LAISSEZ. TOUS CES ENFANTS SONT BIEN LA
La ballade est plus fraîche, et dans le ciel grondant L'ode ne pousse pas d'un souffle moins ardent Le groupe des strophes ailées.
Je les vois reverdir dans leurs jeux éclatants,
Mes hymnes, parfumés comme un champ de printemps,
0 vous, dont l'âme est épuisée, 0 mes amis ! l'enfance aux riantes couleurs Donne la poésie à nos vers, comme aux fleurs
L'aurore donne la rosée.
Venez, enfants I — A vous jardins, cours, escaliers I Ébranlez et planchers, et plafonds, et piliers !
Que le jour s'achève ou renaisse.
Courez et bourdonnez comme l'abeille aux champs 1 Ma joie et mon bonheur et mon âme et mes chants
Iront où vous irez, jeunesse!
Il est pour les cœurs sourds aux vulgaires clameurs D'harmonieuses voix, des accords, des rumeurs.
Qu'on n'entend que dans les retraites.
Notes d'un grand concert interrompu souvent. Vents, flots, feuilles des bois, bruits dont l'âme en rêvant
Se fait des musiques secrètes.
Moi, quel que soit le monde, et l'homme, et l'avenir, Soit qu'il faille oublier ou se ressouvenir.
Que Dieu m'afflige ou me console, Je ne veux habiter la cité des vivants Que dans une maison qu'une rumeur d'enfants
Fasse toujours vivante et folle.
De même, si jamais enfin je vous revois. Beau pays dont la langue est faite pour ma voix, Dont mes yeux aimaient les campagnes,
Bords OÙ mes pas enfants suivaient Napoléon, Fortes villes du Cid 1 ô Valence, ô Léon, Castille, Aragon, mes Espagnesl
Je ne veux traverser vos plaiaes, vos cités,
Franchir vos ponts d'une arche entre deux monts jetés,
Voir vos palais romains ou maures.
Votre Guadalquivir qui serpente et s'enfuit. Que dans ces chars dorés qu'emplissent de leur bruit
Les grelots des mules sonores.
1 1 mai 1830.
Where shoold I steert Btbok.
Quand le livre où s'endort chaque soir ma pensée, Quand l'air de la maison, les soucis du foyer, Quand le bourdonnement de la ville insensée Où toujours on entend quelque chose crier,
Quand tous ces mille soins de misère ou de fête Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné. Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête, Le regard de mon âme à la terre tourné ;
Elle s'échappe enfin, va, marche, et dans la plaine Prend le même sentier qu'elle prendra demain, Qui l'égaré au hasard et toujours la ramène, Gomme un coursier prudent qui connaît le chemin.
Elle court aux forêts, où dans l'ombre indécise Flottent tant de rayons, de murmures, de voix. Trouve la rêverie au premier arbre assise, Et toutes deux s'en vont ensemble dans les bois.
27 juin 1830.
XYII
Flebile nescio ouid.
OVIDS.
Oh ! pourquoi te cacher? Tu pleurais seule ici. Devant tes yeux rêveurs qui donc passait ainsi?
Quelle ombre flottait dans ton âme?
Était-ce long regret ou noir pressentiment, Ou jeunes souvenirs dans le passé dormant,
Ou vague faiblesse de femme ?
Voyais-tu fuir déjà l'amour et ses douceurs, Ou les illusions, toutes ces jeunes sœurs
Qui le matin, devant nos portes.
Dans l'avenir sans borne ouvrant mille chemins, Dansent, des fleurs au front et les mains dans les mains,
Et bien avant le soir sont mortes ?
Ou bien te venait-il des tombeaux endormis Quelque ombre douloureuse avec des traits amis, Te rappelant le peu d'années,
Et demandant tout bas quand tu viendrais le soir Prier devant ces croix de pierre ou de bois noir Où pendent tant de fleurs fanées?
Mais non, ces visions ne te poursuivaient pas. 11 suffit pour pleurer de songer qu'ici-bas
Tout miel est amer, tout ciel sombre.
Que toute ambition trompe l'efTort humain, Que l'espoir est un leurre, et qu'il n'est pas de main
Qui garde l'onde ou prenne l'ombre.
Toujours ce qui là-bas vole au gré du zéphyr Avec des ailes d'or, de pourpre et de saphir
Nous fait courir et nous devance; Mais adieu l'aile d'or, pourpre, émail, vermillon, Quand l'enfant a saisi le frêle papillon.
Quand l'homme a pris son espérance !
Pleure. Les pleurs vont bien, même au bonheur; tes chants Sont plus doux dans les pleurs, tes yeux purs et touchants
Sont plus beaux quand tu les essuies.
L'été, quand il a plu, le chant est plus vermeil. Et le ciel fait briller plus frais au beau soleil
Son azur lavé par les pluies.
Pleure comme Rachel, pleure comme Sara.
On a toujours souSert ou bien on souffrira.
Malheur aux insensés qui rient!
Le Seigneur nous relève alors que nous tombons; Car il préfère encor les malheureux aux bons,
Ceux qui pleurent à ceux qui prient.
Pleure afin de savoir! Les larmes sont un don.
Souvent les pleurs, après l'erreur et l'abandon,
Raniment nos forces brisées.