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D Et nues OR Gros piquets, 0" 20 à 022 de circonférence, LAS ONE TR 0200822170 ee,
0290 à 0299, 2 mètres. .. .
francs le mille Cou HONG — Hood 8 ou9 — 6 Le jl Lee S es 9 ee LOUE 1Pou18 =
G'ouT.—
TOUS — S ZA 10 es 12 = 14 — 18 =
93 ODA Don Vo — 30 ou 31 —
Ce sont là les prix de la façon payés actuellement dans
toute la région du Limousin et du Périgord depuis 1901 ; il
y à bien quelques dérogations à ces prix, mais elles sont
alors le fait même de l'ouvrier, et nous pourrions citer tel feuillardier qui, en Corrèze, est payé à des prix différents :
ainsi, le feuillard de 8 pieds lui est payé 8 francs le mille au lieu de 10 francs; celui de 9 pieds 10 francs au lieu de 12 francs ; l’échalas rond, ou quartier de 6 pieds, 9 francs au lieu de 10 francs ; l'échalas triangulaire de 5 et 6 pieds, 8 et 10 francs et non 10 et 12 francs. Ces différences n'existent que pour les ouvriers non syndiqués, car un syndiqué n'accepterait jamais, comme nous le verrons plus loin, de travailler à des prix inférieurs au tarif syndical. Il existe deux tarifs syndicaux : l’un élaboré par le syndicat de Saint-Yrieix et appliqué depuis 1901, l'autre par le syndicat de Châlus et accepté par les patrons depuis 1906; leurs prix sont sensiblement les mêmes et il est facile d'en voir les différences au tableau précédent, en remarquant les marchandises où il y a deux prix indiqués sous la mème rubrique.
Le feuillardier ne fait donc pas exclusivement que du feuillard et de la dague, il fait aussi des échalas, de la carrassonne, des lattes, des lisses, des gros piquets de toutes dimensions, ces dernières marchandises se font surtout en Corrèze et en Dordogne. Le feuillardier s’occupe uniquement de la fente de la perche de châtaignier, l’abatage du bois, le liage des lattes, le transport, le cintrage du feuillard et les fagots sont faits par d’autres ouvriers spéciaux, dont nous parlerons plus loin. Quelquefois cependant certains feuillardiers s'occupent de la fente et du liage, mais c'est très rare.
La fente du bois demande une certaine habitude, surtout pour y procéder avec célérité; il faut savoir utiliser son
bois, se rendre compte du profit que l’on peut tirer d'une perche de châtaignier, étant données ses dimensions et sa qualité. Le métier du feuillardier nécessite donc un apprentissage, plus ou moins long suivant les aptitudes de l’apprenti. Celui-ci paye une certaine somme, très variable suivant les individus, par exemple 30 francs pour trois mois, bien souvent il ne donne rien, parce qu'’alors le métier lui est appris par un parent. Il y a intérêt pour la corporation à ne pas faire trop d’apprentis, afin d'éviter la concurrence, les syndicats de feuillardiers l'avaient bien compris, aussi ont-ils essayé de restreindre l'apprentissage, sans arriver d’ailleurs à un résultat. Le syndicat de Saint-Yrieix a décidé le 1er décembre 1902 que « tout ouvrier feuillardier syndiqué prenant un apprenti autre que son fils doit payer un droit d’entrée de 10 francs pour ledit apprenti au bénéfice du syndicat » ; dans une réunion ultérieure du 3 décembre 1905, l'assemblée reconnut que « l'intérêt de tous était de faire le moins d'apprentis possible », et renouvela le droit de 10 francs précédemment établi ; cependant, il fut admis un peu plus tard que les apprentis entre frères n’y seraient point soumis et bénéficieraient du droit d'entrée général de 4 franc. Au syndicat de Ghâlus on s’occupa de la même question et, le 8 janvier 1905, il y fut décidé que le patron et son apprenti verseraient chacun 50 francs au syndicat ; c'était un chiffre exagéré, aussi, peu de temps après, l’indemnité d'apprentissage fut réduite à 10 francs, versable par l'apprenti, mais ces dispositions ne reçurent aucune application. Le nombre des apprentis est d’ailleurs très restreint.
A8 PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE Il
Les outils dont se sert le feuillardier sont peu nombreux, ils sont peu coûteux et peuvent faire un usage assez long ; ils consistent en :
1° Une serpe dont la courbe est très prononcée ;
20 Une plane dont la lame est droite, large et épaisse ; elle peut avoir jusqu’à 0®50 de long et 0® 10 de large. En Limousin, on la connaît plutôt sous le nom de « couteau plat » ou « couteau ».
3° Un coutre : lame droite à deux biseaux, longue de Om 30 à 035 et large de 0®10, pourvue d'un manche assez long, formant équerre avec la lame ;
h° Une hache pour pointer les échalas et les piquets et une scie pour scier les perches suivant les différentes dimen- SIONS ;
50 Une mailloche pour frapper sur le coutre.
Le feuillardier se sert pour façonner d'établis très simples, qu’on appelle banc, ou chevalet, ou atelier, et d’une règle de mesurage. Le banc ou chevalet sert à fendre les perches de petit diamètre et à faire les dagues, feuillards et lattes, mème les échalas. Il consiste en un gros morceau de bois long d'environ trois mètres, dont l’une des extrémités est fixée au sol directement et l’autre repose sur un trépied, qui permet de lui donner une hauteur d'environ 0" 80 à 1 mètre au-dessus du sol. Sur cette partie la plus élevée du morceau de bois, et légèrement équarrie en avant, se trouve solidement fixé un crochet en bois la tête en dedans, puis, 0®35 ou 0/40 plus loin, une fourchette en bois à deux branches ; sur le côté droit du banc est enfoncé un
petit morceau de bois long de 015 environ et assez fort, dont un des côtés est légèrement taillé en biseau. C’est donc une table de travail fort simple que l’ouvrier construit sur place.
L'atelier qui sert à fendre les grosses perches, pour en faire des piquets ou des échalas, est aussi primitif : il consiste en deux pièces de bois longues de 1" 50 environ, de fort diamètre, disposées de façon à former une fourche, elles sont solidement fixées au sol par des piquets et l’une d'elles, celle qui est en avant, est légèrement plus élevée que l’autre.
La règle du feuillardier est simplement une pièce de bois longue de 3 mètres à 3° 50, dont l’une des extrémités repose à terre et l’autre sur un support formé par deux piquets entrecroisés. Gette pièce de bois est pourvue de plusieurs coches qui indiquent les diverses dimensions de marchandises à ouvrer, depuis 4 pieds jusqu'à 9 pieds, le feuillardier se sert du support pour placer la perche afin de la scier, après avoir pris au préalable la mesure nécessaire. Le sciage se fait pour les piquets, lattes et échalas, mais non pour les dagues et feuillards que l’on coupe avec la serpe.
Le chevalet du feuillardier est installé dans une cabane que celui-ci est obligé de construire pour ètre à l'abri du froid et de la pluie. Il établit celle-ci avec de fortes branches plantées en terre, au nombre de 4 ou 6, et soutenant à leurs extrémités des branches transversales, reliées les unes aux autres et formant entre elles un carré allongé, puis, avec d'autres branches, il dispose les chevrons de la
POL DE CORBIER 4
couverture, qui est faite au moyen des pelures et des copeaux. Quand la saison est bonne, c’est-à-dire au printemps, le feuillardier laisse les parois de sa cabane découvertes, mais, en hiver, tout est garni de copeaux, depuis le sol jusqu'au faite. Il laisse seulement une ouverture pour pénétrer, dont il change la place suivant la direction du vent. Dans un coin de la cabane, il allume du feu qu'il entretient toute la journée, il le met du côté opposé au vent, de manière à ne pas être incommodé par la fumée. Quand la nuit est arrivée, il suspend à une branche placée au travers de la cabane, à hauteur de la couverture et au-dessus du chevalet, une petite lampe à essence pour lui permettre de voir son travail. Lorsque, par les nuits d'hiver, on circule sur les routes de la région de Saint-Yrieix, on aperçoit de distance en distance les feux des feuillardiers, et l'aspect de ces lueurs rougeâtres, disséminées çà et là au milieu de l'obscurité, a quelque chose de féérique. Gertaines nuits, quand la lune est belle, le feuillardier sort de sa cabane et travaille dehors à la clarté de la lune ; quelquefois le feu se met aux cabanes, il est mème arrivé que des feuillardiers y couchant la nuit ont été horriblement brûlés par suite de ces incendies, mais ce sont là des faits excessivement rares et, avec un peu de prudence, ces dangers sont faciles à éviter. Le feuillardier travaille toujours seul dans sa cabane, mais en chantier la plupart du temps, car un même taillis est presque toujours occupé par plusieurs ouvriers, dont le nombre varie suivant l'importance de la coupe. Les rapports entre camarades de chantier sont généralement très
cordiaux et, à l'occasion, ils s’entr'aident volontiers ; quelquefois cependant, ils sont victimes de camarades indélicats, comme il y en a dans tous les corps de métier, qui font disparaître leurs outils ou leurs marchandises à leur profit, mais les exemples en sont bien rares.
L'ouvrier feuillardier est sous la surveillance directe soit d’un petit patron, dont nous parlerons plus loin, soit de marchands de bois ou de leurs commis. Aussi, il doit être considéré, non comme tâcheron ou entrepreneur, malgré son travail aux pièces, mais comme ouvrier, car tous ceux qui, payés à la journée ou à la tâche, sont subordonnés à un patron sous la surveillance et sous l'autorité duquel ils se trouvent placés, sont ouvriers.
Le feuillardier est vêtu comme tous les paysans limousins, il est obligé d’avoir sur lui un tablier, en cuir presque toujours, qui lui permette de se protéger, lui et ses habits, contre les coupures de la plane ou du couteau. Autrefois il se servait du garde-côté, qui est peu usité aujourd'hui. Ce garde-côté est une série de petites planchettes de bois léger rangées parallèlement et verticalement et reliées entre elles par trois ou quatre cordes. La corde de la partie supérieure est assez longue pour permettre à l'ouvrier de se l’attacher en bandoulière autour de la poitrine.
Dès que le bücheron a terminé sa coupe dans le taillis de châtaignier, l’ouvrier feuillardier s’y installe, il monte sa cabane et son chevalet, il examine ses perches, et d’après la commande qu'il a reçue du marchand de bois qui l’emploie, il voit tout de suite ce qu’il peut en faire : il lui faut pour
52 PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE Ii
cela une grande habitude pour ne pas perdre de temps, car il fait en général toutes sortes de marchandises, des feuillards, dagues, lattes, échalas, etc. S'il veut faire des échalas, des lattes ou des gros piquets, il prend une perche assez forte, la pose sur la règle, et la scie suivant les dimensions voulues indiquées par celle-ci ; si au contraire il veut faire du feuillard ou de la dague, il emploie des perches de petit diamètre ou les extrémités des fortes, et les coupe à la serpe.
Puis il enlève l'écorce du bois avec la serpe quand il fait de la latte ou de l'échalas. Autrefois il donnait souvent ce travail à des enfants de 13 ou 14 ans ; il y a encore dix ans, il trouvait assez facilement à se faire aider ainsi, soit pour écorcer le bois, soit pour le porter ou l’entasser, soit pour tenir le bois au moment de la fente, aujourd’hui c’est beaucoup plus difficile. C'était ouvrier qui payait l'enfant, celuici pouvait gagner Cinq à six sous par jour.
Pour procéder à la fente du bois, quand le feuillardier fait dela dague, ou du feuillard, ou la latte, il commence la fente avec la serpe placée à l'extrémité de la perche, qu'il frappe contre le chevalet ; une fois la fente ouverte, il l'introduit dans le morceau de bois qui se trouve sur le côté du chevalet et avec la main il la fait suivre jusqu'au bout. Celle-ci se fait d'ordinaire très facilement, elle devient moins aisée, quand le bois est de mauvaise qualité, mouillé ou gelé, l’ouvrier ne peut alors aller vite dans son travail, c’est pourquoi on le donne aux mauvais ouvriers, comme nous l'avons vu plus haut, Avec-une perche on fait deux ou
trois longueurs de feuillard, suivant sa hauteur, et suivant la marchandise nécessaire, et avec chaque longueur de perche on fabrique deux, trois, quatre, cinq et six feuillards, suivant la grosseur du bois, le plus souvent, c'est deux à quatre. Quand la perche a environ de 8 à 10 centimètres de circonférence, elle est fendue au milieu et donne deux feuillards; si elle est plus forte, on la fendra au tiers de sa grosseur, de la plus petite partie on aura un ou deux feuillards, et de la plus grosse deux ou trois, ce qui donnera trois ou cinq feuillards.
La fente étant ainsi faite, l'ouvrier plane le feuillard en enlevant avec le couteau les parties où le bois dépourvu d’écorce est trop épais ou inégal. Pour cela il place le feuillard sur le chevalet en le faisant passer entre les deux branches de la fourchette et sous le crochet de bois, de façon qu'il y en ait la moitié en dehors et en avant du chevalet, puis dans la partie extrême de celui-ci, près du crochet, il enfonce un coin entre le feuillard et le chevalet, et le feuillard est ainsi très solidement assujetti. L’ouvrier peut alors aisément planer la moitié du feuillard, et il procède de la même façon pour l’autre. Puis il le replace sur le chevalet afin de pouvoir faire | « onglet » du feuillard, en évidant ses extrémités sur une longueur variable, pour permettre l’ajustage du cercle. Le travail du feuillardier est ainsi terminé, il n’a plus qu’à entasser ses marchandises.
Quand il fend de grosses perches, il se sert de l’autre chevalet, dont nous avons vu la monture spéciale ; il place le morceau de bois à fendre, de façon à ce qu'il ait une posi-
tion inclinée et stable à la fois, son extrémité inférieure étant retenue par la pièce de bois postérieure du chevalet, et reposant sur celle fixée en avant et plus élevée que l’autre. Il prend ensuite le coutre, en met le tranchant dans la direction à donner à la fente, puis il frappe avec la mailloche sur le dos de ce coutre pour faire la première fente ; une fois celle-ci commencée, il la continue en poussant fortement sur le manche du coutre, qu’il élève ou qu'il abaisse, afin de bien le diriger, et prolonge la fente ainsi jusqu’au bout,
Le travail du feuillardier est donc simple et facile en luimême, la difficulté est d'acquérir la célérité nécessaire pour arriver à faire beaucoup de pièces dans une journée; ce n'est pas un métier dangereux comme celui du bücheron, et de fait les accidents sont très rares.
L'abatage du taillis n’est jamais donné au feuillardier, c'est un bûcheron spécial qui coupe les perches, il est payé à prix fait à l’hectare, prix extrêmement variable suivant les marchands de bois, les qualités et l'âge du bois. Pour un bon taillis de 8 à 10 ans ce sera 30 francs l’hectare. Le bücheron coupe les perches de moins de 0"05 de diamètre avec la serpe, les autres avec la hache, il doit les couper rez de terre et de façon à empècher l’eau de séjourner sur la souche.
D'autres ouvriers sont chargés de faire les fagots, ceux-ci ont une longueur de 1*25 environ, ils sont attachés avec un lien en bois ou en fil de fer, on emploie deux liens quand le fagot est plus long et fait avec du bois de chêne, on l'appelle alors « fagotte », mais on en fait très peu en Limou-
sin. Un hectare de bon taillis peut fournir 1,500 à 2,000 fagots. Le prix du cent est de 5 francs, la vente s’en fait principalement dans la région, dans certaines parties elle est très difficile, et on en expédie très peu au dehors. On les transporte par charrettes, le transporteur est payé au cent. L’ouvrier fagoteur est aussi payé au cent à raison de 1 fr. 75 pour les fagots, et 2 fr. 50 à 3 francs pour les fagottes, le bon ouvrier peut en faire environ 150 dans sa journée, il gagne donc de 2 fr. 50 à 3 francs.
Le liage des divers bois de fente est donné également à des ouvriers spéciaux, l'opération se fait sur une sorte de parquet, qui consiste simplement en quatre piquets fichés en terre aux distances voulues et qui servent à retenir les lattes à lier, l’ouvrier entoure le paquet de lattes d’une forte chaîne de fer, aux bouts de laquelle sont attachés deux piquets, qui lui permettent de serrer fortement le paquet, en portant leur extrémité inférieure sur le sol et en écartant le plus possible l’une de l’autre leur partie supérieure. Puis il attache le paquet avec un brin de fil de fer. Les lieurs sont payés au mille de paquets; voici quels sont leurs prix :
Datdaeuer 02. 0 fr. 65 le mille, par paquet de 120 Étendre rer fr: — — 50 Déonalio0 2 elrfr:25 — — 2) La carrassonne, ... . 2"7fr. — — 25 LAINE EE il Ate — — 50
Ils peuvent lier dans leur journée environ 4,000 lattes ou feuillards, 2,500 échalas, 2,000 carrassonnes, ils peuvent donc se faire des journées d'environ 3 fr. 50 à 4 francs, Les
lieurs comme les bücherons sont peu nombreux, et où il y a vingt feuillardiers il y a un bücheron et un lieur.
Le transport des diverses marchandises de la forèt chez le marchand de bois ou aux gares des chemins de fer se fait par charrettes à bæufs, que les paysans louent aux marchands de bois; les prix qu'on leur donne varient beaucoup suivant le trajet à faire, l’état des chemins, la catégorie des marchandises à transporter, le marchand de bois les paye à forfait, ou au poids, ou au paquet. Le transport par paquet est payé de O0 fr. 07 à 0 fr. 15, mais en moyenne c’est O fr. 10.
Le cintrage du feuillard, c'est-à-dire sa mise en rouleau, en couronne, ou en meule, expressions à peu près synonymes, se fait chez le marchand de bois dans des magasins spéciaux ; il occupe peu d'ouvriers relativement, il y en a 15 dans l'établissement le plus important de la Haute- Vienne, et dans celui de la Dordogne une vingtaine. On se sert pour cintrer les feuillards de machines spéciales, appelées machines à plier ; une fois le feuillard passé dans ces machines, on le place dans des espèces de moules ou parquets, disposés en circonférence, généralement de 2 mètres de tour environ, on fait une première rangée de 6 cercles superposés, puis 4 autres sont placées à l’intérieur des précédentes, on à ainsi 24 cercles, qui sont attachés avec un fil de fer et forment la meule ou couronne. Celle-ci est composée de 24 cercles, quand ce sont des cercles de 7, 8 et 9 pieds, mais pour les autres dimensions on forme des meules de 12 ou 48 cercles, on en fait très peu. Pour que les cercles soient de bonne qualité et résis-
tants, il faut des feuillards dont le bois soit blanc et net, et l'écorce fortement adhérente ; comme il est impossible de travailler toujours sur du bois vert, et par conséquent très flexible, on remédie à cet inconvénient en trempant les feuillards dans l'eau, où on les laisse un temps plus ou moins long, mais on obtient alors des cercles beaucoup moins durables que les premiers, ils sont gris et ont même quelquefois des taches noires, le bois est souvent piqué, l'écorce est ridée et se détache facilement, des ruptures se produisent. Une fois la meule faite, on la place dans des hangars, afin qu'elle puisse sécher, le poids de la meule diminue beaucoup, ainsi une meule de 24 cercles de 8 pieds pèse 11 à 12 kilogrammes quand elle est humide, et 8 à 10 à l'état sec. Les ouvriers cercliers travaillent 10 à 12 heures par jour et sont payés aux pièces, c'est-à-dire par meules; voici
leurs prix :
MenlésderG bleds sr runs 0 fr. 06 HR Er ne 0 fr. 08 — RP CRIE ONfr 09 — Re ee Dafr 10 —- DRE TN PRE O2Tr 15
Ils se font un salaire journalier qui varie de 2 fr. 75 à 3 fr. 90.
Autrefois, le cercle ne se faisait pas ainsi, car le cerclier faisait à la fois la fente du bois et le cintrage des lattes. On ne connaissait d’ailleurs pas le nom de feuillardier. Si nous prenons l'ouvrage de Duhamel du Monceau, paru en 1764,
sur « l'exploitation des bois » (1), nous y voyons en détail la description du métier de cerclier : celui-ci travaillait en forêt, où il avait son chevalet, sa cabane et son parquet à cercles, il leur était interdit à cette époque, par les Ordonnances des eaux et forêts, de tenir des ateliers plus près des forêts que demi-lieue (2) ». L'opération de la fente se pratiquait de la même façon qu'aujourd'hui, mais le cintrage du feuillard était tout différent ; en effet, on n’employait pas de machines à plier comme maintenant et on n'avait pas des parquets à cercles tout prêts, puisque le travail se faisait en forêt. Le cerclier se servait, pour commencer à faire prendre la courbure au feuillard, d’un instrument en bois appelé billard : celui-ci consistait en une pièce de bois de 15 pouces de longueur à forme légèrement arrondie, dont une des extrémités pouvait être tenue en mains, à l'autre extrémité, plus large, se trouvait « une entaille formant une réunion de 6 pouces de longueur, large d'un pouce et profonde de deux ». Le cerclier engageait dans cette rainure la latte à plier, qu'il maintenait dans le bas avec son pied, il appuyait en même temps sur le manche du billard, forçant ainsi le cercle à se plier, et promenait le billard successivement dans toute la longueur du cercle, qu'il mettait enfin dans le parquet. Il établit celui-ci en posant à terre un cercle arrêté avec de l’osier à la grandeur voulue, autour duquel il enfonce en terre de forts piquets hauts de 8 à
(1) V. De l'exploitation des bois, par Duhamel du Monceau, 1764, p. 233 à 239.
(2) V. Dictionnaire du Commerce, 1760 ; v. au mot Cerclier.
10 pouces au-dessus du sol, et formant ainsi une enceinte, puis il enlève le cercle qui a servi de jauge, il met un cercle un peu plus grand en dehors et à la tête des piquets pour empècher ceux-ci de s’écarter les uns des autres. Le parquet ainsi préparé, il met quatre cercles l’un dans l’autre qui forment une rangée, et avec six rangées superposées il obtient la « rouelle », composée de vingt-quatre cercles, qu'il le enfin avec quatre hares.
Le prix donné au cerclier à cette époque était de trente sous au millier de cercles fendus; nous sommes loin des prix d'aujourd'hui, et cependant ceux-ci n’ont pas beaucoup varié depuis une centaine d'années : ainsi, voici quels ont été et quels sont les prix de la facon pour une meule de vingt-quatre cercles de 8 pieds à différentes époques des IRD SCIE NE
1808 1869 1900 1906 Abaase ne 0 fr. 07 0 fr. 02 0 fr. 02 Féntememn 4 | 0 920 D Gintrage,. VE (5 30 O0 0 15 Liage . | 0 O5 05
ms: 0 Transport. .. O0 45 (Dan 0 05 0 05 0 fr. 95 0 fr. 57 Ofr.42 0
Nous pouvons encore comparer quelques autres prix de la façon des bois de fente en 1869, 1878, 1900 et 1906 (1) :
(4) Les prix indiqués pour les années 1808, 1869 et 1878 se trouvent dans la statistique de la France de 1808, pour le département de la Haute- Vienne, dans le tome IV de la Maison rustique, p. 112 à 119 et dans une Notice sur le débit du châtaignier, par M. Bruand.
Cercles de 9 pieds : En 1869, 14 fr. le mille ; en 1900, 15 fr. le mille ; en 14906, 17 fr. le mille.
Cercles de 7 pieds : En 1869, 10 fr. le mille ; en 1900, 9 fr. 80 le mille ; en 1906, 11 fr. 80 le mille.
Lattes de 1"35 : En 1869, 4 fr. 50 le mille ; en 1900, 7 fr. le mille ; en 1906, 8 fr. le mille.
Echalas de 4 pieds 1/2 : En 1869, 4 fr. le mille; en 1878, 5 fr. 50 le mille ; en 1900, 5 fr. le mille ; en 1906, 7 fr. le mille.
Après avoir légèrement diminué, la main-d'œuvre est devenue plus chère depuis 1900, et actuellement les prix sont sensiblement les mêmes que ceux qui ont existé dans le courant du xix° siècle; seuls, les prix de transport ont baissé d’une façon très appréciable,
CÉPMPDIER EAN
Les petits et les gros marchands de bois du Limousin. — Les exportateurs. — Les difficultés du commerce. — Le Syndicat des marchands de Bussière-Galant de 1904. — Le Syndicat des marchands de Saint-Yrieix de 1906. — Le prix des feuillards et dagues. — Les profits des marchands de bois.
Les ouvriers feuillardiers ne sont pas employés par les propriétaires de taillis de châtaignier, sauf de rares exceptions, mais par les marchands de bois; ceux-ci achètent une coupe, et l’exploitent, ils embauchent les ouvriers, qui viennent généralement leur offrir leurs services, et leur désignent les chantiers à occuper. Ces marchands de bois sont très nombreux dans toute la région limousine, où se fait l'exploitation en feuillards et échalas, il y en a qui occupent deux ou trois ouvriers, et d’autres jusqu'à trois cents, en passant par toutes sortes de degrés intermédiaires. D'abord en Limousin et Périgord, car il y en a aussi dans d’autres régions ou localités, comme nous le verrons plus loin, il y a le gros marchand de bois, ct le petit marchand : le premier a des capitaux assez importants, qui lui permettent d'acheter des coupes de grande étendue, il paye toujours le propriétaire au comptant, à ses risques et périls, si lexploitation ne réussit pas ; ils sont peu nombreux dans l'arrondis-
sement de Saint-Yrieix, il n’y en a guère qu'une vingtaine
au plus. Par contre, les petits marchands de bois, connus dans le pays sous le nom de « bracous » sont fort nombreux : ce sont des tâcherons qui achètent une petite coupe de taillis, qu'ils exploitent en travaillant eux-mêmes, et en se faisant aider par quelques ouvriers. Tous ne se procurent pas les fonds de la même façon, les uns sont commandités par le gros marchand qui leur fait les avances nécessaires, ils exploitent ensuite comme bon leur semble à charge seulement de revendre à leur commanditaire les marchandises fabriquées, dont le prix remboursera ce dernier, et en même temps laissera un profit au « bracou », si la vente a été bonne. Si celle-ci est mauvaise, il sera en perte et en subira les conséquences, il est entrepreneur vis-à-vis du gros marchand, donc responsable des capitaux comme des ouvriers employés. Les autres disposent de petits capitaux personnels; d’autres encore s'entendent, des membres d’une mème famille par exemple, pour réunir une certaine somme, qui leur permette d'acheter et d’exploiter eux-mêmes une coupe. Le nombre de ces petits marchands à augmenté d'une facon considérable depuis une trentaine d'années, en même temps, d'ailleurs, que les gros marchands. Cette pléthore de marchands a fait un tort énorme au commerce du bois, par suite de la concurrence exagérée qui a fait beaucoup baisser le prix des marchandises ; les propriétaires fonciers et les ouvriers en ont aussi subi les fâcheuses conséquences. Ainsi, avant 1900, alors que le syndicat ouvrier n'existait pas, et que la marchandise se vendait bien, la concurrence n'étant pas arrivée à son maximum, comme
depuis quatre ou cinq ans, sur 1 fr. 75 ou 2fr., prix de vente dans le commerce de détail de la meule de cercles de 8 pieds, la part de l'ouvrier était de 0 fr. 40, et celle du propriétaire 0 fr. 20, le reste allait aux différents intermédiaires. L'ouvrier, particulièrement, a eu beaucoup à se plaindre, et encore aujourd'hui, mais moins qu'auparavant, du « sweating system », auquel le soumettaient les petits patrons, par suite de l'insuffisance de leur profit.
Ces petits marchands n'ont pas beaucoup gagné en général, et depuis trois ou quatre ans, leur nombre commence à diminuer un peu : en effet, ils sont obligés de vendre leurs marchandises aux gros marchands de bois, si ceux-ci les ont commandités, ils les feront passer par toutes leurs exigences, et le bénéfice qu'ils leur laisseront, s’il y en a toutefois, sera des plus modestes, pour le plus grand avantage du commanditaire. S'ils se sont servis de leurs propres ressources, ils céderont aux gros marchands leur marchandise à très bon compte, car ceux-ci leur feront payer le service qu'ils leur rendent en achetant des produits qu’ils n'auraient pu vendre sans leur concours. Bon nombre de petits marchands essayèrent de traiter directement avec des clients étrangers au pays, leurs tentatives furent lamentables, ils furent presque toujours victimes de leur ignorance et de leur inaptitude à commercer. Lorsque des courtiers ou des marchands de bois arrivaient dans le pays pour acheter, ils étaient assaillis par de nombreux petits marchands, en quête de placer leurs marchandises, ils avaient donc beau jeu, et obtenaient bien vite des prix dérisoires. Si le petit
G4 PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE Ill
marchand se mêlait d'expédier au loin directement, il recevait un jour de la gare de destination avis que son lot de bois avait été refusé pour diverses raisons par le destinataire et était en consignation, il se voyait aussitôt contraint de payer des droits de consignation, et tous les frais de transport, puis un procès en perspective peut-être? Et, afolé, il s'empressait de céder sa marchandise à bas prix au destinataire peu consciencieux qui s'était moqué de lui. Certains, cependant, furent plus habiles que ces clients indélicats; l’un deux partit pour la gare de destination où sa marchandise avait été refusée, 1l la vendit sur place et au détail, si avantageusement qu'il en retira et au delà ses frais de déplacement, en dehors Gu gain normal sur les bois vendus ; un autre répondit par une demande reconventionnelle au procès en dommages-intérèts que lui intentait un client qui avait refusé un lot de bois pour un soi-disant retard dans la livraison, mais au moment où l'affaire vint devant le tribunal, le client transigea avec son vendeur, et s'estima fort heureux d'avoir pu aboutir à un arrangement.
La vente du feuillard et des autres bois de fente n’est donc pas chose facile, elle demande de l'expérience et de l'habileté pour éviter les difficultés de toute sorte qui se produisent fréquemment. Au xvin° siècle ces inconvénients devaient être plus rares, si toutefois l'on observait les règlements qui existaient relativement aux marchands de bois et aux marchands de cercles et d'osier. Il était dit, en effet, que ceux qui faisaient abattre et faconner les bois dans les forêts, devaient les vendre en chan-
LA VENTE DU FÈUILLARD EÏ LES MARCHANDS DE Bots 65
tier ou sur les ports, par eux-mêmes ou par leurs gens : ils ne pouvaient avoir ni courtier, ni commissionnaires, ni acheter les bois des autres marchands pour les revendre, ni se mêler eux et leurs gens de mesurer et compter les bois que ceux-ci vendaient. Les cerceaux et l'osier que les marchands forains apportaient à Paris pouvaient être exposés et vendus en place de Grève, et ils ne pouvaient être transportés ni enlevés par les tonneliers, qu'ils n'aient été vus et visités par les Jurés, et que les bourgeois et les maîtres n’en aient été fournis, si bon leur semble. I} était défendu à tout maître tonnelier d'aller au devant des marchands forains venant à Paris, soit par terre soit par eau, pour acheter ou vendre les marchandises servant au métier sous peine d'une amende égale à la valeur desdites marchandises (1). À Bordeaux il existait des règlements relatifs à la vente des cercles, il était dit... « que le cercle vendu sur le port de Bordeaux devrait toujours être de longueur voulue, et que ceux qui vendraient des faisceaux dans l'intérieur desquels se trouveraient des cercles rompus, gâtés ou courts, seraient condamnés à des dommages et à une amende de 65 sols bordelois » (2).
A côté des petits et gros marchands de bois du Limousin, il ya les maisons de gros et d'exportation, et les commercants au détail, comme les fournisseurs d'articles de cave, où sont expédiés les cercles du Limousin. Les détaillants se
(4) V. Dictionnaire du Commerce et des Arts, 1765, aux mots Marchand de bois et Cerceaux.
(2) V. Histoire du Commerce de Bordeaux, par Bachelier, 1862, p. 87.
POL DE CORBIER 5
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trouvent dans des villes importantes où s'exerce l'industrie de la tonnellerie, et c’est là que la plupart des tonneliers se fournissent de cercles, quand il n'y a pas de maisons de gros. Celles-ci existent dans quelques ports, car elles font l'exportation, principalement à Nantes et à Bordeaux : une des principales maisons de gros du commerce de feuillards, qui existe à Bordeaux (1), vend annuellement 30,000,000 de cercles et fcuillards, dont la plus grande partie provient du Périgord et du Limousin ; elle à deux établissements importants, l’un à Bussière-Galant, l’autre au Buisson en Dordogne, où les ateliers de cintrage et de préparation des cercles sont très bien agencés ; elle a notamment à la gare du Buisson un immense hangar, qui lui sert d’entrepôt, d'une étendue de 1,200 mètres carrés, où une vingtaine d'ouvriers sont occupés toute l’année à la manutention des marchandises. Elle exporte principalement en Angleterre, et quelque peu en Belgique. Nous ne nous étendrons pas davantage sur les maisons d'exportation, car cette matière à été suffisamment traitée dans notre premier chapitre.
Le commerce du fouillard est assez complexe pour aller du petit marchand de bois, du « bracou » au consommateur, et il est cependant bien facilité aujourd’hui par le développement des voies ferrées et la modicité des prix de transport. Celui-ci revient à O fr. 016 par meule expédiée à Bordeaux, à 0 fr. 035 pour Paris, à 0 fr. 05 pour Nancy; les expéditions se font généralement par wagon de 5,000
(1) La maison Paul Galène et Cie.
kilogr., et le tarif par kilomètre ct par 5,000 kilogr. sur la Compagnie d'Orléans est actuellement de :
DRASOS EE de pour 1 à 50 kilomètres DÉRRUBE Fr — 51 à 100 — DÉS Gus, 0 Un DAPAOS Re — 201 à 300 (LÉTEME ANSE — 301 et au-dessus
Les feuillards et dagues sont en grande partie vendus en lattes, car roulés leur transport est moins commode et plus coûteux par suite de l’encombrement et des tarifs plus élevés généralement ; ils sont mis en cercles sur les lieux de consommation par les tonneliers ou les marchands au détail. Dans le Nord et l'Est on tend de plus en plus à les recevoir roulés, tandis que dans le Midi on les reçoit surtout droits.
La concurrence dans le commerce du feuillard n’existe pas seulement pour la France dans la consommation intérieure, elle provient aussi de l'étranger, surtout depuis que l'importation dans notre pays lui est devenue difficile. Il y a cependant pour notre commerce des débouchés énormes au dehors, aussi les marchands de bois du canton de Châlus s'étaient-ils entendus à une époque pour expédier directement leurs marchandises à l’étranger. Ils créèrent à cet effet, en 1904, un syndicat dont le but principal était la vente en commun; celui-ci avait, d’une façon générale, pour objet « l'étude et la défense des intérêts collectifs des patrons, exerçant le commerce de marchands de bois ». Il se proposait spécialement « de resserrer les liens de confraternité et de bonne harmonie existant entre eux; de fixer en commun
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les prix à appliquer pour la main-d'œuvre qu'ils emploient, pour les primes à payer aux Compagnies d'assurances leur offrant de les garantir contre les risques professionnels pouvant les intéresser; de créer des offices de renseignements ou de représentation, tant en France qu'à l'étranger, pour toutes les matières concernant le commerce commun; d’intervenir auprès des entreprises de transport (chemins de fer, transports maritimes ou autres) pour obtenir les conditions de transport les plus avantageuses; en un mot, de faire tout le nécessaire pour améliorer et développer l'industrie commune » (1). Le siège du syndicat, dénommé « l’Union syndicale du Limousin », était à Bussière-Galant. Pouvaient en faire partie tous les marchands de bois domiciliés dans la Haute-Vienne et la Dordogne, à condition d’être présentés par deux de ses membres, agréés par le bureau à la majorité des voix, et de payer une cotisation annuelle de 25 francs et un droit d'entrée de 10 francs. Le bureau, chargé de l'administration, décidait seul les achats et ventes ne dépassant pas 500 francs, il devait se munir d'une autorisation émanant de l'assemblée générale pour faire des achats ou ventes supérieurs à 500 francs, et de même pour transiger, compromettre ou intenter une action judiciaire dépassant 1,500 francs. Ce syndicat se composa de sept membres, et il n'eut qu'une existence éphémère : il s'était chargé en effet d'une grosse commande de feuillards pour lEcosse, qu'il devait expédier lui-même sans avoir
(4) V. aux Annexes les statuts de l’Union syndicale du Limousin, qui m'ont été communiqués par son ancien président.
LA VENTE DU FEUILLARD ET LES MARCHANDS DE Bols 69
recours aux exportateurs. L'affaire ne réussit pas au gré des marchands syndiqués, il y eut une grosse perte que chacun eut à supporter au prorata de ses marchandises, l'échec de cette première entreprise les empècha de continuer leur essai, et au bout d'un an le syndicat disparut. C'était presque forcé, car la vente en commun était impossible : il faut, pour pouvoir exporter, des capitaux énormes, que seule une société anonyme par actions peut fournir ; et il faudrait que l'entente entre les marchands de bois puisse se faire et durer, or elle est bien difficile, comme nous l’avouait l’un d'eux. Et comment le syndicat aurait-il connaissance des commandes qui lui parviendraient : il est si facile à un président ou à un secrétaire de garder les bonnes affaires pour lui.
Un autre syndicat de marchands de bois s'est constitué au mois d'octobre 1906, mais à Saint-Yrieix, et dans des circonstances toutes différentes. Au moment de la menace de grève lancée en août 1906 par les ouvriers feuillardiers, qui demandaient une augmentation de salaires, les marchands de bois, dont les bénéfices avaient considérablement diminué depuis 1900, et qui, d'autre part, avaient déjà fait à leurs ouvriers beaucoup de concessions, nécessaires d’ailleurs, se voyaient dans l'impossibilité de répondre à leurs nouvelles revendications, ils se réunirent pour décider de la ligne de conduite qu'ils avaient à adopter en commun. Vingt-sept marchands de bois des cantons de Saint-Yrieix, Nexon, Lubersac, Lanouaille assistaient à la réunion, qui eut lieu le 27 août 1906; il fut décidé que les marchands de
bois présents s'engageaient : 1° « à n’embaucher aucun ouvrier feuillardier à partir de ce jour, et ne commencer à faire abattre et travailler qu'à partir du jour où le syndicat des ouvriers feuillardiers aura accepté les conditions et les prix déjà en cours pour la fabrication de toutes les marchandises, lesquelles sont détaillées à la dernière acceptation qui a été faite par les marchands de bois »; 2° à ne pas acheter de marchandises nouvelles à aucun fabricant, et aucune marchandise fabriquée avant l'accord complet et à partir de ce jour » (1). La violation de ces engagements entrainait une amende de 500 franes, deux marchands, seulement étaient autorisés à terminer une coupe en exploitation, à condition de le faire dans un délai de 15 jours, et de ne pas prendre d'ouvrier nouveau. Le syndicat des marchands prit naissance le même jour.
A la menace de grève des ouvriers feuillardiers, les patrons répondaient par une menace du même genre : c'était le lock-out patronal. À la réunion du 12 octobre 1906, le syndicat des marchands de bois définitivement constitué, et comprenant quarante membres, précisa sa menace, en déclarant « qu'aucun patron n'oceupera d'ouvriers à partir du 13 octobre, que sous les conditions antérieures ». Les marchands étaient bien décidés à résister très fermement aux prétentions du syndicat ouvrier, qui les
gènait et qu'ils voulaient faire disparaître. À la réunion qui
(4) Extrait du procès verbal de la réunion des marchands de bois le 27 août 1906, communiqué par le secrétaire du syndicat,
eut lieu à Saint-Yrieix le 28 octobre, et sur laquelle nous reviendrons plus loin, un ouvrier syndiqué très considéré de ses camarades, prit la défense de la cause patronale, les ouvriers se rangèrent à son avis à une faible majorité et un conflit des plus graves fut ainsi évité. L’ouvrier traître à la cause ouvrière fut exclu du syndicat, ce fut la seule victime d’une situation difficile, qui eut pu en faire bien d’autres. Mais le conflit arrêté un moment, par suite d’une circonstance exceptionnelle, n'est pas éteint, et il est à prévoir qu'il réapparaîtra plus aigu que jamais d'ici peu de temps, en octobre 1907 vraisemblablement. Deux organisations solides seront en présence, et il est impossible de savoir actuellement laquelle des deux l’emportera sur l'autre.
Le « syndicat des marchands de bois du Centre », en dehors du but dont nous venons de parler, a pour objet :
« 4° D’établir entre tous ses membres des liens d'étroite solidarité professionnelle pour la défense de leurs intérêts collectifs ;
2 De créer un centre de surveillance et d’action chargé de donner plus d'utilité aux règles qui doivent régir le commerce des bois et contribuer à son développement et à sa prospérité ;
3° De représenter ses membres auprès des Chambres de commerce, des Compagnies de chemins de fer, des Compagnies d'assurances et toutes administrations, Sociétés com-
merciales ou particulières ;
h° De fournir aux tribunaux des renseignements et des experts compétents » (1).
Tout marchand de bois peut faire partie du syndicat sous les conditions suivantes : être Français ou naturalisé Français, n'être point failli à moins d’avoir été réhabilité, n'avoir pas subi de condamnation à une peine afflictive ou infamante, être admis par le Bureau, payer un droit d'admission de 10 francs, et une cotisation annuelle de 10 francs.
Le syndicat est administré par un Bureau composé de quatre membres: président, vice-président, secrétaire général-trésorier, secrétaire adjoint, auxquels sont attribuées les fonctions d'usage. Ceux-ci sont élus pour deux ans en Assemblée générale ordinaire au scrutin de liste et à la majorité relative, ils sont rééligibles. Le Bureau se réunit le vingt de chaque mois.
Une discipline rigoureuse est imposée aux membres du syndicat : tout membre du Bureau est considéré comme démissionnaire, s'il a manqué trois séances consécutives sans motif justifié, et après invitation formelle d’avoir à assister aux réunions. En cas d'absence non justifiée d’un membre à l'Assemblée générale, celui-ci est frappé d’une amende de 10 francs, payable dans le délai d'un mois à dater de la notification, et tout membre qui sera en retard de trois mois dans le versement de son droit d'admission, de sa cotisation ou des amendes encourues sera exclu du syn-
(1) V. aux Annexes les statuts du Syndicat des marchands de bois du Centre, qui m'ont été communiqués par son secrétaire,
dicat, par décision du Bureau. Celui-ci pourra encore exclure tout membre du syndicat ayant perdu sa qualité de Français, déclaré en faillite, condamné à une peine afflictive ou infamante, ou pour « toute autre cause d'indignité ou d'indiscipline ». Il est interdit aux membres du syndicat d'acheter aux fabricants non syndiqués.
Le Bureau peut fonctionner comme Comité d’arbitrage pour régler toutes les contestations qui pourraient s'élever entre les membres du syndicat ou entre ces mêmes membres et les étrangers du syndicat qui lui soumettraient le litige. Ce système d'arbitrage n'est pas appelé à rendre grand service, surtout pour les étrangers au syndicat, lorsque le Conseil de prud'hommes existera à Saini-Yrieix, comme cela a été décidé.
Les marchands de bois se trouvent actuellement en face de deux difficultés, et ce sera l’œuvre de leur syndicat de tâcher de les prévenir, c'est d’une part l'augmentation du prix de la main-d'œuvre, dont nous avons déjà parlé, et, d’autre part, la baisse très sensible des prix des marchandises. Ces derniers ont subi de nombreuses fluctuations, et d'autant plus variées qu'il y à le prix de la marchandise vendue en Limousin, celui du marchand de gros, et celui du marchand de détail. Ainsi, le mille de feuillards de 8 pieds en latte a valu, en 1893, 50 à 60 francs, alors qu'en 1906, il valait 25 à 30 francs ; la meule de 24 cercles de 8 pieds s'est vendue depuis 1 fr. 30 jusqu'à 2 fr. 25, actuellement elle vaut en moyenne 1 fr. 50. Nous donnons ci-dessous les prix des feuillards pendant les deux années 1900
et 1906, ceux de 1900 pourront indiquer la moyenne des prix depuis 1880 jusqu’en 1902, et ceux de 1906 la période de 1903 à 1906. Nous y ajoutons la liste des prix des différents autres bois de fente, faits par les feuillardiers et vendus par les marchands de bois du Limousin, tels que les échalas, les carrassonnes, les lattes, les lisses et les gros piquets.
Tableau des prix du mille de dagues, feuillards, échalas, lattes, etc., pendant les années 1900 et 1906
en lattes CU lattes ee Dagues : francs francs francs ADICUS HE NME 8 » »
SRE 10,50 » »
OR er 13 13 18 RS Aer 18,50 18,50 24 Feuillards : roulés roulés en lattes 5 pieds CC 16 19 »
CEE PL ESP 18 14 »
RE 20 16 19 RER PO eee 26 20 15 Tr NE, PR: 30 29 19 BRÉTPO GIREMETE 45 34 28 Mat M ÉRRES 50 40 34 RSR 55 » »