LES FÊTES DE LA MONARCHIE DE JUILLET
ournons encore un feuillet de l’histoire contemporaine. Nous entrons dans la monarchie de juillet, et les fêtes nous aident à en suivre toutes les phases.
Tout d’abord, c’est le duc d’Orléans qui, passant sur des barricades , vient se faire nommer lieutenant général à l’Hôtel de Ville, occupé par l’insurrection. Omnia serviliter pro dôminatione . C’est à Louis-Philippe, à coup sûr, que peut s appliquer la fameuse maxime : courtisan de l’émeute, il lui faut subir tous ses caprices, obéir à toutes ses fantaisies, flatter tous ses instincts. Le roi de demain appartient à ceux dont il veut être le maître, et la plèbe ne se fait par faute de tirer les fils de son pantin. Quand Ourliac a dîné, il réunit quelques camarades, se place sous le balcon du Palais-Royal et crie : « La Marseillaise! » Louis-Philippe accourt, salue et chante la Marseillaise...
Pour quelques jours la foule a deux jouets : Louis-Philippe et Lafayette. Lorsqu’elle, est lasse de l’un, elle prend l’autre; parfois, elle les associe et leur dit de s'embrasser. Quand Louis-Philippe a entonné la Marseillaise à satiété, on installe Lafayette dans une voiture et on le promène sur les boulevards. Vive Lafayette en cheveux blancs ! hurle le gamin légendaire, devant le marquis qui portait une perruque blonde ; puis, passant sa tête à travers la portière, il lui murmure à l’oreille : « Salue donc, vieille bête! » Quel metier que de rechercher la popularité ! Que de fois ce prétendant à la poursuite d’un trône a dû envier le sort de l’ouvrier en blouse qui s’amusait de lui! Que de fois Lafayette, l’incorrigible et néfaste personnage qui avait recommencé, vieillard, les intrigues de sa jeuneese, a dû rêver, au milieu de certaines ovations humiliantes, au trépas des vrais gentilshommes qui étaient tombés pour leur foi, ou des vrais républicains qui étaient morts pour leur cause!
Plus tard, quand tout paraît assis et que les habiles, parmi les vainqueurs, se sont distribué les places, la cérémonie qui a lieu chaque année pour les victimes de juillet ravive les inquiétudes du souverain qui a ramassé sa couronne sur le pavé sanglant. Honorer ces morts , n’est-ce donc point justifier les insurgés vivants et déclarer que l’insurrection est sainte? Qui dira pourquoi cette barricade est glorieuse et pourquoi cette autre est séditieuse? Nul n’en sait rien. Des magistrats qui portent la croix de juillet requièrent contre les insurgés de 1839; les soldats qu’on a félicités, après i83o, de ne pas avoir tire sur leurs frères, sont invités, rue Transnonain, à ne pas prendre ces félicitations au sérieux. La conscience publique se trouble et hésite. Enfin, de coups de fusil en coups de fusil, on arrive aux journées de février. C’est en vain qu’à la dernière Saint-Philippe le roi a déclaré aux grands corps de l’État qu’après avoir établi en France l’ordre et la prospérité, il dirait à Dieu, comme Siméon : Nunc dimittis. Pour démettre celui qui ne fut pas son serviteur, Dieu n’attend pas que le roi lui dise : « Quand il vous plaira. >. Cette royauté s’effondre comme elle a surgi, au bruit de la bataille des rues. Louis-Philippe monte en fiacre et va rejoindre dans l’exil cette famille à laquelle il a enlevé le trône, en échange du généreux pardon accordé par les Bourbons au fils d’Égalité....
Les Fêles nMioiialcs.
LOUIS -PHILIPPE D’CRLÉANS, PROCLAMÉ i Est reçu à /Hôtel-de-Ville de Taris par le général La Fayette et