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L'ANNIVERSAIRE DE LA FÉDÉRATION

14 Juillet iyg2

célébration de l’anniversaire de la Fédération, le 14 juillet 1792, fut moins une fête qu’une halte entre le 20 Juin et le 10 Août, moins une halte qu’une revue où chacun compta ses forces pour la bataille suprême qui était annoncée de tous côtés. Le Roi, qui avait demandé lui-même à figurer dans cette cérémonie, y parut dans une attitude absolument humiliée. Au lieu de recevoir le serment, ce fut lui qui vint prêter le serment à la Nation sur un autel élevé au milieu du Champ de Mars. La Reine, assise au balcon de l’École Militaire, braquait anxieusement sa lorgnette sur le Roi qui, perçant à grand’peine une foule qui ne s’écartait plus pour lui faire place, s’efforcait d’arriver jusqu’à l’autel.

Le héros du jour était l’hypocrite et oblique Pétion, qui fut certainement, avec Égalité, le seul type vraiment bas d’une époque où les monstres eux-mêmes avaient je ne sais quelle terrible grandeur.

L’Administration du département de Paris avait été forcée de reconnaître , devant l’évidence , que Pétion et Manuel avaient manqué à leur devoir et elle les avait suspendus le 6 juillet. Le Roi avait approuvé la mesure. Le 13, l’Assemblée leva cette suspension.

Je vous laisse à penser si, à la fête du 14 juillet, les cris de Vive Pétion! retentirent, enthousiastes et nombreux, aux oreilles du Roi.

Vers la Seine était dressé un arbre féodal, couvert d’écussons, d’armoiries et aux branches duquel étaient attachées des couronnes de comtes, de barons, des cordons bleus, des chaînes d’or, des manteaux d'hermine, des titres en parchemin, en un mot, tous les hochets de la noblesse. A la cime du peuplier on avait placé les armes de Lafayette, et ce ne fut pas, disent les Tableaux de la Révolution, une des moindres preuves des progrès de l’esprit public que d’avoir mis à ce carcan un général naguère adoré dans Paris, et qui, dit-on, assistait invisiblement à la fête. Ce monument de la sottise et de la vanité avait pour base un bûcher auquel on mit le feu pendant la cérémonie. Le président de l’Assemblée nationale et le Roi devaient l'allumer; mais on voulut sans doute épargner cette douloureuse cérémonie à Louis Capet, et l’on feignit de ne pouvoir pénétrer jusqu’au pied de cet arbre, qui, au reste, amusa beaucoup le peuple, et dont l’incendie l’occupa toute la soirée.

Entre l’autel et l’École militaire s’élevait une pyramide funéraire en l’honneur des citoyens morts pour la patrie aux frontières. Sur l’une des faces on lisait : Tremble % tyrans, nous nous levons pour les venger! Le pourtour intérieur du champ de la Fédération était garni de quatre-vingt-trois arbres portant les noms des départements et élevés devant un pareil nombre de tentes.

Ces tentes devaient être occupées par les Fédérés, mais la Cour, paraît-il, toujours mal inspirée, préféra mêler ceux-ci aux bataillons de la Garde nationale. Contrairement aux prévisions du gouvernement, la province contribua à enflammer Paris, et Paris communiqua à la province les passions qui l’animaient. Les Vainqueurs de la Bastille traversèrent Paris d’un bout à l’autre en se tenant sous les bras et en chantant des hymnes à la Liberté, à leur Patrie, a à leurs représentants fidèles, à leurs magistrats intègres ». Ils portaient avec eux une presse d’imprimerie, et à chaque instant ils s’arrêtaient pour distribuer à tous des appels aux armes.

Quelques cris de Vive le Roi! étodffés par les protestations à bas le Veto! retentirent cependant autour de la famille royale et ces pauvres gens si peu gâtés en conçurent de la joie, et rentrèrent presque rassurés aux Tuileries qu’ils ne devaient plus quitter que pour l’Assemblée et le Temple.

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