‹ Les fêtes nationales à ParisChapitre 2 sur 61 · ENTRÉE DE CHARLES VII · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE CHARLES VII

12 Mars 143 y

|jg

n s’en rend compte par la miniature d’un manuscrit de Monstrelet, les entrées de rois du quinzième siècle ressemblaient fort à celles du quatorzième ; le roi monte un cheval nu, qui était alors un signe de souveraineté, signe que Charles VII, si longtemps contesté, devait tenir à accuser davantage. A quelques

pas un écuyer tient par la bride un autre cheval tout caparaçonné. Le rond garni d’hermine, que Montfaucon appelle une machine en forme de cercle, n'a aucune

signification emblématique, c’est seulement le bizarre instrument, une tourmole, croyons-nous, dans lequel on passait les rênes du cheval, ce qui devait singulièrement gêner le cavalier pour diriger sa monture.

Le Comte, de Dtcrueir .

HW '

i 1 - JPVal

iiigl Mm'f// 'd'/f 1

Le Prévôt des marchands et les Bourgeois qui sont venus au-devant du monarque jusqu’à La Chapelle, vêtus de leurs habits- pers et vermeil, portent au-dessus de la tête du roi un dais fleurdelisé. Après les Bourgeois marchaient le Prévôt de Paris et ses sergents, ensuite venaient les notaires, procureurs, avocats et commissaires du Châtelet.

Derrière eux on apercevait les sept Péchés mortels et les sept Vertus. N’est-ce pas un curieux côté du moyen âge que cette mascarade allégorique coupant tranquillement un solennel cortège, cheminant gravement

à son rang derrière les gens de justice, comme pour jeter une note du répertoire des Confrères de la Passion et du Roman de la Rose dans cette majestueuse cérémonie ?

Les préparatifs furent les mêmes que pour l’entrée d'Isabeau. Au-dessus d’un grand écu de France qui décorait la porte Saint-Denis, des enfants déguisés en anges chantaient :

Très excellent prince et seigneur, Les manants de votre cité Vous reçoivent en tout honneur Et en très-grande humilité..

A cette entrée figuraient le bâtard d’Orléans, « armé de plein harnois et tout couvert d orfèvrerie, lui

et son cheval, » et La Hire en très-bel et noble appareil. Pothon de Saint-Treille, le Xaintrailles qui fut aussi un des compagnons de la Pucelle, portait le heaume du roi sur sa poitrine. En les apercevant quelques gens du peuple pensèrent peut-être à la plébéienne intrépide qui avait pris par la main ces guerriers vaincus humiliés, découragés et qui les avait conduits à la victoire. Celui qui avait été le roi de Bourges, et qui, grâce à une bergère héroïque, était enfin le roi de France et rentrait, au bruit des noëls, dans cette capitale qufil avait quittée en fugitif en 1418, ne pensa assurément pas une minute à la vaillante qui, blessée pour la première fois devant les fossés de Paris, sentit que le charme était rompu et éprouva comme un pressentiment du sort terrible qui l’attendait.

Page 1