FETES DU PREMIER MARIAGE DU DAUPHIN
2 3 et 26 Février irj45
sombre Camarde qui, dans les Danses Macabres, conduisait des sarabandes où figuraient tous les puissants de la terre. Éros dirige une ronde joyeuse et folle où, emportés par le même vertige, les ducs et pairs, les cordons bleus, les prélats, les parlementaires, les filles d’Opéra, les grandes dames, les petits abbés, les poètes de ruelle, se trémoussent et échangent au passage les sourires les plus provocants et les madrigaux les plus ambrés. Tout est d’accord : l’art, la poésie, la littérature, la mode, le salon, le bureau d’esprit et le cabaret
Rousseau n’a rien produit encore que son malheureux opéra des Muses galantes, le Peuple n’a point le soupçon même de ses droits, mais dans ces mœurs étranges, il a son rôle; il amuse et on l’amuse. On fait partie d’aller s’encanailler aux Porcherons, se bousculer à la foire Saint-Germain, échanger aux Halles des épithètes salées avec les poissardes. L’idéal social des meilleurs de ce temps serait non plus la Salente de Fénelon, mais une Cythère où chacun, riche ou pauvre, pourrait librement danser, souper, rimer des épîtres à Chloris et faire l’amour toute la journée.
Les Bals de bois sont une des manifestations de cette manière de comprendre la vie.
L’intention, bonne en elle-même, est analogue à celle qui a décidé nos fêtes de quartier. Au lieu d’entasser la foule dans un même lieu qui se trouve toujours trop étroit, pourquoi ne pas organiser des divertissements partiels et ouvrir partout des salles de danse? Ainsi pensèrent le Prévôt des marchands et les Échevins et ils firent construire six grands bâtiments destinés à recevoir les danseurs.
A la place Dauphine s’élevait le temple de l’Hymen avec quatorze larges portiques et cinq estrades pour les musiciens. Le bal de la place du Carrousel était consacré à l’Été et représentait une grange remplie des présents de Cérès. A la rue de Sèvres c’est l’Automne qui règne, et le temple de Vertumne, pour parler le langage du jour, avait la forme d’un verger. A la place Saint-Antoine (bal de l'Hiver), une grotte taillée dans un rocher figurait l’antre d’Éole, Dieu des vents. Enfin à l’Estrapade, les Jeux, les Grâces et les Ris embellissaient le bal de Momus. Nous reproduisons la vue intérieure et la vue extérieure du bal installé à la place Louis-le-Grand, le bal du Printemps.
Il semble qu’on ne se lasserait pas de regarder cette gravure, qui est un des chefs-d’œuvre de cet art gracieux du dix-huitième siècle. Sévère et grave sous Louis XIV, le burin, comme le pinceau, est devenu exclusivement spirituel et libertin; il excelle à rendre ces mines friponnes, ces visages chiffonnés, cet entrain de tous et de chacun. Comme tous ces danseurs vivent, comme ils ont de l’esprit, comme ils sont à l’aise dans ce décor d’Opéra Comique, comme ils gardent, même dans leurs allures les plus débraillées, ce je ne sais quoi qui est particulier à l’époque des élégantes orgies !