Scène IV
Douze chars ombragés de feuillage, couverts de fruits, de gerbes, de pampres et de flammes nationales, traînés par des taureaux (dont les cornes ne sont pas dorées), entrent tous à la fois; ils marchent vers le centre; ils sont conduits par des citoyens en habits villageois.
La fête du io prairial an IV (3o mai 1795), dont notre gravure donne une idée exacte à nos lecteurs, eut un caractère plus simple.
Au centre du Champ de Mars était dressée une plate-forme de 12 pieds de haut, à laquelle on accédait par quatre rampes de 60 pieds de large. Des lions, symbole de la force, gardaient l’entrée; quatorze arbres, auxquels pendaient des trophées, décoraient cette plate-forme et représentaient les quatorze armées que la République, en frappant du pied, avait fait sortir du sol envahi.
Sur un piédestal élevé au centre du tertre était placée la statue de la Liberté, assise sur des trophées d’armes. D’.une main elle s’appuyait sur la Charte constitutionnelle, de l’autre elle tenait une baguette surmontée du bonnet de Guillaume Tell. Le piédestal était orné de guirlandes et de festons. Des parfums brûlaient dans les quatre trépieds antiques placés aux angles de la statue.
Un arbre gigantesque, auquel étaient suspendus les drapeaux pris à l’ennemi, semblait protéger de ses rameaux épais cette Liberté victorieuse.
De distance en distance on apercevait des Victoires et des Renommées embouchant des trompettes pour célébrer les exploits des guerriers de la République.
Le Directoire, les ministres, le corps diplomatique, les autorités constituées, occupèrent les places disposées sur la plate-forme. L’armée de l’intérieur et la garde nationale, divisées en quatorze corps, pour figurer les quatorze armées de la République, défilèrent successivement; puis les soldats blessés et les vétérans montèrent vers le Directoire, qui couronna les drapeaux.