‹ Les feuilles d'automne: suivis de plusieurs piec̀es nouvellesChapitre 19 sur 23 · A LA JEUNE FRANCE · texte numérisé non relu

A LA JEUNE FRANCE

Frères ! et vous aussi vous avez vos journées! Vos victoires, de chêne et de fleurs couronnées , Vos civiques lauriers, vos morts ensevelis, Vos triomphes, si beaux à Tauhe de la vie , Vos jeunes étendards troués à faire envie A de vieux drapeaux d*Austerlitz.

Soyez fiers ! vous avez fait autant que vos pères. Les droits d*un peuple entier conquis par tant de guerres, Vous les avez tirés tout vivants du linceul.

Juillet vous a donné, pour sauver vos familles , Trois de ces beaux soleils qui brûlent les bastilles; Vos pères n'en ont eu qu'un seul !

Vous êtes bien leurs fils ! c*est leur sang, c'est leur âme Qui fait vos bras d'airain et vos regards de flamme. Ils ont tout commencé : vous avez votre tour. Votre mère, c'est bien cette France féconde

156 FOtSIBS POLITIQUES.

Qui ftiit, quand il lui plaît, pour Texemple du inonde , Tenir un siècle dans un jour !

L*Angleterre jalouse et la Grèce homérique , Toute TEurope admire : et la jeune Amérique , Se lève et bat des mains du bord des océans.

Trois jours vous ont suffi pour briser vos entraves : Vous êtes les aînés d*une race de braves , Vous êtes les fils des géants !

C'est pour vous qu'ils traçaient avec des funérailles Ce cercle triomphal de plaines de batailles , Chemin victorieux, prodigieux travail , Qui de France parti pour enserrer ta terre , En piàssant par Moscou, Cadix, Rome et le Caire , Va de Jemmappe à Montmirail !

Vous êtes les enfants des belliqueux lycées ! Là vous applaudissiex nos victoires passées ; Tous vos jeux s'ombrageaient des plis d'un étendard . Souvent Napoléon, plein de grandes pensées , Passant, les bras croisés, dans vos lignes pressées, Aimanta vos fronts d'un regard !

Aigle qu'ils devaient suivre ! aigle de notre armée. Dont la plume sanglante en cent lieux est semée , Dont le tonnerre un soir s'éteignit dans les flots ; Toi, qui les as couvés dans l'aire paternelle , Regarde, et sois joyeuse, et crie, et bats de l'aile ! • Mère, tes aiglons sont éclos ?

Quand notre ville épouvantée , Surprise an matin et sans voix ,

▲ LA JKOMB P«ANCB. 157

S*éveiUa toute garrottée Sous un réseau dMniques lois , Chacun de vous dit en son âme :

« C*est une trahison infâme !

» Les peuples ont leur lendemain.

» Pour rendre leur route douteuse » Sufflt-il qu*une main honteuse » Cliange Técriteau du chemin ?

» La parole échite et foudroie 9 Tous tes obstacles imprudents; » Vérité, tu sais comme on broie » Tous les bâillons entre ses dents ; » Un roi peut te fermer son Louyre ; 9 Ta flamme importune, en la couvre , » On Ui fait éteindre aux valets; » Biais elle brûle qui la touche!

* Hais on ne ferme pas ta bouche » Conune la porte d*un palais !

» Quoi! ce que le temps nous amène ; « Quoi! ce que nos pères ont fait, » Ce travail de la race humaine , « Ils nous prendraient tout en effet !

» Quoi ! les lois, la Charte, chimère !

» Comme un édifice éphémère

• Nous verrions, en un jour d*été ,

» Crouler sous leurs mains acharnées » Ton œuvre de quarante années, » Laborieuse liberté !

» C'est donc pour eux q«e les épéCK » Ont relui du nord au midi!

» Pour eux que les têtes coupées

158 FOÉaiia P0L1TIQDB8.

» Sur les pavés ont rebondi!

» Cesi pour ces tyrai».sateUites » Que nos pères, braves élites, » Ont dépassé Grecs et Romains !

» Que tant de villes sont désertes !

» Que tant de plaines, jadis vertes, « Sont blanches d^ossements humains I

» Les insensés qui font ce rêve

» N*ont-ils donc pas des yeux pour voir,

» I>epuisque leur pouvoir s*élève,

» Gomme notre horizon est noir?

» N*ont-ils pas vu dans leur folie

« Que déjà la coupe est remplie,

» Qu*on les suit des yeux en rêvant,

» Qu^un foudre lointain nous éclaire,

» Et que le lion populaire

» Regarde ses ongle& souvent ? »

Alors tout se leva. — L^homme, Tenfant, la femme. Quiconque avait un bras, quiconque avait une âme. Tout vint, tout accourut; et la ville à grand bruit Sur les lourds bataillons se rua jour et nuit. £n vain boulets, obus, la balle et les mitrailles, De la vieille cité déchiraient les entraiyes; Pavés et pans de murs croulant sous mille efforts, Aux portes des maisons amoncelaient les morts; Les bouches des canons trouaient au loin la foule; Elle se reformait comme une mer qui roule. Et de son râle affreux ameutant les feubourgs. Le tocsin haletant bondissait dans les tours !

A LA JBVIVI FftAHCI. 159

Trois jours, trois nuits, dans la fournaise

Tout ce peuple en feu bouillonna,

Grevant Técbarpe béarnaise

Du fer de lance d'Icna.

En vain dix légions nouvelles

Vinrent s'abattre à grand bruit d^ailes

Dans le formidable foyer;

Chevaux, fantassins et cohortes

Fondaient comme des branches mortes

Qui se tordent dans le brasier.

Gomment donc as-tu fait pour calmer ta colère, Souveraine cité qui vainquis en trois jours?

Gomment donc as-tu fait, 6 fleuve populaire.

Pour rentrer dans ton lit et reprendre ton cours ? O terre qui tremblais, ô tempête, ô tourmente, Vengeance de la foule au sourire effrayant, Gomment donc as-tu fait pour être intelligente Et pour choisir en foudroyant ?

G*est qu*il est plus d'un cœur stoïque Parmi vous, fils de la cité :

G*e8t qu'une jeunesse héroïque Combattait à votre côté !

Désormais, dans toute fortune, Vous avez une âme commune Qui dans tous vos exploits a lui.

Honneur au grand jour qui s'écoule !

. Hier vous n'étiez qu'une foule ; Vous êtes un peuple aujourd'hui.

Ces lâches conseillers de bassesse et d'audace,

160 rOÉSIlt fOlITlQOKS.

Voilà donc à quel peuple ils se sont attaqués ! Fléaux qu*aux derniers rois d*une fatale race Toujours la Providence envoie aux jours marqué» ! Malheupeux qui croyaient, dans leur erreur profènde, (Car Dieu les voulait perdre, et Dieu les aveuglait), Qu'on prenait un matin la liberté du monde Comme un oiseau dans un filet !

N*effacex rien. — Le coup d*épée EmbeUit le front du soldat, pissons à la ville frappée Les cicatrices du combat.

Adoptons héros et victimes ; Emplissons de ces morts sublimes Les sépulcres du Panthéon. - Que mil souvenir ne nous pèse :

Rendons sa tombe à Louis seize ', Sa colonne à Napoléon !

Oh ! laissei-moi pleurer sur cette race morte Que rapporta Texilet que Texil remporte, Vent fatal qui trois fois déjà les enleva !

Reconduisons au moins ces vieux rois de nos pères. Rends, drapeau de Fleurus, les honneurs militaires A Toriflamme qui s'en va !

* L'aotear nepeat approaTrr le changement Je dmination qu'on parait vovioir faire saUr an piMeatal de la place de la Bëvohitloii. Quelle qoe paisM être la dlTersittf dca opintOM tw «ea «Mita fkalte doa l^avlea I«r «c dea Lovla XV], on dok aawofar ^pM da aaiMahlêa pagw ■ea'effaeant paa de rhiaiolre dea «mpirea : «Uaa mtaat» et l'oii doit troovar bon q«*rliea rotent, de qndqne façon qu'on les consld^, aoit qu'on y voie une leçon pour let pmple», aoit qu'on y ycit une leoon pour les roia.

A LA JECHE FRAfICB. 161

Je De leur dirai point de mot qui les déchire.

Qu'ils ne se plaignent pas des adieux de la lyre !

Point d*outrage au vieillard qui s'exile à pas lents !

C'est une piété d'épargner les ruines.

Je n'enfoncerai point la couronne d'épines

Que la main du malheur met sur des cheveux blancs.

D'ailleurs, infortunés ! Ma voix achève à peine L'hymne de leurs douleurs dont s'allonge la chaîne. L'exil et les tombeaux dans mes chants sont bénis ; Et tandis que d'un règne on salûra l'aurore, Ma poésie en deuil ira longtemps encore De Sainte-Hélène à Saint-Denis.

Mais que la leçon reste, éternelle et fatale , A ces nains, étrangers sur la terre natale, Qui font régner les rois pour leurs ambitions,* Et, pétrifiant tout sous leur groupe immobile, Tourmentent, accroupis, de leur souffle débile La cendre rouge encor des révolutions.

Oh ! ravenir est magnifique !

Jeunes Français, jeunes amis , Un siècle pur et pacifique S'ouvre à vos pas mieux affermis :

Chaque jour aura sa conquête.

Depuis la base jusqu'au faite, Nous verrons avec majesté.

Comme une mer sur ses rivages, Monter d'étages en étages L'irrésistible liberté !

LES FKDILLRS d'aDTOMNB. 14

102 FOftMBS FOtlTIQUBS.

Vos pères, hauts de cent coudées, Ont été fèrts et généreux, Les natioB8.iiitimidées Se faisaient adopter par eux.

Ils ont fait une telle guerre Que tous les peuples de la terre De la France prenaient le nom, Quittaient leur passé qui s*écronIe, et venaient s*abriter en foule A rombre de Napoléon 1

Vous n^ayez pas Tâme enïbrasée D^une moins haute ambition, Faites libre toute pensée, Et reine toute nation :

Montrez la liberté dans Tombre A ceux qui sont dans la nuit sombre ; Allez, éclairez le chemin.

Guidez notre marche unanime.

Et faites, vers le but sublime.

Doubler le pas au genre humain.

Que Tesprit, dans sa fantaisie.

Suive d'un vol plus détaché Ou les arts, ou la poésie.

Ou la science au front penché !

Qu'ouvert à quiconque Vimplore Le trône ait un écho sonore Qui, pour rendre le roi meilleur, GrossUHie et répète sans cesse Tous les conséâs de la sagesse, Toutes les plaintes du malheur !

Revenez prier sur les tombes, Prêtres ! Qui craignez-vous encor ?

K LA JBUNX FRANCE. 165

Qu^allez-voDS faire aux catacombes Tout reluisants de pourpre et d'or ?

Venez ! mais plus de mitre ardente, Plus de vaine pompe imprudente, Plus de trône dans le saint lieu!

Rien que Taumône et la prière !

La croix de bois, Tautel de pierre Suffit aux hommes comme à Dieu !

Et désormais, chargés du seul fardeau ^e$ âmes , Pauvres comme le peuple, humbles comme les femmes, Ne redoutez phis rien. Votre église est le port! Quand longtemps a grondé la bouche du Vésuve, Quand sa lave écumant comme un vin dans la cuve Apparaît toute rouge au bord ,

Naples s*émeut; pleurante, effarée et lascive Elle accourt, elle étreint la terre convulsive; Elle demande grâce au volcan courroucé; Point de grâce ! Un long jet de cendre et de fumée Grandit incessamment sur la cime enflammée €omme un cou de vautour hors de Taire dressé.

Soudain un éclair luit : hors du cratère immense La sombre éruption bondit comme en démence.

Adieu le fronton grec et le temple toscan !

La flamme des vaisseaux empourpre la voilure , La lave se répand comme une chevelure Sur les épaules du volcan.

Elle vient, elle vient, cette lave profonde

Qui féconde les champs et fait des ports dans Tonde.

164 POtSISS FOLITIQUS.

Plages, mer, archipels, tout tressaille à la fois. Ses flots roulent, yermeils, fumants, inexorables, Et Naple et ses palais tremblent plus misérables Qu*au souffle de Forage une feuille des bois f

Chaos prodigieux ! la cendre emplit les rues , La terre reyomit des maisons disparues , Chaque toit éperdu se heurte au toit voisin, La mer bout dansie golf^ et la plaine s'embrase , Et les clochers géants, chancelant sur leur base ! Sonnent d'eux-mêmes le tocsin !

Mais ( c'est Dieu qui le veut) tout en brisant des villes,

Tout en bouleversant les vallons et les îles ,

En jetant bas les tours qu'il dévore en courroux ,

En remuant au loin les ondes et la terre ,

Toujours Yésuve oublie en son propre cratère ,

L'humble ermitage où prie un vieux prêtre à genoux!

lo août i83o.

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