LA FÊTE DE LA CONCORDE
21 Mai 1848
'oncle est revenu, le neveu va bientôt paraître; mais, avant d’arriver au second Empire, il nous faut traverser la République de 1848, qui, il est vrai, compte plus démeutes que de fêtes. La fête de la Concorde, qui devait être célébrée le 14 mai, mais que l’affaire du i5 mai, inoubliable grâce à son pompier légendaire, fit remettre au 21, fut cependant touchante en bien des points. En dépit de railleries innombrables, elle affirma, par l’empressement que les ouvriers montrèrent à glorifier le travail, les belles qualités d’abnégation et de bonne volonté qu’on retrouve toujours dans la population parisienne.
On avait dressé à l’entrée du pont d’Iéna deux pyramides énormes sur lesquelles flottaient des oriflammes avec les dates du 24 et du 25 février. Au centre du Champ de Mars s’élevaient quatre statues colossales : la République, la Liberté, la Marine et le Commerce.
Trois cent mille personnes défilèrent devant l'Assemblée, qui s’était rendue au Champ de Mars. Après les légions de la garde nationale et les délégations des départements venaient les corporations ouvrières, portant les chefs-d’œuvre de chaque métier. Parmi eux, on remarqua particulièrement le chef-d’œuvre des tapissiers et celui des fleuristes. Le char de l’Agriculture, orné de drapeaux, d’instruments rustiques et d’épis, était suivi par cinq cents jeunes filles couronnées de chêne et vêtues de blanc avec écharpe bleue. Cette réminiscence des fêtes de la première Révolution prêta à rire, et les journaux du temps s’égayèrent longtemps à ce sujet.
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