‹ Les feuilles d'automne: suivis de plusieurs piec̀es nouvellesChapitre 5 sur 23 · A UN VOYAGEUR · texte numérisé non relu

A UN VOYAGEUR

L*ane ptrtifl du moiida ne Mit point • l'amtc vit at M goavara*.

PaïuvM SB Gotuau.

mi! TOUS reyenez d*un de ces longs voyages Qui nous f6nt vieillir vite et nous changent en sages

Au sortir du berceau.

De tous les océans votre course a vu Tonde, Hélas ! et vous feriez une ceinture au monde

Du sillon du vaisseau.

Le soleil de vingt cieux a mûri votre vie.

Partout où vous mena votre inconstante envie,

Jetant et ramassant, Pareil au laboureur qui récolte et qui sème, Vous avez pris des lieux et laissé de vous-même

Quelque chose en passant.

54 LES FETIILLES D*AUTOHIIB.

Tandis que votre ami, moins heureux et moins sage, Attendait des saisons Funiforme passage

Dans le même horizon ; Et comme Tarbre vert qui de loin la dessine, A sa porte effeuillani ses jours, prenait racine

Au seuil de sa maison !

Vous êtes fatigué tant vous avez vu d'hommes ! Enfin vous revenez, las de ce que nous sommes,

Vous reposer en Dieu.

Triste, vous me contez vos courses infécondes, Et vos pieds ont mêlé la poudre de trois mondes

Aux cendres de mon feu.

Or, maintenaot, le coeur plein de choses profondes, Des enfSMits dans vos mains tenant les têtes blondes,

Vous me parlez ici.

Et vous me demandez, sollicitude amère !

«—Où donc ton père ? où donc ton fils ?oùdonv ta mère? »

— Us voyagent aussi !

Le voyage qu*ils font n*a ni soleil ni lune : Nul homme n*y peut rien porter de sa fortune.

Tant le maître est Jaloux î Le voyage qu'ils font est profond et sans bornes < On le fait à pas lents parmi des faces mornes,

Et nous le ferons tous!

J'étais à leur départ comme j'étais au vôtre. En diverses saisons, tous trois, Tun après l'autre,

lis ont prit leur essor. Hélas î j'ai mis en terre, à cette heure suprême, Ces têtes que j'aimais. Avare^ j'ai moi-même

Enfoqi mon trésor !

SIXifcVB. S5

Je les ai vii« ^rtir. J*ai, faible et plein d'alarmes, Vu trois fois ua drapjioir semé de blaiiches larmes

Tendre ce corridor.

J*ai sur leurs froides mains pleuré comme une femme; Mais, le cercueil fermé, mon Ame a vu leur âme

Ouyrir deux ailes d^or.

Je les ai vus partir comme trois hirondelles

Qui vont cbereher bien loin des printemps plus fidèles

Et des étés meilleurs.

Ma mère vit le ciel et partit la première, Et son cnlen moiirant fut plein d'une lumière

Qu^on n'a point vue ailleurs.

Et puis mon premier-né la suivit, puis mon père, Fier vétéran âgé de quarante ans de guerre,

Tout chargé de chevrons.

Maintenant ils sont là, tous trois dorment dans Tombre, Tandis que leurs esprits fènt le voyage sombre

Et vont où nous irons!

Si vous voulez, à Theure où la lune décline.

Nous monterons tous deux la nuit sur la colline

Où gisent nos aïeux.

Je vous dirai, montrant à votre vue amie La ville morte auprès de la ville endormie :

Laquelle dort le mieux ?

Venez; muets tous deux et couchés contre terre. Nous entendrons, tandis que Paris fera taire

Son vivant tourbillon.

Ces millions de morts, moisson du fils de Thomme, Sourdre confusément dans leurs sépulcres, comme

Le grain dans le sillon !

36 LU KU1LLI8 b'aVTOHIII.

Combien vivent joyeux, qui devaient, sœurs ou frères, Faire un pleur étemel de quelques offres chères!

Pouvoir 'des ans vainqueurs !

Les morts durent bien peu ; laissons-les sous la pierre ! Hélas! dans le cercueil ils tombent en poussière

Moins vite qu*en nos cœurs !

Voyageur ! voyageur! quelle est notre folie !

Qui sait combien de morts à chaque heure on oubUe>

' Des plus chers, des plus beaux?

Qui peut savoir combien toute douleur s'émousse, Et combien sur la terre un jour d^herbe qui pousse Efface de tombeaux?

Septième.

DICTÉ El^ PRÉSENCE DU GLACIER DU RHONE.

CoÊudtmngarmk oami, Ovii».

Souvent, quand mon esprit riche en métamorphoses Flotte et roule endormi sur Tocéan des choses. Dieu, foyer du vrai jour qui ne luit point aux yeux, Mystérieux soleil dont Tàme est embrasée.

Le frappe d*ua rayon, et, comme une rosée, Le ramasse et Tenlève aux cieux.

Alors, nuage errant, ma haute poésie Vole capricieuse, et sans route choisie.

De roccident au sud, du nord à Forient; lit regarde, du haut des radieuses voûtes.

Les cités de la terre, et, les dédaignant toutes, Leur jette son ombre en fuyant.

38 LES fEUILLES D*AUTOH!fE.

Puis, dans Tor du matin luisant comme une étoile, Tantôt elle y découpe une frange à so;i voile, Tantôt, comme un guerrier qui résonne en marchant. Elle frappe d'écilairs la forêt qui murmure ; Et tantôt en passant rougit sa noire armure Dans la fournaise du couchant.

Enfin sur un vieux mont, colosse à tête grise. Sur des Alpes de neige un vent jaloux la brise. QuUmporte ! Suspendu sur Tabîme béant Le nuage se change en un glacier sublime, Et des mille fleurons qui l)érissefit sa ^ime Fait une couronne au géant !

Gomme le haut cimier du mont inabordable, Alors il dresse au loin sa crête formidable.

L*arc-en-ci<l vacillant joue à son flanc d'acier ; • Et, chaque soir, tandis que Tombre en bas Tassiége, Le soleil, ruisselant en lave sur sa neige.

Change en cratère le glacier.

Son front Uaiie dans la nuit semble une aube étemelle. Le chamois effaré, dont le pied vaut une aile, L*aigle même le craint, sombre et silencieux; La tempête à ses pieds touriMUonne et se traîne, L*œil ose à peine atteindre à «a faee sereine, Tant il est avant dans les cieux !

Et seul, à ces hauteurs, sans crainte et sans verti^^e, Mon esprit, de la terre oubliant le prestige. Voit le jour étoile, le ciel qui n*est plus bleu. Et contemple de près ces splendeurs sidérales

SEPTIÈUE. 39

Donl la nuit sème au loin ses sombres cathédrales, Jusqu^à ce qu'un rayon de Dieu

Le frappe de nouveau, le précipite, et change Les prismes du glacier en flots mêlés de fange; Alors il croule, alors,, éveillant mille échos, Il retombe en torrent dans Tocéan du monde.

Chaos aveugle et sourd, mer immense et profonde, Où se ressemblent tous les flots î

Au gré du divin souffle ainsi vont mes pensées. Dans un cercle éternel incessamment poussées. Du terrestre océan dont les flots sont amers. Gomme sous un rayon monte une nue épaisse, Elles montent toujours vers le ciel, et sans cesse Redescendent des cieux aux mers.

Mai 1819.

i^ttttthne.

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