‹ Les feuilles d'automne: suivis de plusieurs piec̀es nouvellesChapitre 6 sur 23 · A M. DAVID, STATUAIRE · texte numérisé non relu

A M. DAVID, STATUAIRE

R<oiiiBa.

Oh ! que ne suis-je un de ces hommes Qui, géants d*an siècle effacé, Jusque dans le siècle où nous sommes Régnent du fond de leur passé!

Que ne wâ^ie, prince ou poète, I>e ces mortels à haute tète , D*un monde à la fois base et faite , Que leur temps ne peut contenir; Qui, dans le calme ou dans Torage, Qu*on les adore ou les outrage.

Devançant le pas de leur âge , Marchent un pied dans Tavenir !

Que oe sui»-je une de ces flammes , Un de ces pôles glorieux,

HDlTlfcMC. 41

Vers qui penchent toutes les âmes,

Sur qui se fixent tous les yeux!

De ces hommes dont les statues ,

Du flot des temps toujours battues,

D'un tel signe sont revêtues

Que, si le hasard les abat,

S'il les détrône de leur sphère ,

Du bronze auguste on ne peut fairç •

Que des cloches pour la prière

Ou des canons pour le combat !

Que n*ai-je un de ces fronts sublimes, David! mon corps, fait poursouflFrir, Du moins sous tes mains magnanimes Renaîtrait pour ne plus mourir !

Du haut du temple ou du théâtre.

Colosse de bronze ou d'albâtre, Salué d'un peuple idolâtre , Je surgirais sur la cité, Gomme un géant en sentinelle, Couvrant la ville de mon aile.

Dans quelque attitude éternelle De génie et de majesté !

Car c^est toi, lorsqu^un héros tombe ,

Qui le relèves souverain !

Toi qui le scelles sur sa tombe

Qu'il foule avec des pieds d'airain!

Rival de Rome et de Ferrare ,

Tu pétris pour le mortel rare

Ou le marbre ftroid de Carrare,

Ou le métal qui fume et bout.

Le grand homme au tombeau s'apaise

Quand ta main, à qui rien ne pèse, ^

42 LS8 FKQILLB8 d'aUTOHNI.

Hors du bloc ou de la fournaise Le jette vivant et debout !

Sans toi peut-être sa mémoire

Pâlirait d'un oubli fatal ]

Mais c*est loi qui sculptes sa gloire

Visible sur un piédestal.

Ce fanal, perdu pour le monde ,

Feu rampant dans la nuit profonde ,

S'éteindrait, sans montrer sur Ponde

Ni les écueils ni le chemin ;

C'est ton souffle qui le ranime;

C'est toi qui, sur le sombre abîme.

Dresses le colosse sublime

Qui prend le phare dans sa main.

Lorsqu'à tes yeux une pensée Sous les traits d'un grand homme a lui.

Tu la fais marbre, elle est fixée.

Et les peuples disent : C'est lui!

Mais avant d'être pour la fOule, Longtemps dans ta tète elle roule Comme une flamboyante houle Au fond du volcan souterrain :

Loin du grand jour qui la réclame Tu la fais bouillir dans ton âme; Ainsi de ses langues de flamme Le féu saisit l'urne d'airain.

Va! que nos villes soient remplies De tes colosses radieux !

Qu'à jamais tu te multiplies Dans un peuple de demi-^ieux !

Fa^ de nos cités des Corinthes!

HOITIÈHE. 43

Oh ( ta pensée a des étreintes Dont Tairaîn garde les empreintes , Dont le granit s^enorgueillit !

Honneur au sol que ton pied foule , Un métal dans tes veines coule ; Ta tête ardente est un grand moule D*où ridée «n bronze jaillit !

Bonaparte eût voulu renaître De marbre et géant sous ta main ; Cromwell, son aïeul et son maître, T*eût livré son front surhumain; Ton bras eût sculpté pour TEspagne Charles-Quint; pour nous, Gharlemagne, Un pied sur Thydre d'Allemagne , L'autre sur Rome aux sept coteaux; Au sépulcre prêt à descendre , César t'eût confié sa cendre, Et c'est toi qu'eût pria Alexandre Pour lui tailler le mont Athos !

Juillet 1828.

tteutitème.

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