A M. DAVID, STATUAIRE
R<oiiiBa.
Oh ! que ne suis-je un de ces hommes Qui, géants d*an siècle effacé, Jusque dans le siècle où nous sommes Régnent du fond de leur passé!
Que ne wâ^ie, prince ou poète, I>e ces mortels à haute tète , D*un monde à la fois base et faite , Que leur temps ne peut contenir; Qui, dans le calme ou dans Torage, Qu*on les adore ou les outrage.
Devançant le pas de leur âge , Marchent un pied dans Tavenir !
Que oe sui»-je une de ces flammes , Un de ces pôles glorieux,
HDlTlfcMC. 41
Vers qui penchent toutes les âmes,
Sur qui se fixent tous les yeux!
De ces hommes dont les statues ,
Du flot des temps toujours battues,
D'un tel signe sont revêtues
Que, si le hasard les abat,
S'il les détrône de leur sphère ,
Du bronze auguste on ne peut fairç •
Que des cloches pour la prière
Ou des canons pour le combat !
Que n*ai-je un de ces fronts sublimes, David! mon corps, fait poursouflFrir, Du moins sous tes mains magnanimes Renaîtrait pour ne plus mourir !
Du haut du temple ou du théâtre.
Colosse de bronze ou d'albâtre, Salué d'un peuple idolâtre , Je surgirais sur la cité, Gomme un géant en sentinelle, Couvrant la ville de mon aile.
Dans quelque attitude éternelle De génie et de majesté !
Car c^est toi, lorsqu^un héros tombe ,
Qui le relèves souverain !
Toi qui le scelles sur sa tombe
Qu'il foule avec des pieds d'airain!
Rival de Rome et de Ferrare ,
Tu pétris pour le mortel rare
Ou le marbre ftroid de Carrare,
Ou le métal qui fume et bout.
Le grand homme au tombeau s'apaise
Quand ta main, à qui rien ne pèse, ^
42 LS8 FKQILLB8 d'aUTOHNI.
Hors du bloc ou de la fournaise Le jette vivant et debout !
Sans toi peut-être sa mémoire
Pâlirait d'un oubli fatal ]
Mais c*est loi qui sculptes sa gloire
Visible sur un piédestal.
Ce fanal, perdu pour le monde ,
Feu rampant dans la nuit profonde ,
S'éteindrait, sans montrer sur Ponde
Ni les écueils ni le chemin ;
C'est ton souffle qui le ranime;
C'est toi qui, sur le sombre abîme.
Dresses le colosse sublime
Qui prend le phare dans sa main.
Lorsqu'à tes yeux une pensée Sous les traits d'un grand homme a lui.
Tu la fais marbre, elle est fixée.
Et les peuples disent : C'est lui!
Mais avant d'être pour la fOule, Longtemps dans ta tète elle roule Comme une flamboyante houle Au fond du volcan souterrain :
Loin du grand jour qui la réclame Tu la fais bouillir dans ton âme; Ainsi de ses langues de flamme Le féu saisit l'urne d'airain.
Va! que nos villes soient remplies De tes colosses radieux !
Qu'à jamais tu te multiplies Dans un peuple de demi-^ieux !
Fa^ de nos cités des Corinthes!
HOITIÈHE. 43
Oh ( ta pensée a des étreintes Dont Tairaîn garde les empreintes , Dont le granit s^enorgueillit !
Honneur au sol que ton pied foule , Un métal dans tes veines coule ; Ta tête ardente est un grand moule D*où ridée «n bronze jaillit !
Bonaparte eût voulu renaître De marbre et géant sous ta main ; Cromwell, son aïeul et son maître, T*eût livré son front surhumain; Ton bras eût sculpté pour TEspagne Charles-Quint; pour nous, Gharlemagne, Un pied sur Thydre d'Allemagne , L'autre sur Rome aux sept coteaux; Au sépulcre prêt à descendre , César t'eût confié sa cendre, Et c'est toi qu'eût pria Alexandre Pour lui tailler le mont Athos !
Juillet 1828.
tteutitème.