DU GRAND TEMPLE DE MÉDINET HABOU (PL. XEV
Tout au fond du grand temple de Médinel Habou, à l'angle sud-ouest, une petite salle (n° 47 du plan Daressy) ) est consacrée aux dieux Amon, Min et Montou. Tandis que sur la paroi du fond de cette salle (sud), Ramsès [IT fait au dieu « Min-Amon maître de la grande demeure » (Daressy) le rite de l’encens et de la libation, la paroi de droite en entrant (ouest) est tout entière occupée par une procession de la statue du dieu « Afin-Kamoulof qu est sur le grand siège». Geile procession a été brièvement décrite en 1897 par M. Daressy {Notice explicative des ruines de Médinet Habou,
(TT faut probablement suppléer ici l'adjectif wr.t, qui accompagne le plus souvent le mot $.1 dans celle épilhète très fréquemment accolée au nom du dieu Hbyphallique, soit Min, soit Amon-Ré-Kamoutef. On peut se demander si cette épithète hr 4 art ne serait pas un synonyme de hf hywf ct si le Lijw ou reposoir du dieu de ia génération n'aurait pas été également désigné sous le nom de rgrand siège».
9 Notice explicative, ete., entre les pages 58 et 59. Ce plan a élé reproduit par Miss Porter et Miss Moss { Topographical Bibliography, ete., vol. IF, p. 186).
p. 166, et au tome AIX du Recueil de travaux, etc., p.19, bas). Elle a été enfin signalée récemment par Miss Porter et Miss Moss (Topopraphical Bibliography of ancient Egyphan leroglyphre Texts, elc., vol. If, Theban Temples, p.187, n° 80 : Procession of Min-Kamutf).
Je vais en donner une description détaillée à l’aide de la photographie qu'a bien voulu me fournir l'Institut Oriental de l'Université de Chicago. La statue du dieu, portée à deux mains par un prêtre, est à l'extrémité gauche de la paroï, dont elle occupe avec son porteur toute la hauteur. Le dieu ithyphallique est semblable à toutes les autres représentations connues ea lui; il est debout sur le petit socle =, Son nom est 5 SL e, DA %e e Min Taureuu-de-sa-Mère, qui est sur le grand siège ». Ge dernier titre Au $.t art est assez fréquemment accolé au nom du dieu de la génération, quelle que soit, d’ailleurs, la forme exacte de ce dernier. C’est ainsi, pour ne citer que cel exemple entre plusieurs, qu'au petit temple de Deir el-Médineh (datant du ue de Ptolémée IV), nous voyons figuré LE # NI — > «in-Amon- Ré Taur eau-de-sa-Mère, qui est sur son grand siège » (1). | Nous ne sommes pas en état de dire avec précision ce qu'était ce «grand siège», ou plus exactement ce «& grand endroit ». M. Lefebvre, rencontrant parmi les titres du grand prêtre d'Amon de Karnak Mery celui de in LL % «père don du grand endroit», l'a rendu par «père divin du saint des saints » @), Il est possible que cette traduction soit ici exacte, mais Je ne crois pas pouvoir l'adopter pour le titre du dieu ithyphallique à cause de la préposition — sur; 1l faudrait avoir Vi >= «dans le saint des saints». Derrière la stalue, tout à gauche de la paroi, le roi élève au-dessus de sa lêle, dans l'attitude de l’adoration, ses deux mains ouvertes; il est désigné par ses deux cartouches précédés respectivement des Ulres ue et 7 Devant la statue s’avancent, disposés sur trois registres superposés x vingtneuf personnages, à raison de dix sur chacun des deux registres inférieur et moyen et de neuf seulement au reyistre supérieur. Üne bande horizontale d'hiéroglyphes surmonte chacun iles trois registres sur toute la largeur. Suivant l'habitude des anciens décorateurs égyptiens, la tête de la pro-
(Cf. Pienr, Inscriptions hiéroglyphiques, 1° série, pl. GLXXX, ». % Voir Histoire des grands prêtres d'Amrn, p. 19, note 2. |
cession esl indiquée par le repistre inférieur tandis que [a queue du corlège
occupe le registre supérieur,
a) Regrshre inférieur. — 1-3. La procession est ouverte par trois femmes identiques l’une à l'autre, vêtues d'une longue robe descendant au-dessus des chevilles. Elles ont les deux mains relevées de chaque côté de la tête. Ce sont des musiciennes, comme l'indiquent les Litres gravés au-dessus de
; ES . | ‘ chacune d'elles : te $sp dhn «porteuse de tlambourin», Fès HW Re. ..,. nes! + ee
arf , : ,* 1 + * « ete «lambourm» (le nom de l'instrument est employé ici pour désigner l'instrumentste, exactement comme nous disons encore «un lambour, un clairon», etc.).
h. Vient ensuite un homme, bras droit pendant, main gauche ramenée horizontalement sur la poitrine, le & hrj-hb «oficiantr.
5. Derricre lui, un danseur À Des 10 | kb, barbu, le bras droit ballant. la main gauche tenant par le mieu une longue canne verticale. Il n'est pas dans Paltitude de la danse. La charrue est employée ici comme phoné-
tique n | hb.
6. Vient ensuile un personnage identique au précédent, le Le snow Mn « sacrificateur (?) de Min», chargé peut-être d'immolcr l» taureau blanc qui représente, au cours de la cérémonie thébaine de sa «sortie», Île dieu de la génération.
7. Le ? hrj-wdb (?); dans la même attitude que les deux précédents. On peut se demander si ce personnage n'est pas à identifier avec le prêtre{?) pm frere, sp» : | 1 .
<< hrj-6 n Mnw, que nous avons rencontré au quatrième épisode de Îa «sortie » de Min}. Dans les représentations de la fête $d sous l'Ancien Empire, par exemple au lemple solaire du roi Ne-ousir-ré de la V° dynastie, nous voyons le $ hrj-wdb jouer, comme le smwtj Anw, un rôle important. Selon M. Kees, qui a décrit très minutieusement la grande représentalion de la fête $d dans ce temple, 1l s'agirait d'un haut fonctionnaire chargé de l’adnninistration des biens royaux et qui, en l'absence du ror, Ie représentait dans les ôpérations du recensement des bœufs, des chèvres ct des
(9 Voir ci-dessus, p. 212-213.
moutons appartenant aux domaines royaux; il avait sa place dans les cortèges royaux, où il portait l: long bâton des fonctionnaires}, Nous savons, d'autre part, que cette ancienne fonction, fréquemment citée sous l'Ancien et le Moyen Empire, avast disparu sous le Nouvel Empire. Ne se pourrait-1l pas qu'à cetle époque Je mot wdb n'ait plus été reconnu, qu'on ait interprélé le titre ? comme étant à lire hr-6, et qu'on l'ait assimilé avec un personnage faisant partie, non n plus du + a des domaines du roi,
"me
mais bien du clergé de Min, le +6
8. Une femme, les deux bras ne horizontalement sur la poitrine el qualifiée mod.t, dont nous ne savons trop quelles étaient les attri-
butions:
g. Le AY prêlre sm, porlant le long manteau ample évasé à son extrémilé inférieure , dont sortent seulement, en avant, les deux mains saisissant un bâton qui repose verlicalement sur Îe sol. Ainsi qu'on l'a fort justement observé, ce personnage à lout à fait la silhouette de celui qui sert à désigner, sur la table royale d’Abydos, le roi thinite Sémempsès de la [°° dynasie, Ce prêlre est, en outre, idenlique, au bâlon près, aux quatre prèlres qui figurent sous les numéros 7,10,11 el12 dans le cortège de la «sortie» de Min précédemment décrit et qui portent sur l'épaule gauche un taureau couché, un cynocéphale et deux faucons Comme les Ulres Æ et Le ce Litre esl une survivance de l'ancien AY qui jouait dans la célébration de la fête $d un rôle important sous l'Ancien Empire). La persistance de ces trois fonctions, plus ou moins détournées à vrai dire de leur signification primitive, dans la cérémonie de la «sortie» de Min à l'époque ramesside, est peul-être un indice en faveur de l'hypothèse émise en 1927 par
(1 CF. Das Re-Heiliplum des Kônigs Ne-woser-Re' (Rathures), Band DT, Die grosse Fesidarstellung (1928), p. 6, 25 et 59 (Index). M. Kces suppose qu il existait denx krj-wdb, V'un pour la Haute et l'autre pour la Basse- Égy pte.
® Enuan-Grarow, Wôrierbuch der aegypt. Sprache, Band 1, p. 4og (au mot wdb t | = ), et surtout Band FT, p. 139 (aux mols dérivés de ?).
G Voir mon travail sur Le personnel du dieu Min, où ce tilre a élé plus longuement étudié.
® Voir ci-dessus, p. 186-187.
6) C£ Kers, Das Re-Heiligtum, etc., I, p. G.
260 HENRI GAUTITIER.
M. Morel}, selon laquelle cctie fêle du dieu de l'énergie virile aurait eu lieu à l’occasion de la fête royale $/, dont le but élail précisément de rajeunir le Pharaon et de renouveler ses forces physiques.
Commence alors la série des porteurs d’enseiynes des diverses divinités invitées à assisler à la cérémonie, dont Île nom n'est malheureusement pas plus indiqué qu'il ne l'était sur les représentations de la grande «sor Le » de Min au Ranesseum et à Médinet Habou.
10. Le dernier personnage du registre inférieur porte sur l'épaule gauche et maintient en place à l’aide de ses deux mains élevées à hauteur du visage un faucon (X, debout sur un support JÆ. Cest l'enseigne du dieu dun ‘niv «celui qui ouvre ses gries »®, patron du AVIIE nome de la Haute-
Égypte.
b) Registre moyen. — 11-13. La rangée médiane commence par un groupe de trois personnages ainsi composé : au centre, un personnage tient à deux mains une enseigne verticale reposant sur le sol et supportant le morceau de chair, emblème du II° nome de Basse-Fg rpte (Lélopolite), qui est épalement porlé par le prêtre numéro 8 de la procession de la «sortie » de Min. Le dieu de ce nome était Horus, et l'on s'explique qu'il figure, ainsi que les autres Horus locaux, dans la cérémonie célébrée en l'honneur de Min, identifié depuis le Moyen Empire à Horus. Face à ce personnage, un autre élève, dans l'attitude adorante, la main gauche vers l'emblème du nome Létopolite, tandis que derrière le porteur de l'emblème un autre prêtre répand le contenu d’une aiguière à bec qu'il tient de la main droite. Il s'agit donc dans ce groupe d'honneurs spéciaux rendus, à l’occasion de la procession de la statue de Min-Kamoutef, à l'emblème d'un nome dont le dieu était le proche parent de Min lui-même.
14-15. Viennent ensuite deux personnages identiques, sans aucun attribut, le bras droit ballant tandis que le bras gauche est replié sur la poitrine. Leur attitude étant exactement celle du - déjà décrit {n° 4),
®) La mise à mort du du en Énype, p. 18.
© CI H. Kees, Anubis «Herr von Sepan und der 168. pee Gau (in À. 7: LVILE, 1923, p. 95 96).
il est permis de penser qu'il s’agit à de deux prêtres de même rang et de mêmes fonctions que le hry-hb.
16. Une femme, identique comme pose aux trois musiciennes numéros 1, 2 el 3, aucun litre n'est gravé au-dessus d'elle, mais ce doit être aussi
| quelque musicienne,
D: Un homme portant à deux mains devant soi la coiflure caractéristique de \Nlin : bonnet légèrement entré du haut et surmonté des deux
hautes plumes : 4.
18. Un homme portant à deux mains devant soi une amulelte {?) représentant une divinité accroupie à Lète de lion (ou de lionne).
19-20. Les deux derniers personnages de ce registre, identiques l'un à l'autre, liennent à deux mains une longue enseigne reposant verlicalement sur le sol et supportant l'emblème du [I] nome de la Basse-Lgyple (Ocerdental ou Libyque), %. Ces deux emblèmes sont, selon loute vraisemblance, à identifier avec les deux faucons portés sur l'épaule par les prêtres sm (?) numéros 31 et 12 de la procession de la «sortie» de Ain. Mais pourquoi ce faucon-emblème était-il représenté deux fois, identique à ja cérémonie célébrée en l'honneur de son parent Min? Nous n'en savons rien. La même dualité, tout aussi inexplicable, a éLé observée pour les porteurs
de l'emblème d’Anubis (n* 5-6) dans la procession de la «sortie» de Min U),
c) Registre supérieur. — 21-24. Les quatre premiers personnages sont des hommes, danseurs ou musiciens, dans la méme atutude que les quatre femmes 1-3 du registre inférieur el 16 du registre moyen.
25-26. Les deux suivants sont des hommes sans attribut spécial, les deux mains horizontalement tendues en avant.
27-29. Les trois derniers personnages de la procession, bien que marchant dans la même direction que les précédents, tournent la tête en arrière pour contempler fa statue divine qui les suil.
® Voir ci-dessus, p. 186.
Le premier lient à deux mains un long support d'enseigne reposant verticalement sur le sol el surmonté d’un emblème peu distinet, qui semble être le taureau couché du VI° nome de Îa Basse-Égypte (le nome Xoïte). Si celle identification est exacte, nous sommes en présence de l'emblème porté, dans la procession de la «sortie» de Min, par le prêtre numéro 7 (celui qui marche derrière les deux porteurs d'emblèmes d'Anubis).
Le second est un prêtre $tm CE vêtu du long manteau ample évasé par le bas dont sortent seules, en avant. les deux mains. I tient à deux mains le support d’enseigne reposant verticalement sur le sol surmonté de l’emblème du ÂVIIE nome de la Haute- Égypte % dun ‘nw, déjà porté par le prêtre numéro 10.
Enfin le dernier personnage de ce cortège, celui qui précédait immédiatement la statue divine portée à deux mains par un lrentième individu , ne porle aucun attribul et a les bras rephiés sur la poitrine.
Nous sommes loin, on le voit, des dix-huit enseignes divines reconnues dans les représentations plus développées de la procession ; 1l ny en à ICI que six, dont quatre concernent des formes d'Horus.
Quant à la statue elle-même, elle occupe, avec le prêtre qui la porte de ses deux bras horizontalement repliés sur la poitrine , Loute la hauteur des trois registres superposés que je viens de décrire. Le dieu est ici appelé 7, | 2% «Min T aureau-de-sa-Mère, qui est sur la grande place ».
Tout à fait à la gauche de la représentation, le roi Ramsès IIT désigné par ses deux cartouches, suit et adore de ses deux mains levées haut audessus de sa têle la statue du dieu. Les légendes horizontales surmontant chacun des trois registres sur Loute la largeur sont les suivantes :
à) gi inférieur : [7 0 ET EN GRHNIL FES ER CHER LAS ce
ler : Viens (bis), 6 Min-Amon, à ton auguste temple de milhons d'années qui est a l'occident de Thèbes; garde le roi de la Haute et de la Basse-Egypte Ousirmadré-Miriamon en vie, stabilité et force, apparaissant avec li couronne blanche
el la couronne rouge ».
Le dieu quitte donc sa chapelle particulière, qui se trouvait probablement dans. le grand temple d’Amon à Karnak, pour venir sur la rive gauche. dans le temple funéraire de Ramsès [IE qui est désigné comme étant aussi le propre temple de millions d'années du dieu. Le but de sa visite est de défendre et protéger le roi. Le dieu est appelé ici Min-Amon, alors que la légende Le au-dessus de la statue divine porle Min-Kamoutef.
b) Registre moyen : CL I et LE = LEE ERP O9 0 cécier : 1 liens (bis),
8 Horus, taureau puissant, grand de royauté, à la demeure de Hin-Amon où est son fils; fais un monument, conslruis ta demeure, parfars ton. ...... qu est dans celte contrée, accumulant la vie, stabilisant les années, uffermissant le Nord
el le Sud comme RE à jamais! =,
Tandis que la légende du bas s'adressait au dieu, celle-ci est un appel
au ro1, désigné sous son nom d'Horus, quelle engage à construire et à
embellir sa demeure d'éternité dans la nécropole de sa capitale. c'està-dire son temple funéraire de Médinet Habou.
c) Repistre supérieur : 1? l'h \ D: = ee À ns & mn —
CiHENILIUT SE ME EUSIRENCTRE)
« Réciter : Ah! lève-toi, ah! lève-toi, Amon! Ton fils que Lu aimes, le maître des deux terres Ousirmaâré-Mrriamon te fait lever comme... sur le htiw (reposoir). Accorde qu'il célèbre de nombreux jubnlés comme R& à jamas, [son] (?) nom (étant? | duns le Chäteau de Ousirmaäré-Miriamon ».
Ge texte nous confirme ce que nous avions déjà entrevu à l'aide des autres représentations de la procession du dieu : c'est Îe roi qu ie < fut apparaître, fuit lever» le dieu (appelé ici, non plus Min-Kamoutef, n1 Min- Amon, mais lout simplement Amon) sur le h/jw (ou reposoir) sur lequel il l’a fail transporter. Et en récompense de ses bons offices le dieu accorde à son fils chéri des fêtes annuelles, innombrables et éternelles. dans son
temple de Midinet Habou.