A MADAME
Ce livre errant qui va l'ailo brisée, Et que le vent jette à votre croisée Comme un grêlon à tous les murs cogné,
Ilélas ! il sort des tempêtes publiques.
Le froid, la pluie, et mille éclairs obliques
L'ont assailli, le pauvre nouveau-né.
Il est puni d'avoir fui ma demeure.
Après avoir chanté, voici qu'il pleuro; Voici qu'il boite après avoir plané I
En attendant que le vent le remporte, Ouvrez, Marie, ouvrez-lui votre porte Raccommodez ses vers estropiés !
Dans votre alcôve à tous les vents bien close, Pour un instant souffrez qu'il se repose, Qu'il se réchauffe au feu de vos trépieds.
Qu'à vos côtés, à votre ombre, il se couche, Oiseau plumé, qui, frileux et farouche, Tremble et palpite, abrité sous vos pieds!
IS janvier 1832.
Anacréon, poète aux ondes erotiques, Qui filtres du sommet des sagesses antiques, Et qu'on trouve à mi-côte alors qu'on y gravit, Clair, à l'ombre, épandu sur l'herbe qui revit, Tu me plais, doux poëte au flot calme et limpide! Quand le sentier qui monte aux cimes est rapide, Bien souvent, fatigués du soleil, nous aimons Boire au petit ruisseau tamisé par les monts.
22 août 1835.
L'aurore s*allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit; Paupières et roses S'ouvrent demi-closes; Du réveil des choses On entend le bruit.
Tout chante et murmure, Tout parle à la fois, Fumée et verdure, Les nids et les toits; Le vent parle aux chênes, L'eau parle aux fontaines;
Toutes les haleines Deviennent des voix.
Tout reprend son âme.
L'enfant son hochet, Le foyer sa flamme, Le luth son archet ; Folie ou démence, Dans le monde Immense, Chacun recommence Ce qu'il ébauchait.
Qu'on pense ou qu'on aime, Sans cesse agité, Vers un but suprême.
Tout vole emporté; L'es<iuif cherche un môle^ L'abeille un vieux saule, La boussole un pôle, Moi la vérité.
Vérité profonde!
Granit éprouvé Qu'au fond de toute onde Mon ancre a trouvé !
De ce monde sombre, Où passent dans l'ombre Des songes sans nombre.
Plafond et pavé !