‹ Les fêtes nationales à ParisChapitre 39 sur 61 · FONTAINE DE LA RÉGÉNÉRATION · texte numérisé non relu

FONTAINE DE LA RÉGÉNÉRATION

La Patrie et la Loi peuvent seules nous armer, Mourons pour la défendre et vivons pour l’aimer

Consacrés au grand travail de la Constitution, Nous le terminerons.

Le roi d’un peuple libre est le seul roi puissant.

Au milieu du cirque artificiel, élevé par deux cent mille ouvriers volontaires, se dresse un autel circulaire. Le Roi, qui s’est rendu au Champ de Mars dans la voiture du Sacre, prend place au milieu de cet amphithéâtre. « C’est de là que ce bon prince, entouré de son épouse et de ses enfants, de tous les objets chers à son cœur, contemplait ce spectacle que les richesses ne donneront jamais à un monarque. »

Le Président de l’Assemblée s’asseoit à la droite du Roi.

La Reine, portant les couleurs de la Nation et vêtue d’un habit à la française, lilas et argent, couvert d’une broderie très-riche, est placée au-dessus de la tribune royale avec le Dauphin, les frères du Roi et la Cour.

Les troupes défilent successivement et se rangent sans désordre. Quelques députés de l’Auvergne et du Midi exécutent devant l’autel les danses de leur pays. L’évêque d’Autun, Talleyrand, entouré de deux cents prêtres avec des ceintures tricolores, monte les degrés et se prépare à offrir le Saint-Sacrifice. Quand la messe est dite, un coup de canon retentit, les bannières sont déployées.

Lafayette, toujours pressé de se mettre en évidence, s’est fait nommer délégué général des gardes nationales de France. Il est encore populaire ; on l’appelle Monsieur Mottier , par une familiarité qui n’est pas exempte de dédain, mais on n’a pas encore jeté au rancart, après s’en être servi, cette vaniteuse personnalité. Il s’avance vers l’autel : « Je jure, dit-il, d’être à jamais fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi; de maintenir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le Roi; de protéger, conformément aux lois, la sûreté des personnes et des propriétés, la libre circulation des grains et subsistances dans l’intérieur du royaume et la perception des contributions publiques, sous quelques formes qu’elles existent; de demeurer uni à tous les Français par tous les liens indissolubles de la Fraternité. »

Le Président de l’Assemblée paraît à son tour; «Je jure, d’être fidèle à la Nation, à la Loi, au Roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le Roi. »

Le Roi a levé les bras vers l’autel : « Moi, Roi des Français, s’écrie-t-il de cette voix forte qui essaiera plus tard de dominer le bruit des tambours de Santerre, je jure à la Nation d’employer tout le pouvoir qui m’est délégué par la loi constitutive de l’État à maintenir la Constitution et à faire exécuter les lois. »

Six cent mille hommes répètent alors: Je le jure!» Quarante pièces d’artillerie tonnent. Les citoyens s’embrassent. Le Roi, qui a été rejoindre la Reine, presse ses mains dans les siennes. Ceux qui sont restés dans Paris se tournent du côté du Champ de Mars et jurent également. On prend les petits doigts d’enfant au berceau et on les élève en l’air pour qu’ils jurent aussi...

Les gardes nationaux sont conviés a un immense banquet dans le parc de la Muette.

Une pluie battante tombe tout à coup au moment où la cérémonie finit. Trempées jusqu’aux os, crottées jusqu a l’échine, les Parisiennes perdent leurs légers souliers dans la boue et sont portées par leur cavaliers. Qu’importe ! on rit, on chante, on est ivre d’allégresse, on est sûr que la France sera désormais heureuse. Paris présente la physionomie d’une gigantesque famille. La fête se prolonge huit jours. Le lendemain, le bataillon de la section de Henri IV couvre de fleurs la Statue du roi; on lui passe une écharpe tricolore autour du corps, puis on élève à la hâte un autel place Dauphine et l’on célèbre une messe. On danse à la Halle au blé, sur les ruines de la Bastille, à tous les carrefours.

Le caractère distinctif de cette fête est une absolue sincérité. Ils étaient sincères ces députés venus souvent à pied, des points les plus éloignés du territoire, pour se fédérer dans Paris avec leurs frères des départements ; sincère, ce peuple de Paris, si prompt à s’enflammer’ et piochant la terre pour que tout soit prêt; sincères, cette assemblée qui jure fidélité au Roi, et ce Roi qui jure fidélité à la Constitution.

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