‹ Les fêtes nationales à ParisChapitre 10 sur 61 · ENTRÉE DE CHARLES IX · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE CHARLES IX

Arc de triomphe de Bernard de Palissy à l’entrée du pont Notre-Dame.

Deux arcs de triomphe à la rustique, œuvres de Bernard de Palissy, avaient été construits à chaque bout du pont Notre-Dame. Sur le couronnement du premier on avait placé le vaisseau de la Ville, et, à droite et à gauche, Castor et Pollux. De chaque côté, comme supports de .la corniche, on admirait deux statues, « l’une d’un vieil homme chenu aiant longue barbe, coronné de rozeaux et de jonc’z ; et l’autre d'une femme aiant grandz cheveux, s’appuiant l’un et l’autre sur une cruche jectant eau en abondance, pour représenter les fleuves de Marne, et de Seine, à l’endroict de laquelle eaue respandüe, estoient force petitz arbrisseaux et quantité de mousse, entremeslez avec plusieurs petitz lézards et limax grauissans. »

Les tableaux de ces arcs de triomphe s’éloignaient de la Fable pour effleurer la Réalité. Cette entrée de Charles IX précédait de bien peu la Saint-Barthélemy, et les tableaux de ces arcs de triomphe touchaient un

point vif des questions du jour; ils célébraient la paix momentanément établie, avec un enthousiasme qu expliquaient assez les violences des guerres précédentes. On eût dit que Palissy, protestant d’intention au moins, avait cherché à prouver au roi qu’on le prenait au mot et qu'on croyait à ses paroles conciliantes.

Sur un de ces tableaux on apercevait des abeilles faisant leur miel au milieu de corselets, de rondaches, de morions, de gantelets.

L autre tableau montrait des « aragnes », tissant tranquillement leurs toiles au milieu d’épées, de lances, de mousquets.

Cette fois c était à Théocrite, fort étonné sans doute de se voir en telle affaire, qu'on avait emprunté la devise ; pour les délicats on avait mis en grec les vers originaux, pour la foule on avait traduit ainsi les vers du doux inspiré des Muses de Sicile :

Là les aragnes font dans les armes leurs toiles,

Signe dç rare paix et oubli des quereller.

Était-ce donc une manœuvre, un leurre, un piège, que ces devises pacifiques ? Même si nous ne savions pas que Bernard de Palissy avait élevé ces arcs de triomphe, cette supposition serait inexacte. Paris était sincère, comme il 1 est toujours dans les grandes fêtes populaires. En suivant l’histoire à travers les fêtes publiques, nous- verrons continuellement cette nation prédestinée-et comme condamnée à la gloire guerrière, trouver, .pour célébrer la paix, des accents vraiment touchants. Nous assisterons au spectacle d’un peuple qui fut souvent divisé et qui à chaque instant caresse, avec une émouvante bonne foi, des rêves de réconciliation et d’amour.

l entrée de la reine, qui eut lieu quinze jours après celle du roi, aucune particularité remarquable à noter.

A la porte Saint-Denis, Pépin et Charlemagne remplaçaient Francion et Pharamond. A la porte aux Peintres s’élevait un grand arc de triomphe d’ordre corinthien avec deux colosses. «L’un représentoit le fleuve du Rhône, lequel passant par le lac de Genève (sans se mesler toutefois parmy) vient descendre à Lyon ; l’autre, le fleuve Danube, qui va vers Orient, traversant tout le pays d Allemagne jusques a Constantinople, en passant par une petite isle nommée Thamos (en laquelle Ovide fut banni), de là va se rendre par sept coudes en la mer Euxin. »

Un Satui ne d or avait été substitué, à la fontaine des Innocents, à la statue de l’Hyménée.

La décoration du pont Notre-Dame était un appel à l'amitié des deux nations, appel qui depuis de longs siècles n’a pas été entendu.

« Et pour ce que par les escrits de plusieurs saintz et anciens grands personnages a esté predict que des François et Allemans doit sortir un grand Monarque lequel subjugera non seullement l’Asie, mais tout le reste du monde que nous espérons devoir estre de ce mariage, fut mis au premier portail du pont nostre Dame un Thoreau nageant en mer portant une nymphe sur la croppe dicte Asie. Pour signifier que tout ainsi que l’ancien Juppiter en pareille forme ravit Europe (que iceux François et Allemans avec leurs confederez occupent), aussi le Juppiter nouveau, ou Daulphin de France qui doit sortir de ce mariage, ravira l’Asie, et le reste du monde pour joindre à son Empire, et soy faire Monarque de l’univers. » Au-dessous étaient écrits ces vers, de Baïf :

Par le vieil Jupiter Europe fut ravie :

Le jeune ravira par Isabel l’Asie.

Que d’Europe, et d’Asie on taise le renom.

France Allemaigne soit de l’univers le nom.

XVIIe SIÈCLE

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