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FÊTES DU MARIAGE DE MME ÉLISABETH

2g et 3o Août iy3g

F. s fêtes célébrées à l’occasion du mariage d'Élisabeth de France avec Dom Philippe , Infant d’Espagne , furent une des premières réjouissances du règne de Louis XV. Ce furent certainement les plus belles fêtes nautiques données à- Paris. L’immense espace qui s’étend entre le pont Neuf et le pont Royal et que ne coupait alors ni le pont des Arts ni le pont des Saints-Pères, avait été choisi comme théâtre de ces divertissements. Qu’on se figure tous les bords de la Seine peuplés de spectateurs. Chaque coin de la berge avait été utilisé pour construire soit une simple estrade, soit des loges confortables où tout le beau monde se groupait en sociétés particulières ; quelques-uns plus hardis avaient élevé sur pilotis des échafaudages qui avançaient même sur la rivière. La foule entassée sur les quais voyait aussi bien du haut des parapets que ceux qui étaient sur le rivage. Cinq cent mille personnes, disent les Mémoires contemporains, assistèrent à cette fête ; ce chiffre n’a rien d’exagéré, quand on considère la disposition particulièrement favorable de cet emplacement qui formait alors comme une Naumachie naturelle.

Le terre-plein du pont Neuf était occupé tout entier par les charpentes du feu d’artifice; ce bâtiment représentait une espèce de temple à la grecque, précédé d’une colonnade, isolé de toutes parts et dominant sur tout ce qui l’entourait. Quatre rangs de colonnes doriques de trente-deux pieds de hauteur soutenaient l’édifice.

Au milieu de la rivière, à la hauteur à peu près de l’École des Beaux-Arts actuelle, on avait édifié sur deux bateaux accouplés un salon octogone destiné à recevoir des musiciens.

Les deux bateaux sur lesquels ce salon reposait étaient cachés par des rochers qui paraissaient sortir de l’eau. « On arrivoit au salon par huit escaliers qui étoient assis sur ces rochers, mais ces degrés séparés par huit piédestaux qui soutenoient sur chacun des angles de l’octogone huit Tours de Castille, conduisoient auparavant à une terrasse. Cette terrasse étoit close par une balustrade, dont les dez portoient des vases de différentes formes.

« Le Salon oceupoit presque toute la superficie de cette terrasse : Il étoit ouvert de tous côtés par huit arcades ou portiques, de vingt et un pieds et demi de haut, séparés par autant de pilastres. Toute l’architecture

en étoit peinte en marbre blanc, et étoit enrichie d’une infinité de compartimens variés, et d ornemens de couleurs différentes, entre lesquels on distinguait les figures des Muses, peintes en camayeu, sur un fonds de lapis.

« Du ceintre des arcades pendoient de grosses lanternes de toile transparente et colorée, suspendues à des guirlandes de fleurs. L’entablement qui couronnoit ces portiques, étoit surmonté d’un rang de lanternes; et audessus de chaque pilastre étoit un vase, d’où sortoit un drapeau de taffetas bleu, fleurdelisé d’or (i).

Le roi par extraordinaire devait assister à cette fête. On avait fait choix pour le recevoir de la partie du Louvre où des provinciaux naïfs montrent encore à leurs enfants le fameux balcon du haut duquel Charles IX aurait tiré sur le peuple. Ce balcon, nul ne l’ignore maintenant, n’existait pas du temps de Charles IX, et sa décoration ne date que du dix-septième siècle. C’était là qu’était située la salle de bains d'Anne d’Autriche.

De cet endroit le roi pouvait embrasser tout ce qui se passait sur la Seine; il avait à sa gauche le feu d’artifice installé sur le terre-plein du pont Neuf, et en face de lui le salon transparent qui devait s’illuminer à la nuit. Afin que le monarque fût plus à l’aise, on construisit une plate-forme provisoire sur laquelle on disposa les deux trônes que le roi et la reine vinrent occuper à six heures du soir, accompagnés du Dauphin, de Mesdames et des grands officiers qui se placèrent derrière leurs fauteuils.

On commença d’abord par le concert que donnèrent les musiciens placés dans le salon construit sur l’eau, puis eurent lieu ces joutes à la lance, et ces courses à l’oie, divertissements très-populaires alors, qui étaient, pour les mariniers des ports, une occasion ardemment recherchée de déployer leur adresse.

Dès que le jour tomba, une véritable flottille de bateaux illuminés s’élança sur la Seine. Ces bateaux ressemblaient beaucoup à ceux que nous avons vus, à la fête du 3o juin, tracer sur les lacs du bois de Boulogne leur sillage éblouissant.

« Il s'élevoit au milieu de chacun de ces bateaux un mât de treize pieds de haut, auquel étoient attachées, dans quelques uns, des vergues disposées d’une façon variée, et retenues par des haubans et des cordages; dans les autres, les mâts portoient des cercles qui formoient, avec les cordages, des pavillons. On en voyoit qui avoient la figure de batiments levantins, et d’autres de formes chinoises et bizarres. Ces bateaux peints étoient ornés de voiles pliées galamment, de banderoles et de flammes de différentes couleurs. Toute leur mâture, leurs cordages, ainsi que le bordage des bateaux, étoient profilés avec des lanternes de verre à quatre pans, qui renfermoient des lumières; et ces lanternes étoient tellement serrées l'une contre l’autre, qu’elles dessinoient avec exactitude les contours et les formes des différents bateaux. Plusieurs de ces lanternes réunies et disposées en grappes couronnoient les mâts, pendoient aux vergues, et s’élevoient sur la proue et sur la poupe des bateaux, ce qui formoit autant de lustres.

« Cette illumination flottante, et à l’abri du vent, tiroit un nouvel avantage de l’éclat du verre, qui en augmentoit le brillant, ainsi que du reflet de l’eau qui doubloit la quantité des lumières; elles montoient pour cette partie seule à plus de onze mille.

« Quand cette flotte lumineuse se fut promenée pendant quelque temps sur la rivière, elle se divisa, et se rangea le long des deux bords, dans les places qu’on avoit assignées à chaque bateau, et à distance égale les uns des autres (2) . »

La nuit était tout à fait venue , et les premières fusées du feu d’artifice s’élancèrent du pont Neuf au milieu des acclamations de ces milliers de spectateurs que vous voyez, dans cette estampe du temps, se presser les uns contre les autres, criant, battant des mains au bord du fleuve qui paraît enflammé, tant s’y reflètent brillantes les illuminations des quais et les clartés des bateaux couverts de verres de couleur.

(1) Description des fêtes données par la Ville de Paris à l’occasion du mariage de Mmo Louise-Élisabeth de France et de Dom Philippe, Infant et grand Amiral d’Espagne, les vingt-neuvième et trentième août mil sept cent trente-neuf.

(2) Relation de la Ville.

Lfs Fêles nationales,

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