‹ Les Fêtes du dieu MinChapitre 7 sur 68 · DU RAMESSEUM ET DE MÉDINET HABOU · texte numérisé non relu

DU RAMESSEUM ET DE MÉDINET HABOU

Nous venons de constater, au cours du chapitre précédent, que la fête de la «sortie» du dieu de la génération, qui était la plus importante des cérémonies célébrées en l'honneur de ce dieu , compta, dès l'Ancien Empire, parmi les fêtes universelles de l'ensemble de la vallée du Nil. Les calendriers memphites, comme ceux de Thèbes el des régions plus méridionales, lui réservaient une place. Les tombes de Guizeh, de Saqqara, d’Akhmim, d’Abydos et de Coptos la mentionnaient très fréquemment. Maïs nous devons ajouter maintenant à ces constatations que la cérémonie ne nous esl encore jusqu’à présent connue dans ses délaïls dans aucune de ces localités. C'est à Thèbes seulement, et sous sa forme thébaine du Nouvel Empire, que celte cérémonie trés ancienne est représentée el décrite, et les exemplaires que j'en ai pu recueillir, très inégaux d’ailleurs en développement et en importance, sont au nombre de sept, échelonnés entre les règnes de Thoutmôsis HIT (XVIII dynastie) et de Ramsès [IT (XX° dynastie).

Au premier rang il convient de citer les deux représentations détaillées que nous ont conservées les temples du Ramesseum (époque de Ramsès IT) et de Médinet Habou (époque de Ramsès II). Toutes deux étaient, à l'origine, absolument complèles, mais la seconde seule nous est parvenue dans son intégralité, tandis que de la première nous ne possédons que la seconde moitié environ. Ce sont ces deux représentations qui formeront le fond de la présente étude, les cinq autres, beaucoup plus réduites , n'étant indiquées, chemin faisant, que comme éléments de comparaison et pour

® M. Kees (Das Re-Heiligtum des Kônigs Ne-woser-Re', II, p. 52-53) ne semble pas convaineu de l'identité de cette grande fête de la moisson célébrée à Thèbes sous Je Nouvel Empire au mois de Pakhons avec l'ancienne fête memphite de la «sortie» de Min; il se borne à supposer que ces deux cérémonies sont peut-être les mêmes. I] - ne saurait y avoir, cependant, à mon avis, aucun doute possible sur cette identité.

éclaircir certains points de détail. Ces cinq représentations abrégées, qui feront, en outre, l'objet d'un chapitre unique spécial à la fin de l'ouvrage, concernent uniquement Île transport de la statue divine depuis le sanctuaire ou la chapelle qui lui servait de demeure jusqu'à l'endroit spécial où devait avoir heu la cérémonie présidée par le roi; le dieu transporté n°y est pas toujours et uniquement Min, mais le plus souvent l’une des diverses formes de l'Amon 1thyphallique thébain. |

Cela dit, j'aborde immédiatement l'examen des deux grandes représentations détaillées du Ramesseum (1) et de Médinet Habou l?). La seconde étant une reproduction fidèle, à quelques détails près, de la première. J'ai pensé éviter de nombreuses répétitions inutiles en les groupant toutes les deux en une analyse unique, me réservant seulement de signaler, chemin faisant, les quelques divergences que l'on peut observer de l’une à l'autre. Pour ce qui est, toutefois, de la revue bibliographique des publications, descriplions el commentaires nombreux auxquels ont donné lieu jusqu'ici ces deux séries de représentations, je pense utile de mentonner isolément chacune des notices concernant d'une part le Ramesseum { cf. Miss Porter et Miss Moss, Topographical Bibliography, 11, p. 152), d'autre part Médinet Habou (ibid., p. 183-184). Il est à noter que dans chacun de ces deux édifices, la procession de Min occupe exactement le même emplacement.

L'œuvre magistrale des savants de l'Expédition française amenée en Égypte en 1795 par le général Napoléon Bonaparte nous a laissé Ja première en | date des descriptions modernes de la fête de la « sortie » de Min telle qu'elle

(3 Cette représentation occupe, au registre supérieur de la face intérieure du massif nord du Il° pylône (= paroi est, section nord, de la seconde cour), l'emplacement numéroté 15 sur le plan de Miss Porter et Miss Moss ( Topographical Bibliography, elc., [l, p. 150).

(Cette représentation occupe, au registre supérieur de Ja paroi nord et de Îa paroï est, section nord, de la seconde cour {= face intérieure du massif nord du Il°

pylône), les emplacements numérotés 49 à 65 sur de plan de Miss Porter et Miss Moss (op. cit., I, P- 178).

est représentée au regisire supérieur de la paroi nord et de la section nord de la paroi est de la seconde cour du temple de Ramsès IT à Médine Habou. C'est l'ingénieur des Ponts et Chaussées Ed. Devilliers qui a desiné et reproduit 2x extenso cette série de scènes, dont la longueur totale atteint près de 30 mètres. Pour la commodité du lecteur, il l’a partagée en “trois bandes égales de chacune o m. 84 de longueur (soit 2 m. 52 en tout}, qui ont été disposées l'une au-dessus de l’autre sur la planche double portant le numéro 11 au tome I de la série Antiquités de la Description de l'Épypte, paru en 1812. Pour faciliter, d'autre part, la comparaison de cette reproduction avec la descriplion miautieuse des diverses scènes qu’il en avait donnée en 1809, de concert avec son collègue Joilois, dans la section [ du chapitre 1x du texte consacré à la Description des Antiquités de la ville de Thèbes 4), Devilliers a numéroté les divers personnages, groupes de figures et objets représentés, dont l'ensemble ne constitue pas moins de 87 numéros, lesquels sont rappelés dans les notes de la description. Mais il s’est abstenu de dessiner les textes hiéroglyphiques et, à en juger par le seul court spécimen qu'il a donné de ces {extes au-dessous de l'encensoir royal dans la scène d'offrande faisant face au naos de Min, nous n'avons pas trop à regretter cette abstenlion. |

La planche 11 est expliquée au volume :7-foho de la première édition inütulé Préface et Explication des Planches et au tome X de l'édition Panckoucke (1821), p. 117-118. Le temple de Medynet Abou (sic) est considéré comme un palais, la cour bordée de piliers dans laquelle sont gravées ces représentations est désignée sous le nom de pénistyle, et la scène esl interprétée comme représentant le triomphe d'un roi guerrier.

Dans la longue description de cette «pompe, tout-à-la-fois religieuse et militaire», comme la qualifient Jollois et Devilliers, cette idée de «triomphe d’un roi guerrier» revient à plusieurs reprises, le roi esl appelé couramment «le triomphateur» ou «le héros», et tous les personnages ou épisodes sont rapportés à une interprétation, erronée, suivant laquelle nous aurions affaire à la commémoration d’un heureux épisode guerrier. Cette

® Voir Antiquités, Descriptions, 1" édition in-4° (1809), t. I, chap. 1x (Description générale de Thèbes), section [, p. 46-50, et édition Pihoucke (1821), p. 92-102. . — Quant à la description du Ramesseum, elle ne fait aucune mention des restes de . bas-reliefs concernant la fête de Min.

mésinlelligence du caractère essentiel de ces représentations est suflisamment explicable, à l'époque de l'Expédition française, par l'ignorance où l'on était encore de l'écriture et de la langue de l'ancienne Egypte lt}. Dans l'impossibilité où l’on se trouvait de lire et de comprendre les inscriptions hiéroglyphiques, on en était, naturellement, réduit à des hypothèses plus ou moins ingénieuses pour tâcher d'interpréter les scènes sculptées sur les monuments, et l'on croyait avoir rencontré l'explication correcte lorsqu'on avait exalté la gloire militaire des anciens Pharaons, dont les hauts faits guerriers avaient conservé une légendaire réputation.

Vers la fin de leur description, Jollois et Devilliers ont, du reste, atténué le caractère militaire et héroïque de leur interprétation, en reconnaissant que la scène de la gerbe (appelée, d’ailleurs, inexactement par eux «un faisceau de tiges et de boutons de lotus») et la scène du taureau (appelé par eux le bœuf) semblaient «avoir trait à l'agriculture ».

Leur conclusion est qu'il s’agit d'une «grande procession religieuse et militaire, que l'on doit considérer comme la représentation fidèle de toutes les cérémonies qui s’observaient au triomphe d'un roi guerrier», et que tout ce bas-relief prouve l'existence, dans l’ancienne Égypte, «d'un culte extérieur » venant s'ajouter au «culte secret qui se pratiquait dans les sanctuaires des temples, et dont la connaissance n’était réservée qu'aux adeptes ».

C'est donc à Champollion que revient l'honneur d'avoir le premier reconnu, sur le registre supérieur du massif de droite du Il° pylône du Ramesseum ©) et sur le registre supérieur de la galerie nord et de la galerie est de la seconde cour du temple de Médinet Habou, à droite de

(9 C'est ainsi que le dieu en l'honneur de qui avait lieu Ja cérémonie est identifié faussement avec Harpocrate.

® Lettres de M. Champollion le Jeune, écrites pendant son voyage en Égypte, en 1828 et 1829, 14° lettre, datée de Thèbes le 18 juin 1829. Édition 1829, p. 124. Édition 1833 (Lettres écrites d'Égypte et de Nubie en 1828 et 1829 par Champollion le Jeune), p. 270-271. Nouvelle édition (1868), publiée par sa fille M** Z. Chéronnet- Champollion, p. 223-224. Édition de la Bibliothèque io t. XXXI G g0g), p. 314-315. |

la porte principale ©, la célébration par les rois Ramsès IT et Ramsès III de «la panégyrie du grand dieu de Thèbes, le double Hôrus, ou Amongénérateur ». | | La plus ancienne de ces deux représentations, celle du Ramesseum, ne lui parut pas mériter une description : elle est, en effet, cbservait-1l, mutilée au commencement et à la fin, et semblable à existant en entier à Médinet Habou. Il se borna donc à relever les noms

des treize rois, y compris Ramsès Il, dont les statuettes sont figurées,

une représentation

rangées par ordre de règne, et à remarquer l'absence, dans cette série d’ancêtres du Pharaon régnant, du roi Thoutmôsis [I

Sur la représentation de Médinet Habou, Champollion s'est, par contre, assez longuement étendu parce qu'elle existe «dans tout son entier». «C'est, dit-il, une cérémonie publique qui n'offre pas moins de deux cents personnages en pied; à cette pompeuse marche assiste Loul ce que l'Égypte renfermait de plus grand et de plus illustre; c'est en quelque sorte Île triomphe de Rhamsès-Méiamoun , et la panégyrie célébrée par le souverain et son peuple pour remercier la divinité de la constante protection qu'elle avait accordée aux armes égypliennes. » S1 donc le véritable caractère de cette cérémonie a été méconnu par Champollion, il a, par contre, distingué avec beaucoup de perspicacité l'importance de la ligne de grands hiéroglyphes, sculptés au-dessus du tableau et «dans toute sa longueur ». I a reconnu aisément, au début de cette hgne, la date de la célébration de la fête, c’est-à-dire le 1° jour du 1° mois de la saison = © ou 1° Pakhons. ll a donné à celte saison le nom de «saison de l’inondation»: mais nous savons aujourd'hui qu'elle correspondait à à la saison de l'été (cf. le copte ao, survivance de ëmw).

H a observé, d'autre part, fort justement que cette légende contient l'analyse minutieuse du vaste «tableau qu'elle surmonte», el qu'elle est « pour ainsi dire le 5 us entier Ed la cérémonie ». Aussi la description

() Jbid., 18° lettre, datée de Thèbes (Médinet Habou) le 30 juin 1829. Édition 1829, p. 164-167. Édition 1833, p. 343-349. Nouvelle édition (1868), p. 287-291. Édition de la Bibliothèque égyptologique, 1. XXXI (1909), p. 361-365.

Voir aussi H. Harriesen, Champollion, sein Leben und sein Werk (II. Band, 1906, p. 333-334), où est ajouté le nom de la fête, tel que les savants allemands l'ont toujours admis depuis Brugsch.: Fest der Treppe (c'est-à-dire fête de l'escalier).

CAN et MEN, dr

analytique qu'il a donnée de l’ensemble n'est-elle, comme :1l le dit luimême, «que la traduction de cette légende », complétée toutefois, à l'occasion, par la traduction des nombreuses autres légendes de moindre longueur qui sont tracées soit en avant. soit au-dessus des divers personnages, soit isolés, soit en groupes.

Champollion, après avoir sommairement décrit, dans sa 18° lettre, la cérémonie de Médinet Habou, a donné le premier l'explication correcte d’«une cérémonie sur la nature de laquelle on s'est étrangement mépris». LL s’agit de l'épisode de l'envoi, en présence des deux emblèmes osiriens. des quatre oiseaux d'Horus chargés de proclamer dans le monde entier l'avènement du Pharaon. On avait cru avant lui qu'il s'agissait là de «sacrifices humains», dans lesquels les deux prêtres penchés devant les emblèmes osiriens jouaient le rôle de victimes, tandis que les oïseaux (en nombre double cependant du nombre des prétendues victimes) représentaient les âmes de ces dernières. Champollion, donnant pour la première fois la traduction correcte de l'inscription qui accompagne l'envol des oiseaux, put rassurer les amis de l'ancienne Égypte sur la parfaite «innocence » de cette scène U),

La représentation du Ramesseum, mutilée à son début et à sa fin, a fait

J'objet des planches CXLIX et CL des Monuments de l'Égypte et de la Nubie (t. Il); elle a été très brièvement signalée en 1844, après la mort de

Champollion, au tome [*, p. 589, des Mouces descriptives conformes aux manuscrits autographes rédigés sur les lieux.

La représentation de Médinet Habou, complète, a été reproduite sur les planches CCIX à CCXIV des Monuments {t. II), avec une interversion regrettable entre les planches CCIX et CCX ; elle a été signalée au tome [", p. 350, des Notices descriptives, avec un important complément (p. 733- 734), relatif au premier tiers et aux dernières phrases de la longue bande inscrite qui surmonte la représentalion sur toute sa largeur.

Autant qu’on peut s'en rendre compte en comparant ce qui reste de la représentation du Ramesseum avec l'ensemble de celle de Médinet Habou, la première devait être sensiblement plus étendue en n largeur et plus riche en personnages que la seconde.

(Cf. H, HaRTLEEN, Champollion, sein Leben und sein Werk, 11, p. 333-334.

James Burton, qui visita l'Égypte el la Nubie entre 1820 et 1839, a laissé des manuscrits qui sont conservés au British Museum, où l'on retrouve quelques fragments de la représentation de Médinet Habou.

Peu de temps après la publication des Lettres de Champollion, le savant anglais Sir Gardner Wilkinson donnait, à son tour, au public britannique une description de la représentation de Médinet Habou relative à Min, dans laquelle 1l reconnaissait à la fois une cérémonie en l'honneur du dieu Amun Khem, ou Amunre Generator, el une scène de couronnement du roi. Pour cette dernière partie de l’ensemble, il déclarait en toute loyauté être redevable à son prédécesseur français de l'interprétation de l'envol des quatre oiseaux aux quatre points cardinaux avec mission d'annoncer aux dieux du monde entier l'avènement du Pharaon au trône. Il s'appuyait uniquement sur l'exemplaire de Médinet. Habou, se contentant de mentionner, mais sans l'utiliser, l'exemplaire du Ramesseum, trop mutilé N, |

Wilkinson négligeait systématiquement la partie de la représentation qui concernait la fête du dieu générateur. Aussi donnait-il abusivement pour titre à l’ensemble groupé pour la première fois sur une planche unique qui porte le numéro 76 dans le volume formant supplément à sa seconde série des Manners and Customs of the ancient Egyptians (1841), la légende Coronation of the King. Ce couronnement était, suivant lui, une cérémonie particulièrement imposante et formait l'un des principaux sujets que les Égyptiens aimaient à représenter dans les cours de leurs temples (?). | | |

0) Cf. 3. G. Wizxinson, Manners and Customs of the ancient Epyptians (Londres, 1837), vol. IF, chap. x, p. 387-389 [= vol. IT, p. 359 de Ja réédition donnée par Samuel Birch en 1878].

G) Cette planche porte le numéro LX dans la réédition publiée en à 1878 par les soins de Samuel Birch.

Au volume IT de cette seconde série (chap. xv, p. 297), 11 était fait. d'autre part, une très brève mention de a cérémonie (1.

La fête de Min a fait encore l’objet en 1843 d’une description dans un autre ouvrage du même auteur, intitulé Modern Egypt and Thebes, being a description of Egypt, etc. (voir pages 61 et suiv.). Cet ouvrage, publié à Ja hbrairie John Murray à Londres, fut reproduit à partir de 1847 dans les diverses éditions successives du Handbook for Travellers in Egypt, Thebes, the Nile, etc., du même éditeur.

L'expédition scientifique envoyée en Égypte par le Grand Duc de Toscane sous la direction d'Ippolito Rosellini publia en 1844, à Pise, dans le volume réservé aux Monument del Culto (constituant la 3° partie de ses Monument dell'Epitio e della Nubia), trois planches (n* LXXV à LXAVI) représentant le «gran frammento della Processione d Sesostri : quadri tre consecutivi esistenti nel Ramesseion a Tebe» et six planches {n°* LAXAI à LXXXVI) reproduisant les «quadri consecutivi che rappresentano la gran Processione di Ramses Meiamun nel cortile di Medinet-Abu ». Mais le texte du volume unique concernant les Monument: del Culto ne fait aucune allusion à ces représentations et n’en donne aucune descriplion.

Les textes hiéroglyphiques sont conservés dans les manuscrits de Roscllini à la Bibliothèque universitaire de Pise, ainsi que dans les manuscrits de Robert Hay au British Museum.

je

La mission scientifique prussienne, qui parcouru l'Égypte de 1840 à 1845, publia dans les Denkmäler aus Agypten und Aethiopien de Richard Lepsius les deux représentations de la fête de Min :

() Les musiciens du corlège royal et la scène du transpori de la statue de Min sont encore reproduits, isolément, au tome IT des Manners and Customs, p. 260 (n° 199)et p. 185 (n°. DAT {, p. 456 (n° 224) et p. 4ok (n° 178) de la réédition de Birch en 1878.

Les manuscrits de Wilkinson, où l'on peut trouver maints none sur le sujet qui nous occupe, sont aujourd'hui déposés, à tilre de prêt de Ja part de leur propriétaire actuel, à la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford. |

1° Celle du Ramesseum : Abteilung IIT, pl. 162-164 et Textband IT, p. Ne 2° Celle de Médinet Habou : Abteilung [IT, pl. 2 1 2- 213 et Textband

IT, p. 176-177.

Aucune description n'en a été donnée par Lepsius dans ses Briefe aus Agypten, Athiopien, etc., parues en 18592. Dans ses Denkmäler il a reproduit les scènes de Médinet Habou de façon moins complète qu'elle ne l'avait été par Champollion et par Wilkinson : 1l s'est, en effet, borné à la seconde moitié de la cérémonie, celle qui est sculptée sur la paroi est. Quant à Îa représentation du Ramesseum, elle apparaît dans cel ouvrage de façon plus fragmentaire encore.

Publiant en 1855 le récit de son premier voyage en Égypte, le savant berlinois Heinrich Brugsch a mentionné en quelques phrases brèves, au cours de sa description du temple de Medinet Abu (sic), la représentation qui nous occupe {1}, Champollion, disait-il, l’a décrite avec exactitude (genau) comme une fête d'Amon générateur. Brugsch ajoute à ses prédécesseurs la mention de la date à laquelle était célébrée celte fête, et propose le 30° jour du mois de Pakhons. Il ajoute également l'indication du nom spécifique de la fête, qui est pour lui la fête de l'escalier (Panepyrie der Treppe).

L'épisode qui frappe le plus Brugsch n'est pas, comme cela avait été le cas pour Wilkinson, l'épisode où 11 est fait allusion au couronnement du roi, mais bien celui qui nous montre le Pharaon coupant avec une faucille d'or. quelques épis d’une: céréale. pour les offrir au dieu, ce dieu étant, selon Brugsch, le dieu Mendès (à cause du taureau deux fois représenté), c'est-à-dire Amon divinité tutélaire du mois de Tybi. Tout cela est, on le voit, assez confus. Brugsch mentionne rapidement, en terminant, les neuf statues royales représentant certains des ancêtres de Ramsès III.

Beaucoup plus tard, en 1883, s'occupant, au tome IT de son Thesaurus inscriphionum aepypliacarum, de la question de la date à laquelle on célébrait à Thèbes cette fête en l'honneur du dieu ytméi (sic), ou Pan de Panopolis,

() Reiseberichte aus Aegypten (Leipzig), p. 306.

Brugsch s'est efforci de montrer que cette cérémome avait surlout le caractère d'une grande /ête de la moisson), et que ce caractère agraire était confirmé par l'époque de l’année où cette cérémonie était célébrée, peu de temps après l'équinoxe de printemps, période pendant laquelle avait lieu jadis, comme cÎle a lieu encore aujourd'hui, la récolte d'hiver, celle qui était la plus riche des trois récoltes annuelles parce qu'elle succédait immédiatement à la crue du Nil.

En 1872, le Vicomte Emmanuel de Rougé, dans son cours au Collège de France, après avoir étudié le temple de Karnak el son dieu principal Amon, complétait cette étude par celle des fêtes célébrées à Thèbes en l'honneur de ce dieu, et én premier lieu par la description de la «grande panégyrie du dieu yem, l'Amon-ithyphallique, qui était placée au commencement du mois de Payons » (1, Laissant de côté systématiquement la version mutilée du Ramesseum, pour ne considérer que la version complète de Médinet Habou, Rougé donnait pour la première fois une explicauon détaillée, accompagnée de traductions de textes, des épisodes successifs de la fête, dont Champollion, Wilkinson et Brugsch s'étaient bornés à décrire rapidement ceux qui les avaient chacun respectivement le plus frappés. En fait d'éditions antérieures, Rougé se référait uniquement à celles de Champollion, dans la citation desquelles il commettait, du reste, deux erreurs W),

L'ensemble de la représentation se divisait, pour lui, en quatre tableaux, dont cerlains se subdivisaient à leur tour en deux ou plusieurs scènes. La

(9 Thesaurus, IT, p. 297 et suiv. : ein grosses Erntefest.

® Voir le résumé de ce cours publié en 1873, après la mort de son père, par Jacques de Rougé, dans les Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne, 1. 1, p. 128-138 [spécialement p. 128-139 et p. 135-138], réimprimé au tome XXV de la Bibliothèque égyptologique (= lome V des OEuvres diverses d'Emm. de Rougé), p. 203-293 [spécialement p. 208-210 et p. 217-293 |.

Aux notes 1 et a de la page 128 du tome I" des Mélanges (= notes 1 et a de la page 203 du tome XXV de la Bibliothèque épyptologique), il y a lieu de corriger, respectivement, pl. CIX-CXIV en pl. CCIX-CCXIV, et Notices, p. 73 en Notices, I, p. 733. |

longue inscription horizontale qui court, de gauche à droite, tout le long du sommet du registre, et dont Rougé a donné pour Ja première fois une traduction complète, servail, ainsi que l'avait déjà reconnu Champollion, de «commentaire» aux divers actes de la cérémonie. et elle nous est de la plus grande utilité pour nous aider à décomposer l’ensemble en ses moments successifs.

Auguste Mariette, au tome II de son Voyage dans la Haute-Égypte, paru en 18781), a reproduit en photographie la partie du temple de Médinet Habou où sont représentées les scènes qui nous intéressent. Mais on ne distingue clairement sur cette reproduction que la partie antérieure du cortège royal sortant du palais jusqu'à l'extrémité antérieure du dais sous lequel est abritée la personne du Pharaon. Le reste est, soit trop noir, soil

caché derrière les colonnes du péristyle, et de toute façon la photographie

ne donne que Îa première moitié de l'ensemble des scènes (celle qui occupe la paroi nord), tandis que la seconde partie {celle qui occupe la paroi est) a été négligée.

Quant à la description . Mariette s’est borné à reproduire celle de Champollion, d’après les pages 344 et suivantes de ce qu'il appelle improprement la 1" édition des Lettres écrites d Évypte et de Nubie, mais qui n’est, en réalité, qu'une édition assez lardive, datant de 1868 l.

Une nouvelle description, assez détaillée, fut donnée de la fête en 1889 dans l'ouvrage consacré aux religions antiques en général par le savant

hollandais C. P. Thiele 5),

(1 Pages 51-59 et planche 53.

1 Voir ci-dessus, p. 40-41, au sujet des diverses éditions de cet ouvrage.

G) Histoire comparée des anciennes religions de l'Égypte et des peuples sémitiques, lraduite du hollandais par G. Collins (cf. p. 89 et suiv.). L'ouvrage original parut en 1869, à Amsterdam, sous le titre Vergelijkende Geschiedenis van de Eryptische en Mesopotamische Godsdiensten. 1 ful également traduit en anglais en :88a par James Ballingal.

En 1886 M. le Professeur Adolf Erman, dans son magnifique ouvrage Aegypten und aegyphsches Leben im Altertum, décrivit à nouveau la fête de Min. Tout en la rattachant à la catégorie des fêtes relatives au couronnement royal}, il déclara, comme l'avait déjà fait Brugsch , que le caractère dominant de cette cérémonie était un caractère agricole : souverain d’un pays essentiellement agricole, le roi d'Égypte avait à cœur d'inaugurer son règne par une cérémonie de joyeux avènement, au cours de laquelle il consacrait des offrandes au dieu de la végétation et de la campagne féconde. À chaque anniversaire du couronnement royal cette cérémonie était donc répétée dans les mêmes formes et suivant des riles identiques.

En 1889, M. Victor Loret, dans son charmant ouvrage de vulgarisation intitulé L' Égypte au temps des Pharaons, donnant la description de plusieurs fêtes thébaines sous le Nouvel Empire, consacrait quelques trop courtes lignes (cf. p. 46) à la fête qu'il désignait du nom de «fête du taureau sacré de Thèbes», laquelle était célébrée, suivant lui, «aux approches de la moisson ». Îl s'attachait surtout à la scène de l’offrande de la gerbe et à celle de l'envol des quatre oïseaux, à laquelle il atlribuait, inexactement du reste, une signification agricole : tandis que la légende exprime fort clairement, tant au Ramesseum qu'à Médinet Habou, que ces oiseaux sont chargés d'aller annoncer aux quatre points cardinaux du monde l'accession du Pharaon au trône d'Horus et de ses ancêtres, l'auteur a déclaré que leur mission est «d'aller annoncer. .... la bonne réussite des récoltes ». C'est là non seulement dénaturer, mais encore amoindrir la signification de cette fête annuelle, qui était au moins autant une fêle de la royauté qu'une cérémonie agricole. D'autre part, 11 y a lieu de noter l'inexactitude de la remarque finale de M. Loret, suivant laquelle certains parmi les prêtres porteurs de staluettes royales ou divines, d'étendards et de symboles divers avaient «sur leur face un masque de carton figurant une têle de bœuf, de

() Aegypten, ete, p. 101-109, Cf, Ja réédition de M. H. Ranke (1923), p. 71-72.

vautour.ou de cynocéphale, animaux symboliques des principales divinités égyptiennes ». Un simple regard sur les photographies montre que ces pré- {en:lus masques n'existent pas, el certainement M. Loret n'avait sous les yeux aucune reproduction lorsqu'il a émis cette affirmation. |

Les différents Guides des voyageurs en Égypte, Murray (nous l'avons déjà noté à propos de Wilkinson), Bædeker, [sambert-Joanne, elc., contiennent naturellement des descriptions plus ou moins développées de la fête thébaine en l'honneur de Min. Parmi eux, le Guide Joanne se disingue par une curieuse singularité : sa description s'appuie non pas sur la version complète de Médinet Habou, mais sur la version mutilée du Ramesseum l). Il s’agit pour le rédacteur de ce Guide, comme pour M. Erman, d'une fête agricole.

Le Guide Bædeker, au contraire, reconnaît fort exactement à la fête son double caractère dans les deux définitions qu'il en donne, d’abord en décrivant le Ramesseum : «das Fest des Erntegottes Min, das bei der Thronbesieigung des Kônigs gefeiert wurde »(}, puis lorsqu'il traite du temple de Médinet Habou : «das Fest des Erntegottes Min, das zugleich als Krônungsfest gefeiert wurde Wi. II divise la cérémonie en cinq épisodes successifs : 1° le cortège royal; 2° le rot faisant à la statue du dieu le rite de l'encens et l'offrande; 3° la procession divine; 4° la scène de la gerbe de blé: 5° le roi encensant Min debout sous son baidaquin. Et les cinq numéros sont indiqués sur le plan du temple de Médinet Habou à l'emplacement respectif occupé par chacun des cinq épisodes.

Dans sa Notice explicative des ruines de Médinet Habou, parue en 1897, M. G. Daressy a consacré à la fête de Min l description complète et détaillée

() Par exemple, édit. 1900, p. 516-517. Page 531, au contraire, à propos du temple de Médinet Habou, la fête est simplement ciiée. @1 Korl Bevrxen, Handbuch für Reisende, Agypten und der de édit. 1y28, p. 317. Of. la dernière édition anglaise, 1929, p. 326. … ® Jbid., p. 340-341. Cf. la dernière édition ue 1929, p. 360- 351.

50 | HENRI GAUTHIEL.

qui lui revenait de droit en raison de son importance et de son intérêt spécial. Il v a distingué sept tableaux ou épisodes successifs, qu'il a décrits avec assez de délails en aidant sa description de la traduction partielle des textes

Dans son remarquable ouvrage intitulé Du caracière religieux de la royauté pharaonique®}, paru en 1902, puis dans ses Mystères égyptens (), datant de 1913, M. A. Moret, étudiant les rites du couronnement du Pharaon par les dieux, a considéré, à juste titre, la cérémonie de la fête thébaine de Min comme rentrant dans la catégorie des représentations et dès manifestations relatives à ce couronnement. C'est l'épisode du lâcher des quatre oiseaux d'Horus aux quatre points cardinaux du ciel qui à surtout retenu son attention. | |

Quelques années plus tard, dans un article intitulé Du sacrifice en Égypte M, ce même auteur a fort justement insisté d’une facon toule particulière sur Le caractère agraire de la fête et sur ses relations intimes considérée, de ce point de vue spécial, avec le culte d'Osiris, lequel était, suivant la remarque de Sir J. G. Krazer, le dieu de la végétation tout autant que Min et peut-être plus encore que ce dernier. Pour M. Moret il ne fait donc aucun doute que la fête de Min intéressait le culte d'Osinis et célébrait le sacrifice de ce dernier. Le taureau blanc, qui était immolé en fin de cérémonie pour le bien des récoltes ), était donc la figuration non pas de Min, mais d'Osiris. Le rite de la gerbe coupée par le roi et sacrifiée elle aussi au cours de la cérémonie évoquait la mort d’Osiris (9. Il en

(9 Cf. p. 121-196 : Procession de Min (murs nord et nord-est, repistre supérieur). . ® Cf p. 104-106 et note 1 de la page 104.

® Cf. p. 28 et nole 2.

( Cf. Revue de l'Histoire des Religions, 1908/1, p. 86-87.

() Cf. LeréBURE, Sphinæ, VIII, p. 11.

4) Peut-être était-ce aussi en qualité de représentante de la déesse Îsis, veuve d'Osiris et conduisant son deuil, que la reine (dont le nom n'est, d’ailleurs, donné ni au Ramesseum uià Médinet Habou) assistait au double sacrifice de la gerbe et du taureau (?). |

était enfin de même du lâcher des quatre oiseaux, qui, nous le voyons au temple d'Osiris à Dendérah, avait également lieu lors de la célébration des rites de la veillée d'Osiris défunt.

Revenant enfin plus récemment, en 1926, el avec plus de détails sur celte cérémonie, au cours d'une conférence donnée à la Fondation Frazer de Londres sur La mise à mort du dieu en Égypte 0) M. Moret a surtout traité de l'épisode de la coupe riluelle par le roi, en présence de [a reine et des statues de ses ancêtres, d'une gerbe de blé pour être offerte au | dieu ithyphallique. Ce rite, dit-1l, est célébré à l’occasion de la fête $d du roi ®}, Si donc cette fêle a bien, sous la ÀIX° et la XX° dynasties tout au moins et telle qu'elle nous apparaît au Ramesseum et à Médinet Habou, un caractère royal, il n'en reste pas moins qu'elle fut sans aucun doute à l’origine «surtout un drame sacré, un «mystère» de la mise à mort de l'esprit du blé et de la fécondité, sous les espèces de la gerbe et du taureau ». Quant à l'épisode final, celui de l'avènement du roi, ou de la commémoration de cet avènement, il aurait indiqué, suivant M. Moret, la réincarnalion de l'esprit du blé dans un successeur, c’est--dire «la résurrection annuelle, dans la nature, du dieu de la fécondité » 5).

En 1905, M. G. Steindortf, publiant dans Îa série American Lectures on the History of Religions (V° série), son livre intitulé The Rehpion of the ancient Egyptans, s'exprimait au sujet de la cérémonie qui nous occupe dans les termes suivants (p. 89) : «the great ceremonial feast in honour of the old barvest-god, Min, was celebrated at the same time as the King's

(1 Publiée en 1927: Ci. p. 20 et 23. — Bref compte rendu par M. T. J. C. Baly, in Journal of Epryptian Archæology, vol. XVI, 1930, p. 262.

® Cf p. 23, note a. — Rien ne me semble, ni dans les représentations ni dans les textes de la fête, être de nature à confirmer cette hypothèse, qui a, du reste, été réfutée par M. Kees. Tout au plus, la présence ici de certains fonctionnaires qui, sous l'Ancien Empire, jouaient un rôle dans Ja célébration de la fête sd, pourrait-elle faire admettre un lien, assez ténu à la vérité, entre la fête royale éd du rajeunissement de Pharaon et la fête de Min.

® Voir encore Du caractère religieux de la royauté phorsnique, p. 104.

coronation with great pomp ». [l y avait donc pour lui simultanéité et, pour ainsi dire, identité entre les deux fêtes de la moisson et du couronnement du roi. fl aurait pu ajouter, puisque la fête était annuelle, qu'elle était probablement répétée à chacun des anmiversaires de l'avènement du Pharaon régnant.

M. J. Baïllet, publiant en 1913 son immense ouvrage sur Le répime pharaonique dans ses rapports avec l'évoluhon de la morale épyplienne, y rattachait la fête de Min à la célébration, au profit du roi, du service de l'intronisation (1), en même temps qu'il reconnaissait à cette fête une importance agricole, la cérémonie de la moisson y étant symbolisée par le geste royal qui consistail à couper «avec une faucille d'or les épis d’une gerbe de blé, apportés par le servant » F1.

Un autre ouvrage de vulgarisation, publié en 1 914 à la fois à Bruxelles, à Paris et à Leipzig par M. Camille Lagier sous le titre L'Épypte monumentale et pittoresque, consacre quelques lignes à la «panégyrie de Min, dicu de la fécondité» telle que nous la connaissons par les représentations du Ramesseum et de Médinet Habou. La description 5, bien que rapide, est assez complèle et ses principaux actes successifs en sont clairement exposés et analysés. L'auteur la décompose essentiellement en un cortège,

4) Cf. p. 379. L'auteur ne dit pas comment il a été conduit à celle idée, mais c’est évidemment à la scène du lâcher des quatre oiseaux aux quatre points de l'horizon qu'il songe.

Jbid., p. 257-258. — Ailleurs (p. 137, note. 9}, l’auteur semble, du reste, méconnaître le caractère particulier de cette cérémonie lorsqu'il dit que el'ordre indiqué pour la procession de Min n'est pas exactement celui qu'on voit d'habitude dans " les triomphes royaux». Nous avons eu déjà l'occasion d'observer, en mentionnant la description des deux savants de la Description de l'Égype, Jollois et Devilliers, qu'il ne s'agissait en aucune façon ici de triomphe royal; il n’y a done pas lieu de relever, et encore moins de nous étonner, que l'ordonnance de la cérémonie n'ait pas été conforme à celle des triomphes guerriers des rois.

EI Cf. p. 197.

dont la marche est interrompue par deux stalions successives devant le naos du dieu. Âu cours de la première station, «le roi purifie par l’eau et par l'encens les liquides et les solides... qui s'amoncellent sur la table d'offrandes», puis au cours de la seconde station ont lieu l'offrande au dieu de la gerbe de blé et l’envol des oiseaux.

Les articles First Fruits et Nature de l'Encyclopaedia of Religion and Ethics de Hastings, parus respectivement sous la signature de J. À. Mac Culloch (vol. VI, 1913, p. Aa) et de James Baikie (vol. IX, 1917, p. 220), considèrent la fête thébaine de Min surtout comme une fête de la moisson (harvest-feshval), dont la signification caractéristique réside dans loffrande des primeurs naturelles au dieu de la force génératrice et créatrice de la nature. Le premier ajoute, toutefois, qu'à ce caractère principal s’ajoutait l'idée que chaque nouveau Pharaon inauguraït son règne par une semblable offrande symbolique d'une gerbe de blé au taureau consacré à Min, pour placer sous la protection de ce dieu les récoltes que devait produire la terre d'Égypte pendant les années de son règne.

En 1915, M. Alan H. Gardiner (l), à propos d’un compte rendu de la 3° édition du Golden Bough de Sir J. G. Frazer parue l’année précédente, atürait spécialement l'attention sur l'épisode de la gerbe de blé coupée par le roi (en tant qu'Horus) pour son père le dieu Min (jouant ici le rôle du dieu-père Osiris). C'était, selon lui, cet épisode qui donnait sa signification caractéristique à l’ensemble de la cérémonie qu'on célébrait à Thèbes le 1* jour du g° mois de l’année en l'honneur du dieu Min : il donnait à cette fête, comme M. Steindorff dans le Guide Bædeker, le nom de fête de la

moisson (harvest-festival). Mais, ajoutait-1l aussitôt, cette fête appartenait

() Journal of Egyptian Archæology, vol. Il, p. 195.

M. Gardiner est en possession des manuscrits de G. À. Hoskins, qui visita l'Égypte à deux reprises, en 1832-1833 et en 1860-1861, où est conservée une reproduction presque intégrale des scènes de l’exemplaire de Médinet Habou.

à la série des cérémonies mixtes qui concernatent, d’une part la royauté (épisode du lâcher des oiseaux chargés de proclamer aux quatre points du monde l'avènement du Pharaon), d'autre part la légende osirienne {c’est en tant que représentant d'Horus sur la terre que le roi offre la gerbe de blé à son père Min, lequel n’est autre ici que le père d'Horus, Osiris).

En 19:19. M. K. Sethe, dans la première partie de son étude sur le calendrier des anciens Égyptiens, consacrait quelques lignes à la fête de Min telle que nous l'ont conservée les représentations du Ramesseum et de Médinet Habou. {l s'agissait pour lui, comme pour Brugsch, surlout d’une fête de la moisson, assez analogue à celle qu'on célébrait en l'honneur de la déesse Renenoutet (sic). L’offrande à Min par le roi d'une gerbe de blé fraichement moissonnée constituait l'acte essentiel de cette fête. M. Sethe donnait encore, comme Brugsch, à cette fête le nom inexact de /êle de l'escaher et la mettait en relation, également par erreur, avec la sortie du dieu Khonsou. Il montrait, par contre, avec beaucoup de sagacité le caractère ancien de cette cérémonie, dont les textes qui l'accompagnent remontent au moins jusqu'au Moyen Empire l).

Le grand ouvrage sur L'architecture et la décoration dans l'ancienne Épypee, publié en 1922 par M. G. Jéquier, a reproduit, à la planche 55 de son second volume, la paroi nord de la première (sic) cour du temple de Médinet Habou, où lon voit le palanquin royal et les premiers personnages qui le suivent.

En 1993, dans son petit livre de vulgarisation à l'usage des touristes

intitulé Luxor and its Temples, M. A. M. Blackman n’a pas consacré moins

K. Serue, Die Zeitrechnung der alten Aepypter im Verhälinis zu der der andern Vôlker. TL. Das Jahr (in Nachrichten der künigl. Gesellschaft der Wissenschaften zu Güttingen, Philosoph.-histor. Klasse, 1910, à 319).

@) I faut lire : deuxième.

de cinq pages el quatre figures à ce quil appelle, lui aussi, la grande fête de la moisson, célébrée annuellement à Thèbes en l'honneur de Min et consacrée apparemment aussi à la commémoration de l'avènement du Pharaon (.

En 19924, M. G. Foucart, dans son étude sur la fête thébaine d’Amon dans la Vallée 0), a eu l’occasion de citer incidemment, à diverses reprises, la fête qui nous occupe W. Pour lui, il s'agit nettement et exclusivement d'une fête aux rites agraires, à laquelle 11 a donné le nom de «fête des moissons ». Les autres traits caractéristiques de cette cérémonie en lhonneur d’Amon-Min ne l'intéressent pas et il les passe délibérément sous silence.

Le grand ouvrage de M. Capart, que la Fondation Égyptologique Reine Élisabeth a consacré aux ruines de Thèbes), ne pouvait manquer de réserver à la procession de Min tant au Ramesseum qu’à Médinet Habou une place importante. La représentation du Ramesseum est rapidement signalée à la page 106. L'auteur remarque à juste titre que cette fête est la seule fête d’Amon qui nous soit «connue avec le scénario complet», et il pense avec M. Foucart «qu’on pourrait l'appeler la fête de la récolte, puisque le roi coupe la première gerbe en présence du dieu de la fécondité, sous la forme de Min ».

f explique la DArHcIpRUr des anciens DEarons «sous forme de statues portées par des prêtres » à la cérémonie comme un «témoignage frappant de la persistance de la tradition historique», et ne se demande pas sil n'y aurait pas liéu d'établir quelque relation entre la présence des rois-ancêtres et le caractère commémoratif du couronnement du Pharaon régnant,

M Cf. p. 179-183 et fig. 46-49. Les figures sont de simples découpages de Îa grande représentation d'ensemble de Wilkinson (voir ci-dessus, p. 43). Elles ne donnent pas une idée complète de Ja cérémonie.

®) La belle fête de la Vallée (in Bulletin de l'Inst. franç. d’Archéol. orient. du Caire, t. XXIV).

5) Par exemple tbid., p. 5 et p. 7 note 1.

(#) Thèbes, la gloire d'un grand passé (Bruxelles, 1925).

que l'on s'accorde généralement à reconnaître à cetle cérémonie à côté et en plus de sa signification: agricole. Enfin M. Capart fait observer très à propos, après M. Sethe, que «la langue des textes commentant les reliefs montre qu'il s’agit d'une lête extrêmement ancienne ».

Pour ce qui est des représentations de Médinet Habou, l’auteur de Thébes en relève l'excellent état de conservation » et les reproduit, d’après un cliché de Beato, sur la figure 63 qui occupe toute la page 107. Pour leur

description, il se borne à reproduire, sans y rien changer, celle qu'en a donnée M. Daressy en 1897 dans sa Notice explicative des ruines de Médinel Habou, et qui «permet, dit-il, de suivre aisément tout le scénarios». Mais après cette description, à la page 110, il ajoute cependant quelques réflexions qui montrent bien le double caractère de celte cérémonie : fête agricole, que l'on célébrait, au moins théoriquement, au moment de la récolte, et fête commémorative du couronnement du roi régnant. Le message par lequel les quatre oiseaux personnifiant les enfants d'Horus sont chargés d'annoncer aux quatre points cardinaux que le roi, héritier des dieux, a ceint la double couronne de la Haute et de la Basse-Égypte s'adresse taux dieux des quatre parties du monde», comme si, dit M. “apart nous en étions encore, sous la XX° dynastie, à l'époque pin «où les dieux régnaient sur la terre ».

Cette revue des publications antérieures des scènes de la «sortie» de Min au Ramesseum et à Médinet Habou ne saurait passer sous silence les très précieux renseignements qui nous ont élé apportés en 1929 par le tome II de l’admirable Topographical Biblhography of ancient Egyptian hieroglyphic Texts, Relief, and Paintngs, due à la collaboration de deux savantes anglaises, Miss Amelia B. Porter et Miss Rosalind L. B. Moss. Tandis que le premier volume de cette Bibliographie, paru en 1928, concerne uniquement les tombes de la nécropole thébaine, le second volume est consacré aux divers temples de Thèbes. À la page 1592, on trouvera toutes les indications nécessaires, non seulement sur les publications imprimées, mais aussi sur les divers manuscrits (Rosellini, Wilkinson, Hay) traitant de la «festival procession» de Min, qui occupe le registre

supérieur de l'emplacement marqué par les numéros 15 et 16 du plan du Ramessenm reproduit à la page 150. De même, aux pages 183-184 sont énumérés tous les renseignements utiles concernant les publications imprimées et les manuscrits {Rosellini, Hay, Wilkinson, Hoskins, Burton) concernant la « procession of Min in thirteen scenes » qui occupe le registre supérieur des parois nord et est de la deuxième cour aux endroits marqués par les numéros Ag à 55 sur le plan du temple de Médinet Habou reproduit à la page 178.

J'ai pu glaner dans cet inépuisable champ de renseignements quelques indications de détail qui m'avaient échappé au cours dés patientes recherches auxquelles je m'étais livré avant l'apparition, toute récente, de ce précieux et indispensable instrument de travail.

Dans la Vie de Ramsès [1 qu'il a publiée en 1930 dans la collection des” Vies des Hommes illustres, M. Ch. Parain déclare {p. 15-17) que le «second couronnement [du roi] destiné à ménager les susceptibilités du dieu Amon et de la capitale officielle de l'empire», succédant après quelques mois au premier couronnement qui avait été célébré à Memphis au début de novembre, «avait lieu à l’occasion de la grande fête du dieu Min, à la fin de rgars, après la récolte», et que «en cette fête du début de l'été le roi faisait à Amon-Min l'offrande de la récolte que l'on venait de moissonner». Îl décrit ensuite très sommairement les diverses péripéties de la cérémonie, cortège royal, procession divine, admission du roi par le dieu auprès de lui à la suite de ses ancêtres», lâcher des oies aux quatre points de l'horizon pour annoncer à la terre entière ce grand événement, offrandes du roi aux statues de ses ancêtres, enfin présentation par le roi au dieu d’une gerbe symbolique «comme prémice de la première récolte de son règne».

Quant au récent ouvrage de M. Pillet, paru également en 1930 dans la collection Les wlles d'art célèbres sous le titre Thèbes, palais et nécropoles, 11 se borne à signaler en une simple phrase, à propos du Ramesseum, dans la seconde cour de ce temple (p. 58), les représentations qui nous occupent de «la fête des moissons que le dieu Min préside ».

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