‹ Les fêtes nationales à ParisChapitre 3 sur 61 · XVI1 SIÈCLE · texte numérisé non relu

XVI1 SIÈCLE

LE DINER de la REINE MARIE D’ANGLETERRE a L'HOTEL DE VILLE

23 Novembre i5i4

e 1437 à 1 5 1 4, la France a marché. Au repas donné par le Corps de Ville à la reine Marie d’Angleterre, nous retrouvons la Municipalité parisienne dans une situation bien différente de celle qu’elle avait sous Charles VI et sous Charles VII. Le bon Louis XI, peu tendre pour la noblesse, avait laissé ses amis les bourgeois haranguer encore à genoux, mais du moins les avait mis, politiquement parlant, sur un pied différent. La révolution qui n’avait pu s’accomplir par la force, du temps d’Étienne Marcel, était en train de s’accomplir pacifiquement avec l’aide de la Royauté. La Municipalité, cependant, si elle jouissait déjà d’une autorité qu’elle ne possédait pas auparavant, n’était pas encore installée d’une façon digne d’elle. Elle était de plus en plus à l’étroit dans la Maison aux piliers, l’ancien logis des Dauphins de Viennois qu’elle avait acquis sous la prévôté de Marcel pour remplacer la maison de la Marchandise, l’humble Parlouer aux bourgeois, dépendant du grand Châtelet.

Ce fut dans la Maison aux piliers que la Ville donna, pour la première fois, un dîner officiel à la reine Marie d’Angleterre, qui venait d’épouser Louis XII, déjà âgé de 62 ans. Les bourgeois aimaient Louis XII, roi sage et paternel, en dépit de ses rêves de conquête en Italie ; ils estimaient sa prudente économie, et, tout en riant un peu du joyeux rire gaulois, de la passion amoureuse de ce barbon, ils voulurent dignement faire les choses et mettre, comme on dit, les petits plats dans les grands, quand la reine leur annonça qu’elle viendrait leur demander à dîner.

Malheureusement cette Maison aux piliers, dont Sauvai nous a laissé une curieuse description, en dépit de ses cuisines hautes et basses, de son poulailler et de sa basse-cour, était insuffisamment aménagée pour recevoir une brillante compagnie. Après^ avoir attendu quelque temps, la reine ne pouvant fendre la presse, prit le parti de monter par l’escalier de cuisine. Les porteurs de plats ne parvinrent pas non plus à se frayer un passage, et le rôti, comme à Chantilly du temps de Vatel, manqua sur plusieurs tables. Ces mésaventures n’eurent pas d’ailleurs les conséquences fatales qu’elles eurent chez les Condé. A cette époque tout se passait encore un peu à la papa dans la libre familiarité des mœurs du moyen âge, et chacun prit son parti gaiement.

Page 1