription de I-kher-nofret au Musée de Berlin, qui décrit les mystères sacrés d'Osiris à Abydos sous la XII* dynastie, la = oprtst egrande sorlie, grande apparition», que les stèles funéraires d'Abydos contemporaines appellent = (n° et les monuments des époques plus lardives = nd Lo (Scnirer, Die Mysteri ien des Osiris, p. 24-25). Cette «grande sortie» d’ Osiris a constitué de bonne heure le noyau de ce qui devait devenir sous le Moyen Empire les mystères d'Abydos (cf, Serne, Ürgeschichie, ete., p. 167, note 1).
Elle consistait essentiellement, comme l'indique son nom pr.t, dérivé du verbe pr «sorüir», en une promenade proccssionnelle de la statue du dieu it, entrecoupée d’arrêts à certains reposoirs échelonnés sur le trajet. de la procession. Le mot pr.t a élé souvent rendu, en dehors de son sens étymologique «sorte», par «das Erscheinen, die Erscheinung», ou «die Offenbarung», «the appearance», c’est-à-dire «l'apparitionr. Ce sens est admissible, mais à condition qu'on ne l'emploie pas comme synonyme d'«apparition» ou de «lever» d'un astre, de l'étoile Sirius par exemple. Pour désigner, en effet, le lever astronomique d’un astre, les Égyptiens employaient le mot wbn. Et, d'autre part, la «sortie» ou «apparition» de Min ne revêt jamais aucun caractère astronomique, bien que les textes . parlent quelquefois des levers du dieu, et bien qu'à partir du Nouvel Empire le verbe 4 #‘ÿ «se lever» soit couramment employé à la a place du verbe pr} «sorkir», et le substantif di kw (pluriel Eu tu 7.) «lever» à la place du substantif pr.t «sortie» : l'hymne à Amon-Ré, par exemple, que nous ont conservé le papyrus n° 17 de Boulaq et Îa staluc n° Log5g du British Museum, qualifie Min de = @ffWes * bd: Li tr «grand de volonté (?\), puissant de levers ».
De même sous la XVII dynastie, le dignitaire Nebouâoui nous raconte, sur une de ses statues, qu'il la fut ordonné d'aller faire apparaître son père Horus-vengeur-de-son-père (une des formes de Min depuis le Moyen Empire) dans la demeure de Min, seigneur d'Apou, à loutes les fêtes [célébrée] dans
Apou : no PIED ll INTENSE LA oh 7 e: a @(0, H'semble que Nebouâoui ait reçu effectivement l’ordre du roi de se rendre de Thèbes à Âpou pour y prendre part
(9 Enman-Grapow, Wôürterbuch der aegypt. Sprache, 1, p. 525 : das Ausziehen (eines Gottes in Prozessron). — M. G. Foucart a donné à cetie fête memphite de l’Ancien Empire le nom d'Exodus of Min (cf. Hasrines, Eneyclopædia of Religion and Ethics, vol. 3, p. 1036).
® Texte : Revicrour, Revue égyptologique, VII, p. 132; Smecerserc, Rec. de trav., XIX, p. 97-98; Serne, Urkunden der 18. Dyn., p. 208-209. Traductions : SPIEGELBERG, loc. cit.; SBTHE, À. Z., XXXVI, p. 71; Breasren, Ancient Records, Il, $ 181; Kees, Aegypten, p. L3 (fascicule 10 du Regionagescarchtones Lesebuch publié sous la direction d'Alfred Bertholiet).
à diverses fêles célébrées dans le temple principal de celle ville en l'honneur du dieu ithyphallique.
Au temple funéraire du roi Séthi [*, à Gournah, ce dernier est appelé INEÎTF = T1" «chef gracieux comme Min lors de son lever » M.
Au lemple de Kom Ombo Ia fête pin de la nouvelle lune cest mentionnée sous la forme e Si ps pes LE shj Mnw n psdntjw nb «lever (apparition) de Min à or nouvelle bas 0).
Enfin un passage du calendrier du temple d'Esna (époque romaine) mentionne, à la date du 1° Pakhons, De de la fête des dieux locaux Khnoumou, Nebouout et Hika, [ FT CI si Mau mn r pr msi « faire apparaître (c'est-à-dire ici faire . en procession) Ain-Amon dans la direction de la demeure de la naissance » ).
En tout cas, attribuer, comme l'ont fait Brugsch et plus récemment M. Kees (), à la pr.t de Min un caractère astronomique et une relation avec la lune, en se fondant sur une leciure incorrecte de la date de la fête
à Médinet Habou W = A=—*. œ L< J( au lieu de W=2@ =" :
9). me paraît chose impossible.
EE | k * * D
Bien que la sorte de Min ne soit pas signalée sur les monuments avant la fin de la I[T° ou le début de la IV° dynastie (5), il n'est pas douteux que son origine remonte à une époque beaucoup plus ancienne et se confonde même avec l'apparition de la monarchie égyptienne. Nous savons que Min fut, avec les dieux du cycle osirien, une des premières divinités adorées par les Égyptiens de l'époque non seulement protohistorique, mais même prébislorique. D'autre part, la pierre de Palerme mentionne, au nombre
(9 Cité par Sécim Hassan, Hymnes religieux du Moyen Empire (1930), p. 170.
6) Kom Ombos, 11, p. 53, n° 597.
@) Cf. Baucscn, Matériaux, etc., pl. XIT, col. 11-19 et Drei Fest-Kalender, etc., p. 26. |
À Esna également on jrouve un exemple du verbe simple kÿ employé en relation avec le dieu Min-Amon : TT —. de (ef. Bnucscz, Thesaurus, p. 382, col. 13). “) À, Z., LVII, 1909, P: 181,1 nole 5.
(9) Voir ci-dessous, P- 20.
des fêtes célébrées à l'époque thinile en l'honneur de certaines divinités importantes, à côté de la fête de la déesse Neït de Saïs. de celle du dicu Sokaris de Memphis, de celle des dieux Anubis et Oupouaouet d’Assiout . une naissance de Min, qui semble bien avoir été le prototype de la cérémonie qui sera, plus tard, sous les dynasties memphites, désignée sous le nom de «sorte de Min » 0),
La fête Î if méw.t Mnw «naissance de Min» fait au recto de le pierre de Palerme (1. a et 1. 5) l’objet de deux mentions :
a) Sous la T° dynastie, sous le roi Alothis, ou son successeur, la «naissance de Min» fut célébrée la même année (an 7) que la dk néo.{ «apparition du roi de la Haute-Épypte » ©):
b) Sous la [F° dynastie, sous un roi dont le nom n'a pas élé conservé, la «naissance de Min» fut célébrée la même année {an 3) que le 9 W — m$w Hr «service (ou culte) d'Horus »
Nous avons peut-être, d'autre part, à reconnaître encore une troisième mention de la «naïssance de Min», contemporaine des deux précédentes, dans une inscription mutilée d’une des tombes royales d’Abydos, { —— 2 (4), restituée par M. Sethe (5) en { —— [fi] rnpl métv.i Mfnw wannée de la naissance de Min». |
J'ai émis plus haut l'hypothèse que cette «naissance de Min» des dynasties thinites devint plus tard, à l'époque memphite, la «sortie de Min ». La preuve de cette identité entre les deux fêtes me semble, en effet, ressorüir en toute évidence d'un passage de la section g du chapitre xvnr du Livre des Morts. Je reproduis cette g° section d'après l'édition qu'en a
(3 Voir ci-dessous, p. 20-22.
® Cf. Navue, Rec. de trar., XXI, p. 115 et XXV, p. 69 et 76; Scmären, Ein Bruckhstücle aliacgyptischer Annalen, p. 17; Breasten, Ancient Records Ÿ Egypt, Ï, $ 99.
7 Navise, op. cit., XXI, p.115 et XX, p. 7h et 77; ScnÂFes, op. cit., p. 28; Bneasten, op. cit., $ 142. en
(4 Dérais, The Royal Tombs of the First Dynasty, vol. 1, pl. XVI, n° 95.
a Untersuchungen zur Geschichte und Altertumskunde Aegyptens » NX, p. Je Le nom du roi sous lequel fut célébrée celte fête est inconnu.
donnée M. H. Grapow dans ses Rchpiôse Urkunden}, p. 18-91, avec a
traduction du même savant {1hid., p. 8-Q).
Moyen Empire
LUNA ZSCN ESC ÉN XÉ
« Je suis Min à sa sortie. J'ai mis mes deux plumes 4 ma lêle,»
Nouvel Empire :
TINTIN ER IENPxE
«Je suis Min 4 sa sortie. J'ai mis mes deux plumes 4 ma têle.»
Basse époque :
LFAEMNZTIE UT
«Je suis Ain à sa sortie. Il a nus ses deux plumes à sa tête.»
Le mot pr.wt «sorlies», qui nous intéresse spécialement ici, est quelquefois écrit F1 +.+ (tombeau d'Harhotep au Musée du Caire, 1. go : Maspero, Mémoires publiés par les membres de la Mission archéologique frangaise du Caire, 1. 1, p. 143). On trouve aussi la forme peu correcte = K" (Nouvel Empire : Navice, Das Todtenbuch der Aegypter, pl. XHE, col. 14 et suiv.). Souvent encore, et principalement au Moyen Empire, le mot est employé au singulier F1 pr.t (sarcophage de Montouhotep à Berlin : Lersius, Aelleste Texte des Todtenbuchs, pl. 1, col. 5-8 et p. 32-33, 43- 4h, 52; — sarcophage de Ma à Bruxelles : Sreceers, Recual d'inscriptions égyptiennes de Bruxelles, p. 26, n° 85 et Recueil... Champollion, p. 632). C'est évidemment ce singulier qui est la seule forme correcte; d'où la traduction de M. Grapow : ber seinem Auszug P),
(9 Les Religiôse Urkunden, parus en 1915, forment la 5° section (non encore inachevée) des Urkunden des ägyptischen Altertums, édités par M. Steindorff avec la collaboration de MM. Sethe et Schäfer. — Voir aussi, pour le passage spécial qui nous . occupe, Séts Hassan, Hymnes religieux du Moi oyen Empire, P: 141.
@1 Certains textes orthographient aussi L 17 22 nu C4,
Or, à partir du Nouvel Empire, les commentateurs ont éprouvé Îe besoin d'ajouter aux gloses antérieures concernant cette phrase une nouvelle explication relative au mot pr.t ou pr.wl :
LIRE +E LENOIR TURC ILZ MIRE eh
«Qu'est-ce que cela? Min, c'est Horus vengeur de son pére; sa sorte, c'est sa naissance. »
Il est donc bien clair que la «sortie» de Min est une survivance de l’ancienne fête thimite où l'on célébrait la «naissance» du dieu. Et de même que pour le mot pr.t, l'emploi du pluriel ñ1 Ÿ . ms.wl où ñh 1 | SUD. «naissances » est ici abusif pour le singulier ni S m$w. C’est environ sous la IV° dynastie que nous assistons à la substitution de la nouvelle appellation, pr.t Mnw, à l'ancienne, msw.t Mnw.
La «sortie de Min» apparaî alors dans les formules funéraires d’un assez grand nombre de mastabas de la nécropole memphite, à Guizch d'abord, puis à Sagqara ). L'exemple le plus ancien, er =, est peutêtre celui qui se trouve sur un bas-relief de Bruxelles, trouvé ül y a plus de vingt ans par Sir Flinders Petrie et attribué par M. Speleers à la période de la fin de la II ou du début de la 1V* dynastie). Les fragments du temple funéraire du roi Ne-ousir-ré (V° dynastie) à Abousir, patiemment rassemblés et étudiés par MA. von Bissing et Kees!}, mentionnent également cette fêle, qui paraît ainsi, dès l'Ancien Empire, n'avoir pas été seulement une fête locale de Coptos ou d'Apou, villes par excellence de Min, mais avoir complé. parmi les fêtes qui étaient célébrées dans le FRE entier (), : |
on Voir, par exemple, Lepsius, Denkmäler, Abt. 11, BI. 18, 34, 37, 564, 58, 81, 896, etc.; Marierre, Les Mastaba de l'Ancien Empire, C3, Gg,D923, Du, Do, D 48, D 60, D62, E1-2, Ha: Brucscn, Thesaurus, p. 239 ARODÈRse de Khoufou-ânkh au Musée du Caire).
(1 Spereers, Recueil des inscriptions égyptiennes des Musées Royaux du Cinquantenaire à Bruxelles, p. 4, n° 37.
(9 CE Das Re-Heiligtum des Kônigs Ne-moser-Re‘, WT, p. 52-53 et pl. 31, n° 482.
() Cette universalité de la vsortie de Min» est, naturellement, une conséquence directe et logique du fait que le culte du dieu ithyphallique, limité d'abord à Coptos
et à Apou, s'est propagé de très bonne heure dans toute la vallée du Nil.
Dans les nombreuses formules funéraires dus lombes memphites de l'Ancien Empire qui mentionnent la «sortie de Min»), le nom du dieu est, en général, suivant la règle de préséance, écrit avant Île mot pr. Il peut aussi, du reste, venir après ce mot, par exemple dans les formes = ou = 4 (9) et = f 6), Ce sera même cette dernière orthographe qui, à partir du Moyen Empire, sera la plus régulièrement employée.
La «sortie de Min » vient généralement, dans les listes des fêtes célébrées en l'honneur des morts de la nécropole memphite, au septième rang, immédiatement après la fête 51 rkk (fête de la flamme ou de la lampe) : par exemple dans le tombeau de Sagqara mentionné par Brugsch (Thesaurus, p. 235 } et dans le tombeau de * ” % découvert en 1930 à Guizeh par l'Université Égyptienne. Elle se trouve dans les nombreuses énumérations des fêtes de la nécropole, sous la forme Æ, entre la fête rkh et la fête $d.
La succession des différentes fêtes n'est pas cependant absolument rigide et immuable, et l'on peut aussi rencontrer la «sortie de Min» mentionnée soil après la fête de Sokaris, (4 &), par exemple, soit après la fête de l'érection de l’autel à feu, Iles. HO soit après la grande fête {1 Q LA soit enfin après la fête #90.
(} Cette mention presque constante de la rsortie de Min» dans les tombes memphites est un des nombreux trails par lesquels se révèlent à nous les relations étroites du dieu avec la ville de Memphis. Celte question a été fort bien mise en lumière par M. Kees (À. Z., LVI, 1929, p. 131).
@ Par exemple Lersits, Denkmäler, Ab. IT, BI. 18 (tombeau du prince es .. fils de Chéops, conservé au Musée de Berlin : Enuan, Ausführliches Verzeichnis, édit. 1899, p. 48, et Scuiren, Aegyptische Inschriften aus den kôniglichen Museen zu Berlin, J, p. 88, n° 1107). — Voir aussi Marmerte, Les Mastaba de l'Ancien RÉRRES D 39 (p. 278-279) et D 4o (p. 283).
1 H. Kess, Das Re-Heiligtum, etc. pl. 31, n° 89 et p. 52-53. — - Cf. Baucscu, Matériaux, ete, pl, 14,c,f,g.
(9 Tombeau &e vi à Berlin, V°dyn. (L.,D., IT, 65 — Ausführiiches Verzeichnis, édit. 1899, p. 51= Scrirer, Aegypt. Inschr. Berlin, 1, p. 102, n° 1108 A); — tombeaux de Ptahhotep et de Ptahchepses à ia (Mamerre, Li Mastaba de l'Ancien Empire, D 62.etE 1-2).
(5) Tombeau de Le z à Berlin, IV° dyn. (L.,D., 11, 18 = Ausführliches Verzeichnis, édit. 1899, p. 48=Scnirer, Aegypt. Inschr. Berlin, 1, p.88). Voir aussi L., D., I], 58.
#) Tombeau de {à Guixeh(L., D, II, 34g)
(1 Sagqara : Roucé ,Inscr. hiérogl., pl. 38 Bnucscn, Thesaurus, p. Hoi.
Cette fêle, qui parait avoir joué un rôle si important sous l'Ancien Empire el à Memphis principalement, n'est pas mentionnée une seule fois dans les textes des Pyramides de Sagqara. Ces lexles, traitant spécialement de la vie future du Pharaon défunt cet de son identification avec le dieu solaire, n'avaient, en effet, aucune raison de réserver une place à la célébration de la fête d’un dieu qui en était encore, à l'époque où ces textes furent constitués (1), au stade premicr de son développement et qui ne s'était pas encore identifié, comme il le fera plus tard, avec le dieu solaire Horus, puis avec Ré lui-même.
Au Moyen Empire, le nombre des fêtes pendant lesquelles est assuré le service des offrandes alimentaires aux défunts est plus grand encore que sous l'Ancien Empire, et la «sortie de Min» continue à figurer dans le nombre, mais avec des orthographes quelque peu différentes de celles
° [x des âges antérieurs. On rencontre alors surtout des formes comme =
= ®), Z<F 6) <f°, C1 6, ou 2 < (5, où le nom du dieu
est, contrairement à l'usage de Ancien Empire, rejeté après le mot pr.f.
Une exception à cette règle presque constante est, toutefois, à signaler, 7 , mr LT
sur une stèle du Musée de Rennes, où on lit & = = l, Ce dernier exemple nous met, d'autre part, en présence d’une forme
(7 D'antant plus que ces textes sont, à n'en pas douter, d'origine beaucoup plus ancienne que les exemplaires de la fin de Ja V* dynastie et de Ja VI° dynastie venus jusqu'à présent à notre connaissance.
1 Tombeau de Khnoumhotep à Dabchour (J. ne Moncan, Fouilles à Dahchour, I, p. 20); stèle C. 186 du Louvre; stèles n°* 20338, 20693 et 20733 du Musée du Caire (Lance et Scuirer, Catalogue général, Grab- und Denksteine des mittleren Reiche, Î, p. 349; If, p. 390 et 363).
® Sièle n° 20519 du Caire (Lance et Scärer, op. cit., Il, p. 115).
(® Stèle n° 4o de la Glyptothèque de Munich (Spiececserc, Dyrorr et Pôrrner, Aegyptische Grabsteine, etc., aus süddeutschen Sammlungen, M, n°“ 3 et 3 a). Cf. Brucscu, Thesaurus, p. 236-237.
®) Sièle n° 20326 du Caire (Lance et Scnirer, op. cit, ], p. 339); stèle de l'ancienne collection Anastasi (Garner, Rec. de trav., XIX, p. 85).
(® Sièle G. 169 du Louvre. |
() Cf, Maspero, Études de mythologie et d'archéologie égyptiennes HF, p. 176.
où le déterminatif > des fêtes est ajouté au groupe pr.t Hnw. On rencontre, en effet, désormais, des formes finissant par de Le qui servait à exprimer les fêtes : par exemple, = J , < ET C1 (6 C1 <> 6) gt ET |
La «sortie de Min» » est désormais citée non plus, comme c'était presque toujours le-cas sous l'Ancien Empire, après la fête Li rkh, mais soit après la fête LUE. (ou [x D) “4 (par exemple sur une stèle de Munich 6) et sur une stèle L Rennes}, soit après la fête de Sokaris (([] =) (par exemple sur la stèle C. 186 du Louvre et dans le tombeau de Khnoumhotep à Dahchour), soit après la fête de Thot (& +, {& ) (par exemple sur les stèles n° 20326 et 20338 du Caire), soit après la fête du Nouvel An (ff) (par exemple sur la stèle C. 169 du Louvre et sur la stèle de l'ancienne collection Anastasi publiée par Ganoiver, Rec. de trav., XIX, p. 85) ou VW (stèle n° 20519 du Caire), soit après le lever de Sothis ns (par exemple à Iahun), soit après la fête de la pleine lune ou du demi-mois © ”" (par exemple sur la stèle n° 20693 du Caire), soit enfin après la fête { “ (par exemple sur la stèle n° 20733 du Caire).
Cela revient, en somme, à confirmer l'observation que nous avons déjà faite à propos de la succession de ces fêtes funéraires sous l'Ancien Empire : aucun ordre rigoureux et constant n'était suivi par les Égyptiens dans l'énumération de ces fêtes, et la plus grande liberté était laissée à chaque rédacteur des listes.
C'est également au Moyen Empire qu'apparaissent des formules comme :
1) a ie peurs, TE \ = «contempler la beauté de Min lors de sa sorlie» (stèle n° 20397 du Caire : Lance el Scriren, Grab- und Denksteine, 1,
P. “4 cf. Kess, À. Z., LIL, p. 134, note 5.
IE a à ES cadorer Min lors de sa sortie» (stèle n° 20360 du “ Lanes et Scairen, op. cif., [, p. 367), développé en TJ 40
(CT. Masreno Études de mythologie et d'archéologie égyptiennes, II1, p. 176. ® Brucscn, Matériaux, etc., pl. 11, n° 14, a (le = du féminin a été omis). ® Cf. Perrie, [ahun, Kahun and Gurob, pl. XI et p. 13.
(9 Tombeau. de Khnoumhotep à Beni Hassan : Brocsex, Thesaurus, p. 239. (® Cf. Baucscu, Thesaurus, p. 236-237 : XI]° dynastie,
Me — nt à h— «adorer quatre fois Osiris, aplansseur du combat des deux terres(0, et Min-Horus-le-fort lors de sa sortie » (chapelle n° 1624 de Berlin : Erwan, Ausführl. Verz., édit. 1899, p. 85 et Scuiren, Aegypi. Inschr. Mus. Berlin, 1, p. 151).
RH wEz ANS NE «adorer Min-Horus-le-fort lors de sa #3 sortie» (stèle de la XIIT° dynastie du Musée de Boulaq : Rovcé,
Inscriptions hiéroglyphiques, pl. XV).
4) 22 C2," «salut à toi, Min en ses sorties» (stèle C. 30 PA Louvre; voir la dernière publication de M. Séun Hassar, Hymnes
rehpieux du Moyen Empire, p. 140).
5) nr ‘ a INE . 7, elc. «ge suis Min en sa sorte» (chap. 17 du Livre des Morts : cercueil LE Ma à Bruxelles : Speceens, nser. épypt. Musée Bruxelles, p. 26, n° 85, et Rec. Champollion, p. 632). Cette phrase se transformera légèrement, à partir du Nouvel Empire, dans certains Livres des Morts, en LT (var. 7) <=: «je suis Min en ses sortiesn (par exemple au tombeau d'Harhotep)(®. Ce pluriel a servi parfois d'argument en faveur de l'hypothèse selon laquelle 1l aurait existé plusieurs «sorties » de Min chaque année, et probablement une chaque mois. Mais nous ne sävons rien de précis à ce sujet, et il y a tout lieu de croire que le pluriel est ici abusivement mis pour le singulier.
Le chapitre 148 du Livre des Morts, celui qui rend accompli, parfait (M =) le défunt au sein de Ré en lui donnant la prééminence auprès d’Atoum, doit être prononcé lors de la célébration de plusieurs fêtes dont l'énumération est minutieusement donnée : «la fête du 6° jour du ‘mois, la
() Titre assez oi d'Osiris : : ME mé —— 0p StBw (cf. or Wôrterbuch der aerypt. Sprache, 1, p. 299 j'et IV, p 4 416). Au temple d'Osiris à Dendérah ce titre apparaît sous la forme N à Ve F 7+ TE (texte des Mystères : MARIETTE, Dendérah, IV, pl. 36,1. 46; Loner, Rec. de trav., I, p. 55) ou encore inséré dans
un cartouche, | RAY] Ï } nv II (Marerre, Dendérah, IV, pl. 21et 3a).
® Voir Maspero, Mém. Miss. archéol, franç. du Caire, 1, p. 143, 211et9218,et ci-dessus, p. 19.
fête du 15° jour, la fête wag, la fête de Thot, la naissance d'Osiris, la fète de Min (=>), la nuit de la fête bkk». Il est probable que cette kb Mn, bien qu’elle ne soit pas expressément désignée comme pr.t Mnw, n'était pas une fête différente de cette dernière, La fête de la sorte de Min était assez umiversellement connue à travers le royaume entier pour qu'il n’y eût pas nécessité à la désigner de façon plus précise que par le mot général de
fête de Min.
Avec le Nouvel Empire les stèles funéraires et les tombeaux cessent, en général, d'énumérer les diverses fêtes auxquelles est dû le service alimentaire au défunt. Cette règle souffre, cependant. quelques exceptions. C’est ainsi qu'une statue récemment découverte à Médamoud et représentant un cerlain Minmôse (ou Minmès) porte une liste de fêtes analogue à celles des âges antérieurs : la «sortie de Min» y est citée immédiatement après la fête de Sokaris 4). D'autre part, une statue du Musée de Miramar, attribuée | à la XX° dynastie par Brugsch l, cite =& <= après la fête du Nouvel An.
Certains textes des temples contiennent aussi de semblables listes : au temple d’Abydos, par exemple, la fête F1 © <F [[] vient en quatrième rang dans une de ces énumérations, entre cn Tête de Sokaris et le lever de Sothis . La forme ci-dessus est intéressante en ce qu'elle nous fait assister à l'apparition, sous le Nouvel Empire, de l'idéogramme (]) comme déterminalif du groupe pr.t Mnw, de la même façon que l'autre idéogramme, plus simple, des fêtes, =, avait élé employé dès le Moyen Empire à ce même usage.
Nous savons, d'autre part, que le grand roi cos Thoutmôsis IT, vainqueur de la Syrie, institua à Thèbes en l'honneur d’Amon de Karnak, au retour de sa campagne de l'an 22, des offrandes supplémentaires destinées à commémorer ses victoires. Une inscription du VI° pylône de
13 Cf. Driorox, Fouilles à Médamoud 1926, p. 53-54 (Rapports préliminaires sur les fouilles de PInstitut français d'Archéologie orientale, t. IV).
® Thesaurus, p. a4o. Je rappelle, d'autre part, que sous Thoutmésis III Nebouâoui joua un rôle important dans la CE CARE de la esorlie de Min» à pou (voir ci-dessus, p. 16-17).
® Jbid., p. 241, et Matériaux, etc, pl. Il, n° 14,0.
La
Karnak, déjà publiée par Lepsius, dans ses Denkmäler {Abt. HT, BE. 30 b), puis par Brugsch, dans son Recual de Monuments épypliens (1. X, pl. 43- 4), et reprise par M. Sethe, dans ses Urkunden der 18. Dynastie (p. 538- 756)0, désigne tout au long la nature des fêtes à l'occasion desquelles ces suppléments d'offrandes seront obligatoires. Or la «sortie de Min» figure en bonne place dans celte énumération :
SE Ed Se Vu EL PT RCI DE 4, RAT
« Ma Majesté, dit le roi, a fondé une offrande pour la fête de la sorte de Min, consistant] en bœufs, volailles, résine, vin, fruits et toute bonne chose, [formant] 120 monceaux fournis de toule bonne chose à l'intention de la we, de
la prospérité et de la santé de Ma Mcgesté. »
Ramsès ÎT avait fait graver dans le temple, aujourd'hui détruit, qu'il construisit à Médinet Habou, un calendrier dont il ne subsiste plus qu'une trentaine de blocs, retrouvés près de l'actuel If pylône. Sur la face extérieure du mur sud du temple qu'il fit élever au même endroit pour remplacer celui de son ancêtre, Ramsès HIT reprit celte liste des fêles à célébrer en l'honneur du dieu Amon, en faveur de son propre culle funéraire et à l’occasion de certaines circonstances célestes ou astronomiques. Cette liste, qui constitue le calendrier le plus complet qui nous soit parvenu dans un temple avant les calendriers des temples ptolémaïques, est donc en majeure partie une copie de l'original détruit de Ramsès IL. Elle ajoute, toutefois, à cet original un certain nombre de fêtes propres au règne de Ramsès II.
Ce calendrier de Médinet Habou, déjà signalé par Champollion, fut publié pour la première fois en 1855 par J. B. Greene). Il fit ensuite l'objet de nombreuses rééditions, traductions, interprélalions et commen-
(7 Voir aussi Roucé, Mélanges d'archéologie, 1, p. 139, et Brucscn, Thesaurus, p. 363.
® Lignes 18-19 : Serue, op. cit., p. 748; traduit par Breasreo, Ancient Records of Egypt, ,S 566. CF J. Baszer, Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale égyptienne, p. 66-67.
® Fouilles exécutées à Thèbes dans Pannée 1655, pl. IV-VI.
aires, qui sont loin d'être, à la vérité, complètement satisfaisants M, [1 énumère, entre autres très nombreuses fêtes, les huit fêtes générales appelées >” 5 HE . frcnk a elle
(#l, avec la liste détaillée des diverses offrandes tant solides que liquides qui devaient être, à chacune de
fêtes célestes du mors, È ©
f11——— nm *X O
ces huit fêtes mensuelles, c’est-à-dire quatre-vingt-seize fois dans l’année, empruntées aux magasins du temple de Médinet Habou pour être présentées aux dieux locaux. Or la seconde de ces huit fêles est précisément la fête = Pi > pri Mnw, qui est mentionnée entre la fête du 2q° jour lunaire (£ 4j =) et la fête de la nouvelle lune ou 1“ jour lunaire (22) ). Je laisse de côté pour l'instant la question du quantième du mois auquel correspondait sous Ramsès JIT la «sortie de Min», me réservant d'y revenir plus tard en détail. Mais il est intéressant de noter que les quantités de chaque catégorie d'offrandes employées pour Ja «sortie de Min» étaient exactement les mêmes que celles employées pour la fête # Aÿ du jour précédent, à une seule exception près.
On offrait ce jour-là à Amon 83 gâteaux ou pains de formes et de
Cf. Dümouen, Altaegyptische Kalenderinschriften (1866), Taf. I-XXX1V [d'après l'édition de Greene] et Die K'alendarischen Opferfest-Listen tm Tempel von Mocdinet Habu nach den am vordersten Pylon des Tempels aufrefundenen Bruchstücken des unter Ramses IT. abge/assten Originals und der unter Ramses III. an der südlichen Aussenmand seines Memnoniums eingemeisselten Copie zusammengestellt und mit Übersetzung uud Erläuterungen herausgegeben (1 vol. in-4° et 1 vol. inolio, Leipzig, 1881, d'après sa propre copie prise sur l'original en 1875); Baucsen, Thesaurus, p. 311 et 364 et Die Aegyptolorie, p. 334; Danessr, Rec. de trav., XIX, p. 19 et Notice explicative des ruines de Médinet Habou, p. 177-178; Breasten, Ancient Records, , p. 43, note b, et IV, 5 139-145. — Cf. J. Baiuver, Le règime pharaonique, etc., p. 67 et Mauuer, Der Festkalender von Medinet Habu (A. Z., XLVIIT, 1910, p. 87-go).
Ces fêtes célestes de caractère lunaire étaient différentes d'autres fêtes, dites éga- Jement célestes maïs de caractère saisonnier, Î 5 | bas Là ne | { où Cf. Brucsenr, Thesaurus, p. 247). Elles s’opposaient, d'autre part, à une autre série de fêtes, dites terrestres et qui avaient un caractère funéraire.
Les huit fêtes célestes tombaient le 29, le 30, le 1“, le 9, le 4, le 6, le 10 ct le 15 de chaque mois. Celle du 30 portail Je nom de rsortie de Min».
6) CE Dümicuen, Altaegypt. Kalenderinschriften, pl. TB, et avec plus d’exactitude : Die Kalendarischen Opferfest-Listen, etc., pl. IV, 1. 19-22 (le texte dans le volume in-folio et la traduction dans le volume 1in-4°); Brocscu, Thesaurus, p. 311 et 364; Danessr, Rec. de trav., XIX, p. 17, et Notice. de Médinet Habou, p. 1797.
grandeurs diverses, à savoir 15 gâteaux Dj.{ d'une certaine composition. 20 autres gâteaux bj.{ identiques aux précédents comme compo:ilion, mais de volume probablement différent, 44 gâteaux ronds psn el 4 pains blancs triangulaires aux fruits (?) (dkt). Gomme liquides, on offrait 15 cruches ds de bière et 1 mesure (ou jarre) ”n de vin; comme volailles, 1 oie r2 vivante et 5 oiseaux ‘& {pigeons?); comme fruits (dk), 5 écuelles nommées ‘; comme légumes frais, plantes vertes et fleurs, 5 bottes br$, 5 bottes ms et 5 gerbes lipt; enfin à tout cela étaient jointes 5 écuelles ‘ d’encens.
La «fête de Min» f | 5 Ÿ mentionnée au papyrus médical de Londres (XVI, 10) comme une occasion de réjouissance pour les enfants li, paraît avoir été identique à la «sortie» du dieu. Une liste des fêtes d'Amon célébrées à Thèbes la place, en effet, sous le nom > | , au mois de Pakhons, exactement comme la «sortie» du dieu l?.
A l’époque Éthiopienne le célèbre gouverneur de Thèbes Montouembèêt déclare sur une de ses statues trouvées dans Île temple de Mout à Karnak W) :
DADI ES tee : he LS RÉRNTIINRE LT NE
D —— nes
SS
= mn À
«J'ai fait monter (?) Min-Amon vers son reposoir dans la maison du Sud (c’est-à-dire le temple de Louxor), lors de sa belle fête. .... abondance {?). J'ai présenté les offrandes des huit dieux le 28* jour du 2° mois de la 3° saison, afin de. .... en électrum el en toute belle pierre précieuse. »
C Wneszmsxi, Der Londoner medizinische Papyrus, p. 164 el 213.
® Roucé, Mélanges d'archéologie, 1, p. 132. Cette fêle d'Amon, bien que nommée rfête de Min», semble avoir été indépendante des fêtes spécialement consacrées à Thèbes au dieu Min. |
® Dümcnen, Histor. Inschr., [I, pl. 48, 1. 5-7; Manrerte, Karnak, pl. ha, 5-7. Traduction : Breasren, Ancient Records, IV, S 900.
Ce passage, malheureusement mutilé et, d'autre part, assez mal publié. reste assez mystérieux. Nous ne savons pas st la seconde phrase se rapporte encore à la fête de Min et si, par conséquent, nous devons ajouter le 28 Paoni à la liste des jours fériés consacrés à ce dieu.
À l'époque Saïte, les mentions de la pr.t Mn(w), quoique rares, se retrouvent encore dans les listes de fêtes concernant le service des offrandes alimentaires. Les inscriptions d'une statue de Saïs mentionnée par Brugsch (Thesaurus, p. 242) contiennent une énumération de dix fêtes, dont la dixième et dernière est précisément ES , De même que sous l'Ancien Empire, dont celte époque tardive s'est appliquée à faire revivre les usages et les traditions, la fête vient après la fête UF]. Dans la façon dont le nom de cette fête est écrit, nous voyons d'autre part reparaître l'antique règle de préséance en vertu de laquelle le nom du dieu précède le nom commun pr[.f|. Sur une autre statue de Saïs publiée par M. Daressy { Rec. de trav., XVIT, p. 114), la fête est appelée E et intcrcalée entre la grande fête, . et la fête &d (?) Le >.
Pour l'époque ptolémaïque, quelques mentions de la fête pr.t Mnw sont également connues.
À la vérilé, on ne saurait affirmer que la phrase du temple de Dendérah citée par Brugsch (Revue épyptologique, 1, 1880, p. 28) et concernant le rôle astronomique du dieu «Min-Ré seigneur d'Apou, Leo He LV = 1” “ l = 1] x | «sortant des deux sanctuaires à la néoménic (pSdntjw) en tenant la place du taureau chaud», renferme une allusion à celte fête de la «sortie» du dieu ll,
À Edfou, si la sorte de Min n'est explicitement citée dans aucun des textes gravés sur les vingt tableaux de la salle spécialement consacrée au dieu ithyphallique, nous rencontrons cependant plusieurs allusions indi-
rectes à cette fêle. Dans un tableau nous lisons, par exemple, la phrase
"42 -Voir ci-dessous (p. 64 et suiv.), la discussion du passage du texte-programme relatif à la date de la fête.
suivante : 12% Sie, ° sors de la porte de la grande demeure (} ) lu es ue sur {on htjw» € » (1, dans laquelle nous reconnaissons aisément une allusion à la fêle de L sorhe du dieu. Cette phrase est, du reste, une réminiscence d'un passage de l'hymne à Min Rif M qui était récité à Thèbes à l'occasion de la grande «sortie» ou procession du dieu ©).
D'autre part, sur un autre tableau de la même salle, le dieu As s'adressant au Pharaon, dit, dans une phrase très muulée : LT — — ® A sie suis grand par?] la terreur que j'inspire lors de ma sortie (ce està-dire lorsque je sors) vers le htjw » (5).
On ne trouve trace de la «sortie de Min» sur aucun des trois calendriers du grand temple d'Edfou publiés en 1877 par Brugsch (#). Mais dans la liste géographique qui décore le soubassement des murs extérieurs du sanctuaire de cet édifice, une liste de quatre fêtes thébaines est donnée dans la légende du IV° nome de la Haute-Égyple, et parmi ces fêtes, la troisième est désignée sous le terme vague = ..... SS «fête du 1° mois de la saison d'été», ou «Panépyrie de Pakhons» suivant la traduction de Rougé ). Ce dernier est disposé à identifier celte «fête de Pakhons > avec la «sortie de Min» qui nous occupe, et cette identité, sans être absolument certaine, est assez vraisemblable.
. Sur les inscriptions des divers calendriers du temple romain d'Esna (datant, suivant Lepsius, du principat de l'Empereur Claude), j'ai pu relever trois mentions de la fête de Min. La première paraît, il est vrai, se
(9 Cnassinar, Le Temple d'Edfou, 1, p. 4o5.
® Voir ci-dessous, chap. 1x.
(1 Cf, Piese, Inser, hiérogl. recueillies en Europe et en Égypte, °° série, pl. LIV, el Cuassinart, Le Temple d'Edjou, T, p. hLo2.
Voir encore, toujours à “Edfou : ps me FIRE : «je te donne la ter-
A for, <>
reur de celut qui sort (?) vers le htjw en qualité de roi à la tête des vivants» (Dümicnex, The Fleet of an Egryptian Queen, pl. XVIIL, k).
(© Dre Fesi-Kalender, etc.
Cf J. ne Roucé, Textes géographiques du temple d'Edfou, IV nome de Haute- Égypte (dans Ja Revue éryptologique, Nouvelle Série, t. AI, 1865, p. 328-329 et
pl. XXI), et Mélanges d'archéologie éypt. et assyr., 1, p. 136: Re Le Temple d'Edfou, 1, p. 338.
LES FÊTES DU DIEU MIN. a!
rapporter à une fête célébrée à Saïs en Basse-lgypte, ai mois de Paoplu, en l'honneur du dieu ithyphallique. Dans lc passage concernant la fête de la déesse Ernenoutet, = = 3 Ÿ à ; qui avait lieu à Eena dans le courant du mois de Mechir, il est dit que cette fête «correspord à la prescriphon sur la fête de Min seigneur de Suïs au mois de Paophu» : la ST f + o | 7 um. Ce passage est, du reste, intéressant à plus d’un titre. D'abord il nous montre la fête du dieu de la fertilité des champs mise en relation intime avec celle de la déesse de la moisson, Érnenoutet. D'autre part, 1l nous apprend que la fête de Min était célébrée à Saïs. à cette époque du moins, à une période de l’année très différente de la saison où elle avait lieu en Haute-Égypte, c'est-à-dire au mois de Paophi au lieu du mois de Pakhons. Enfin, il vient confirmer les autres renseignements que nous possédons sur Île rôle important joué à Saïs par Min dès l’époque où cette ville du Delta était devenue la capitale de l'Égypte (2),
Les deux autres mentions des calendriers d'Esna concernant Min sont les suivantes :
a) Le 1° jour du mois de Pakhons, lors de la fête de la triade locale d'Esna (Khnoumou, Nebouout et Hika), on portait en procession (Na) le dieu Min-Amon, le visage tourné vers l'intérieur, de son sanctuaire à la chambre de la naissance (le Mammisi?), et pendant les jours de fête consacrés spécialement au dieu-fils Hika Min assistait à cette apparition aux côtés de l'enfant divin et en compagnie de son père (Khnoumou) :
PUFSRILTNIUETEUTIS: LE
pontereh, me ÀAÙù 15. 503 > pm or 1 = Aa te MOLE AR Dar |
(Cf. Lersics, Denknaler, IV, Bl. 78; Baucsca, Matériaux, eic., pl. XI, col. 9: Drei Fest-Kalender, elc., p. a5; Thesaurus, p. 305-306, où le quantième du mois a été lu 17 Mechir. |
® Voir, par exemple, la iablelte en calcaire, trouvée à Saïs el publiée par M. Daressy (Rec. de trav., XVI, p. 48), sur laquelle Min figure parmi les autres divinités locales, et le fragment de naos du Musée de Bruxelles publié par M. Speleers ( Recueil des inscriptions égyptiennes des Musées Royaux du Cinquantenaire à Bruxelles, p. 88, n°334) où, à côté de Neith, on voit 7 W Le «Min en Saisn. |
®) CF. Brucsci, Matériaux, etc, pl. XII, col. 11-19, el Drci Fest-Kalender, etc., p. 26. | |
b) Deux semaines plus tard, le 15 Pakhons, on portait à nouveau en procession le dieu Min-Amon, revenant de la chambre de la naissance à son neuares et ayant en su le visage tourné cette fois vers
: ‘ + 2 — l'extémieur : p F1 ce car A Qu},
Ainsi, jusqu’à l'époque romaine le souvenir s'était conservé à Esna de la grande fête de la «sortie » de Min, que Thèbes célébrait jadis, au temps de sa splendeur, avec un éclat si remarquable. Au l'eu même d’une seule procession du dieu ithyphallique, il semble qu'il y en ait eu alors deux; toutes deux avaient lieu au même mois de Pakhons que précédemment, le 1" et le 15 de ce mois. Lors de la procession du 1‘ Pakhons, la statue du dieu avait le visage tourné vers l'intérieur (de son naos probablement, à moins que ce ne soit vers l'intérieur du temple même d'Esna), tandis que le 15 Pakhons elle regardait vers l'extérieur (soit de ce même naos soit du temple).
La procession de Min-Amon n'était plus, naturellement, dans la cité du dieu à tête de bélier Khnoumou, le fait essentiel des cérémonies du 1° et du 15 Pakhons; elle venait simplement comme accessoire de la grande fête du dieu local et de la triade de ce dernier. Mais il n’en est pas moins curieux de constater la survivance jusqu'à cette basse époque de l'antique procession du dieu ithyphallique, dont l'origine se perdait alors dans la nuit des âges les sa reculés. Le nom seul a changé : la procession n'est plus appelée F1 n pri «sorlien, mais Î « $hj ou æ À} «apparition, lever». I y avait, semble-t-il, ici comme dans toutes les fêtes analogues, opposition caractérisée entre le moment où l'on faisait «apparaître, se lever, monter» la statue de la divinité et le moment où, peu après, on la faisait «se poser, se reposer » pe” ou simplement « htp, soit sur lés reposoirs échelonnés le long du trajet de la procession, soit, en fin de cérémonie, dans le naos ou la chapelle qui servait d'habitation à la divinité (2), Les significations des verbes prj «sortirn, et aussi «monter, se lever» (en par-
() Baucscex, Matériaux, etc., pl. XII, col. 13, et Drei Fest-Kalender, elc., D. 27. — Voir ci-dessus, p. 10-11.
® Pratiquement h% ou $h‘7 peut être ici mine «sortir, faire sortirn et hip par erenirer, faire rentrer» (la statue divine) : cf. Marierre, Dendérah, p. 101 note 6 el p. 108. Ces deux expressions servaient ainsi à désigner le commencement et la fin de la cérémonie, |
lant d’un astre), et h} ou $hÿ vapparaître», et aussi «monter, se lever» (en parlant d'un astre), ont d’ailleurs été pendant toute la longue durée de l’ancienne langue égyptienne, extrêmement voisines l’une de l'autre. sinon absolument identiques.
Le rapprochement proposé dès 1886 par Lefébure () entre la = : qu'il rend par «l'apparition» de Min, et deux passages de la littérature grecque, n'est pas seulement très ingénieux ; il est, à mon avis, la constatation d’une réalité. IL s’agit, en premier heu, d'une phrase du De side et Ostride de Plutarque Ê 26) qui, jusqu'en 1850, n'avait pas élé correctement interprétée : Tùv uê» oùr Opor eiôao: xai M} 6) mporayopee, ëmep éaliv épouevor (aloônrèr yap xai épaTdy 6 xdopuos) «ils (les Égyptiens) ont en outre l'habitude d'appeler ausst Horus Min, mot qui répond à vu, parce que le monde est sensible et visible» W, Parthey, tout en reconnaissant le premier qu'il était ici question du dieu ithyphallique Min, identifié par ‘les anciens Égyptiens avec leur Horus, lequel était lui-même le Priape des Grecs (}, s’est fourvoyé lorsqu'il a cherché, d’une part à reconnaître une assonance entre les mots Opoy et opauevor, et d'autre part à expliquer le nom égyptien Min comme signifiant «ce qui se voit,-ce qui est visible, das gesehene», dpspevoy ou éparér. Nous ignorons encore totalement l'étymologie du nom sous lequel les Égyptiens désignaient depuis les plus lointaines origines de leur histoire le dieu ithyphallique, mais aucune racine mmw où mn ne se rapproche en quoi que ce soit de l'idée de la YISIOn.
4 Sur un Syllabique (dans les FE of the Royal Society of Biblical Archæo- Logy, vol. VIE, p. 200).
® Cf. Pivrarque, Über Isis und Osiris à Gustav Parthey, Berlin, 1850), pe101.
®) Les éditeur anténeurs avaient lu Kalqu», en un seul mot, et c'est à Parthey que sont dues la lecture correcte et la reconnaissance du vieux dieu égyptien Min dans ce passage (op. cit, p. 251-252). Voir, plus tard, à ce sujet : Lersius, Alteste Texte des Todtenbuchs, etc. (Berlin, 1867), p. 34.
(® J'emprunte cette traduction à M. Mario Meunier (Pzuranque, Isis et Osiris, sont p. 174).
® Cf Suipas, Leæicon (édit. E. Bekker, Berlin, 1854), au mot giib : TÔ eee roû [piérov, roë pou wap Alyuwlois xex}uévou.
Tout ce que Parthey aurait été on droit d'affirmer, s’il avait connu les travaux des égyptologues de son temps, c'élail la relation étroite qui existe entre les mots épaueros et ôparéy, mentionnés par Plutarque à propos de Min-Horus, et la fête de l'«apparilion », de la « vision » de leur vieux dieu de la génération, que les Égyptiens célébraient encore à Esna à l'époque où écrivait le moraliste grec. Mais 1l ne s’est pas avisé de ce rapprochement, dont le mérite, ainsi que nous l'avons vu, revient à Eugène Lefébure.
Une autre allusion à la «sortie» ou «apparition» de Min, antérieure de plusieurs siècles au passage de Plutarque, se trouve dans une phrase d'Hérodote (livre ÎT, chap. 91). Parlant du dieu Persée, 1e « père de l'Histoire» nous apprend que «les habitants de Îa ville de Chemmis assurent que Persée leur apparaît souvent sur leur territoire et souvent aussi à l'intérieur de l'enceinte sacrée », oûror oi Xeupirar Xéyouoi wodkduis uèv dvà Tv yñv Qalvecbai aQi, mondduts d Eve Toù ipoëltl. Sans doute, il ne s’agit ici ni de Min, ni d'Horus, ni même du Priape dont Suidas nous dit qu'il étail l'équivalent grec de l'Horus égyptien, mais bien d'un quatrième personnage, Persée, dont la relation avec Min ne saute pas aux yeux de prime abord.
Mais nous sommes là en présence d'une erreur fondamentale d'Hérodote : tandis que Panthée, ou plus simplement Pan, était pour les Grecs d'Égypte identique à à Min (puisque la ville principale de ce dieu en Haute-Égypte, Âpou, reçut d'eux le nom de Ilarès æôdus ou Iavémokus, qu'elle a conservé à l'époque romaine), pour Hérodote Pan était identique à Mendès ) (lequel représentait, en réalité, l'Osinis des Égyptiens) 6), tandis que c'était Persée qui représentait pour lui le dieu ithyphallique des anciens Égyptiens 9, Le passage du IT livre d'Hérodote où Min est ainsi confondu avec
C9 Wienemann, Herodots zmeites Buch (Leipzig, 1890, p. 869). Cf. SourniLee,
Hérodote et la religion de l'Égypte (1910), p. 208. — G. Rawlinson a rendu dva r}r yäv par rin the open country» (cf, E. H. Bracrener, The Egypt of Herodotus, being
the second book, entitled Euterpe, of the History, in the English version of the Late Prof. G. Rawlinson, London, 1924).
®) Hénoore, Il, 46 et nombreux autres passages.
(1 Cf. Siné: Hérodote et la religion de l'Égypte, p. 169.
( Les rapprochements qui ont été proposés enlre la divinité phallique des anciens Égyptiens et les nombreuses divinités plus ou moins analogues du riche Panthéon grec sont aussi divers que contradictoires. Pour Ebers, par exemple, Min aurait été
le héros grec Persée a fait l'objet d'un bref commentaire de M. Wiedemann (op. cit., p. 368-369), de diverses allusions de M. Sourdille ‘lans son livre Hérodote ei la religion de l'Egypte (p. 55 note 3, p. 207-201 et p. 211- 213), ainsi que d'une note de Drexler, dans son article Afin Gin W. H. Roscuer, Ausführliches Lexikon der griechischen und rômischen Mythologie, 1]. Band, 2 Abteïl., col. 2980-2982). M. Wiedemann a fort bien montré que les tentatives de Brugsch, de Dümichen, de Maspero et de lui-même {Pxlologus, Ï, p.179 et suiv.) pour expliquer la confusion faite par Hérodote entre Min et Persée n'expliquent rien, en réalité. Si donc nous ignorons encore Îles raisons qui ont pu conduire Hérodote à ce rapprochement, il n'en subsiste pas moins que l'apparition (Qaivecôæ) de Persée-Min aux yeux des habitants de Panopolis-Xéus (aujourd'hui Akhmim}), soit sur divers points de leur ville ou de ses environs (dvd nv yñv), soit à l'intérieur du temple que le dieu possédait dans cette ville (ëw roû ipo), nous-ramène de la façon la plus évidente et la plus curieuse à la très ancienne fête de la «sortie » de Min. M. Wiedemann, à la vérité, ne s'est pas avisé, dans son commentaire du passage en question, de cette interprétation et lui en a préféré une autre qui, à mon avis, est inopérante : «L'apparition de Persée de temps à autre repose sur une idée grecque suivant laquelle un dieu égyptien aurait toujours été incorporé dans son temple. .... n. Évidemment les dieux ont toujours été, dans la religion égyptienne comme dans la religion grecque, considérés comme habitant en personne leurs temples, sous les traits d'une statue; cette statue n’était visible pour les fidèles qu’à certains jours fixes de l'année, lorsqu'on la faisait sortir en procession solennelle, soit à l'intérieur de l'enceinte sacrée du domaine du dieu, ëgw Toù ipod, soit en dehors de cette enceinte, en plein air, dvd Tir y». ‘est précisément celte promenade, sortie, ou apparition, que les anciens Égyptiens désignaient pour le dieu Min sous le nom de pr.t Mnur.
le HautAys de Plutarque (De Iside und Osiride, 12), MaauÿAys d'Hésychius (cf. Zeitschrift für ägypt. Sprache, VT, 1868, p. 71-72). Pour M. Wiedemann, au contraire (op. cit., p. 201), Min ithyphallique ne serait autre qu'Héraclès (cf. Souranizce, op. cit., p. 173, note 6).