LA FÊTE DES VICTOIRES
29 Mai 1795
a première fête des Victoires fut célébrée le 3o vendémiaire an III. Les fêtes révolutionnaires entrent cette fois dans une nouvelle période. David est en prison, Robespierre a été exécuté. Une réaction se produit contre tout ce qui porte trace de leur esprit. C’est Marie-Joseph Chénier qui se charge d’indiquer la différence qui doit exister entre le nouveau- comité de l’instruction publique et le comité que présidait David. Il ne se gêne point pour qualifier d’étalage « d’oripeaux et de prétentieuses guenilles » la mise en scène des cérémonies organisées par Varbiter elegantianim de la Montagne et auxquelles Chénier lui-même avait collaboré en écrivant l’hymne à l’Être suprême.
«Une commission, dit-il, sage, éclairée, laborieuse, amie de la philosophie et, par conséquent, des hommes, puisque la philosophie les rend meilleurs, a remplacé cette commission imbécile et conspiratrice qui, sous le joug sanglant de Robespierre, organisait avec tant de soin l’ignorance et la barbarie. Il faudra bien encore épurer la commission temporaire des arts et y porter comme en triomphe ces artistes célèbres et opprimés qui n’avaient commis d’autre délit que d’avoir offensé par des succès mérités l’orgueil d’un rival bassement jaloux; il faudra écarter cette foule de petits intrigants sans moyens qui cultivaient les arts pour les avilir, qui luttaient contre le talent avec la calomnie, qui sous le règne des triumvirs obstruaient les avenues du comité de salut public, obtenaient sans peine des réquisitions qu’on refusait au vrai mérite, sollicitaient, mettaient en mouvement toutes les autorités constituées pour faire imprimer leurs brochures , pour faire graver leurs dessins ou leur musique, pour faire chanter leurs vaudevilles , pour faire représenter leurs pièces de théâtre, et qui, vrais dilapidateurs de la fortune du peuple, ne rougissaient pas d’élever, aux frais de la République étonnée, des monuments d’ignominie pour la littérature et les arts de la République.
a Tandis que le comité d'instruction, marchant avec vous et fort de votre volonté, rappelle autour de la représentation nationale tous les arts, toutes les sciences, toutes les facultés intellectuelles; tandis qu’il s’occupe sans relâche de donner aux hommes et aux institutions leur proportion naturelle et la liberté qui leur manque, déjà les fêtes publiques, plus sagement dirigées, moins chargées d’oripeaux civiques et de guenilles à prétentions, échappant au despotisme des imaginations bizarrement stériles et du caprice en délire , commencent à porter, je ne crains pas de le dire, un caractère conforme au génie du peuple, un caractère à la fois simple et grand (1). »
Il était nécessaire, en effet, de maintenir les fêtes nationales. Le peuple s’était accoutumé à cette vie du Forum. Tout ce personnel de vieillards habitués à ceindre des couronnes de chêne, de femmes portant des urnes, d’enfants tenant des guirlandes, regrettait au fond Robespierre. La Convention, qui voulait à tout prix faire autrement que lui, en arrivait à des imaginations peut-être plus fausses encore et qui se rapprochaient encore davantage des parades du Cirque olympique. Il faut se reporter à cet égard au projet proposé par
(1) Rapport sur la fête des Victoires qui doit être célébrée le décadi 3o vendémiaire, fait à la Convention nationale, au nom du comité de l’instruction publique, par Joseph Chénier, député du département de Seine-ct-Oisc.
Opoix. Le côté théâtral de sa Révolution] y apparaît avec une sorte d’ingénuité. — C’est un véritable scénario que cet] incroyable programme divisé par actes et par scènes. Nous croyons utile de faire de larges emprunts à ce canevas dramatique et politique à la fois, proposé par Opoix.
Le lieu 'de la scèpe est le Champ de Mars, le Champ de la Réunion (i).
La Convention entoure la statue de la Liberté.
Les citoyens arrivent de toutes les sections sur' douze colonnes et par douze entrées; ils portent leurs offrandes à la Liberté, les prémices des récoltes, des fruits, des guirlandes de fleurs, des gerbes; ils remplissent les amphithéâtres qui entourent le Champ de la Réunion; on entend plusieurs coups de canon, puis un profond silence ; les. douze orchestres disposés portent, avec les voix du peuple, les paroles au centre.
ACTH PREMIER.