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LE RETOUR DES CENDRES DE NAPOLÉON I

ous le règne de Louis-Philippe, la rentrée des Cendres de Napoléon Ier fut une des rares fêtes qui eurent le caractère de solennités nationales.

Nous ayons laissé le tout-puissant Empereur présentant Marie-Louise à la Garde, qui défile devant le balcon des Tuileries, c’est-à-dire en pleine apothéose, à l’heure qu’a célébrée le poëte, où l’homme du Destin franchissait les premiers échelons des deux.

Il n’était presque plus un homme.

Il disait, grave et rayonnant,

En regardant fixement Rome :

« C’est moi qui règne maintenant. »

Il voulait, héros et symbole,

Pontife et roi, phare et volcan,

Faire du Louvre un Capitole,

Et de Saint-Cloud un Vatican.

Notre volume a quelques pages de plus, le siècle est plus âgé de quelques années, et voici que celui qui a commandé à des millions de sujets s’en va, escorté de quelques grenadiers anglais, dormir sous un saule, près de cette fontaine qui a procuré un dernier plaisir à ce captif qui avait possédé le monde, et auquel on refusait même de l’eau qui ne fût point malsaine.

En tête du cortège marchaient Napoléon Bertrand, filleul de l’empereur, le chapelain Vignali, les docteurs Antomarchi et Arnold, puis vingt-quatre soldats anglais, destinés à descendre le corps au bas de la colline. Le char funèbre venait ensuite, suivi par le cheval dont Hudson Lowe avait défendu l’usage à cet homme habitué à une incessante activité. Les exécuteurs testamentaires, le comte Bertrand, Montholon et Marchand, cheminaient immédiatement après; derrière eux on apercevait quelques officiers anglais, les membres du conseil de l’île, le général Coffin et le marquis de Montchenu, commissaires pour la France et l’Autriche, et enfin Hudson Lowe, qui n’avait pas eu la pudeur de s’abstenir de paraître à l’enterrement de celui sur lequel il avait assouvi toutes les haines dont une telle âme était capable.

Douze salves d’artillerie retentirent quand le cercueil descendit dans la terre, et ce fut tout...

Le 12 mai 1840, le ministre de l’intérieur demanda un crédit aux Chambres pour la translation en France des restes de Napoléon. Le 7 juillet, la frégate la Belle-Poule appareilla à Toulon et, accompagnée de la corvette la Favorite , se dirigea vers Sainte-Hélène, où elle toucha le 14 octobre. Le lendemain on procéda à l’exhumation, et l’on retrouva Napoléon tel qu'il s’était endormi le 5 mai, après avoir, dans son suprême délire, prononcé le nom de France et le mot Armée. Il portait l’uniforme des chasseurs à cheval de la vieille garde, vert foncé, avec parements rouges, avec le grand cordon de la Légion d’honneur sur la poitrine. Les épaulettes seules étaient un peu ternies.

A trois heures et demie, le major général Middleton remettait solennellement au prince de Joinville, au bruit

de salves d’artillerie, le corps du grand vaincu de l’Angleterre. Vingt-cinq années juste s’étaient écoulées depuis l’entrée de Napoléon à Sainte-Hélène.

Nul n’ignore l’incident qui marqua la traversée. Un navire, rencontré en route, annonce que les hostilités étaient près de commencer entre la France et l’Angleterre. Le prince de Joinville réunit ses officiers et les anime de son ardeur. Tous se rallient à son avis et déclarent qu’il faut défendre à outrance le précieux dépôt qui leur est confié. On jette par-dessus bord les meubles qui encombraient ce bâtiment, peu préparé à une expédition guerrière, et, à la hâte, on place des canons dans les cabines élégantes transformées en batteries. Songez quel épilogue à cette épopée : le cercueil de Napoléon s’abîmant dans les flots au bruit du canon, après quelque lutte terrible avec ses constants ennemis !

Le voyage cependant s’effectua tranquillement. Arrivé le 8 décembre à Cherbourg, et le 9 au Havre, le corps était reçu à Courbevoie le 14 et déposé dans un temple funéraire.

Le 1 5, le cortège se mettait en marche.

Sur le char funèbre, couvert du manteau semé d’abeilles, des Victoires soutenaient le corps de l’Empereur, porté sur un bouclier. Les douze chevaux qui conduisaient ce char étaient divisés en quatre quadriges guidés par des piqueurs à la livrée impériale.

Deux maréchaux, un amiral et le lieutenant général Bertrand, à cheval, tenaient chacun un cordon du poêle. Le cheval de bataille qui suivait le char mortuaire avait la selle de velours amarante, brodée d’or, qui servait au cheval du Premier Consul à Marengo. Toute la France escortait le cercueil de ce glorieux revenant qui reprenait possession de sa capitale. Un froid intense faisait songer à cette Russie dont le climat avait eu raison de ce génie surhumain que les éléments seuls avaient pu vaincre, et cette terre glacée, ce ciel d’où la neige semblait prête à tomber, ajoutaient à cette rentrée triomphale une mystérieuse grandeur de plus.

Après avoir passé sous l’Arc de triomphe, le cortège suivit les Champs-Élysées, la place de la Concorde, et entra aux Invalides au milieu d’une haie de statues qui représentaient tous les grands hommes qui ont illustré la Patrie.

C’est là qu’il dort de l’éternel sommeil dans son Panthéon bleu,

Lui, l’homme qui trouvait la terre trop étroite,

Le sceptre en sa main gauche et l’épée en sa droite,

A ses pieds son grand aigle ouvrant l’œil à demi.

Imp. Berna

t, Éditeur. lmp. Bernard jeune.

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