‹ Les feuilles d'automne: suivis de plusieurs piec̀es nouvellesChapitre 8 sur 23 · DEDAIN · texte numérisé non relu

DEDAIN

A LORD BTRON, EN 1811.

Yo contra todosjr todos contra yo»

Qui peut savoir combien de jalouses pensées, De haines, par Tenvie en tous lieux ramassées, De sourds ressentiments, d'inimitiés sans frein. D'orages à courber les plus sublimes têtes, Combien de passions, de fureurs, de tempêtes, Grondent autour de toi, jeune homme au front serein!

Tu ne le sais pas, toi ! — Car tandis qu'à ta base La gueule des serpents 8*élargit et s^écrase. Tandis que ces rivaux, que tu croyais meilleurs,

OIVZIÈHE. 55

Vont t^assiégeant en foule, ou dans la nuit secrète ^

Creusent maint piège infâme à ta marche distraite, i

Pensif, tu regardes ailleurs !

Ou8ii)iirfw leurs cris montent jusqu*à ton âme,

Si ta colère, ouvrant ses deux ailes de flamme, i

Yeut foudroyer leur foule acharnée à ton nom, ,

Avant que le volcan n*ait trouvé son issue,

Avant que tu n*ais mis la main à ta massue,

Tu te prends à sourire et tu dis : A quoi bon?

Puis voilà que revient ta chère rêverie, Famille, enfance, amour, Dieu, liberté, patrie : La lyre à réveiller; la scène à rajeunir; Napoléon, ce dieu dont tu seras te prêtre;' Les grands hommes, mépris du tempsf qui les voit naître, Religion de Tavenir !

Allez donc! ennemis de son nom ! foule vaine ! Autour de son génie épuisez votre haleine !

Recommencez toujours! ni trêve, ni remoi^d.

Allez, recommencez, veillez, et sans relâche Roulez votre rocher, refaites votre tâche. Envieux!...— Lui poète, il chante, Urêve, il dort.

Votre voix, qui s'aiguise et vibre comme un glaive, N'est qu'une voix de plus dans le bruit qu'il soulève. La gloire est un concert de mille échos épars, Chœurs de démons, accords divins, chants angéliques. Pareil au bruit que font^ans les places publiques Une multitude de chars.

56 LK8 FBUILLK8 D*AUT0HII1.

Il De VOUS connaît pas. — 11 dit iNir intenraOe^ Qu*il faut aux jours d*été Tnâgre cri des cigales, L^épine à mainte fleur; que c'est le sort oDimnâo ; Que ce serait pitié d'écraser la cigale; Que le trop bien est mal; que la rose au Bengale Pour être sans épine est aussi sans parfum.

Et puis, qu'importe! amis, ennemis, tout s'écoule; C'est au même tombeau que va toute la ftoule. Rien ne touche un esprit que Dieu même a saisi. Trôaes, sceptres, lauriers, temples, chars de victoire. On ferait à des rois des couronnes de gloire De tout ce qu'il dédaigne ici !

Que lui font donc ces cris où votre voix s'enroue ? Que sert au flot amer d'éciimer sur la proue? Il ignore vos noms, il n'en a point souci, Et quand pour ébranler l'édifice qu^il fonde, La sueur de vos fronts ruisselle et vous inonde. Il ne sait même pas qui vous fatigue ainsi !

Puis, quand il le voudra, scribes, docteurs, poètes, Il sait qu'il peut, d'un souffle, en vos bouches muettes

Éteindre vos clameurs.

Et qu'il emportera toutes vos voix ensemble Gomme le vent de mer emporte où bon lui semble

La chanson des rameurs î

En vain vos légions l'environnent sans nombre, à se lever pour couvi À la fois tous vos froi

Il n'a qu'à se lever pour couvimde son ombre

>dff;

OFIZIÈHE. 57

H n*a qu*à dire un mot pour couvrir vos voix grêles, Gomme un char en passant couvre le bruit des ailes De mille moucherons !

Quand il veut, vos flambeaux, sublimes auréoles Dont vous illuminez vos temples, vos idoles.

Vos dieux, votre foyer, Phares éblouissants, clartés universelles.

Pâlissent à réclat des moindres étincelles

Du pied de son coursier !

Avril id3o.

Bùxxixmt.

In God ië ail.

Dbvisb du Saltow.

toi qui si longtemps vis luire à mon côté y

Le jour égal et pur de la prospérité,

Toi qui, lorsque mon âme allait de doute en doute,

Et comme un voyageur te demandait sa route,

Endormis sur ton sein mes réyes ténébreux,

Et pour toute raison disais : Soyons heureux !

Hélas ! 6 mon amie, hélas ! voici qiie Tombre

Envahit notre ciel, et que la vie est sombre ;

Voici que le malheur s^épanche lentement

Sur Tazur radieux de notre firmament;

Voici qu'à nos regards s'obscurcit et recule

Notre horizon, perdu dans un noir crépuscule ;

Or, dans ce ciel, où va la nuit se propageant,

Gomme un oeil lumineux, vivant, intelligent,

Vois-tu briller là-bas cette profonde étoile ?

Des mille vérités que le bonheur nous voile.

C'est une qui parait ! c'est la première encor

DODZIÈUE. 50

Qui nous ait éblouis de sa lumière d*or!

Notre ciel, que déjà la sombre nuit réclame , If a plus assez d*éclat pour cacher cette flamme. Et du sud, du couchant, ou du septentrion, Chaque ombre qui survient donne à Tastre un rayon. Et plus viendra la nuit, et plus, à plis funèbres. S'épaissiront sur nous son deuil et ses ténèbres , Plus dans ce ciel sublime, à nos yeux enchantés En fioule apparaîtront de splendides clartés! Plusnous verrons dans Tombre, où leur loi les rassemble, Toutes les vérités étinceler ensemble.

Et graviter autour d*un centre impérieux , Et rompre et renouer leur chœur mystérieux !

Cette fatale nuit, que le malheur amène , Fait voir plus clairement la destinée humaine , Et montre à ses deux bouts écrits en traits de feu, / Ces mots : Ame immortelle ! éternité de Dieu !

Car tant que luit le jour, de son soleil de flamme 11 accable nos yeux, il aveugle notre âme , Et nous nous reposons dans un doute serein Sans savoir si le ciel est d*azur ou d'airain. Mais la nuit rend aux cieux leurs étoiles, leurs gloires v Candélabres que Dieu pend à leurs voûtes noires. Uœil dans leurs profondeurs découvre à chaque pas Mille mondes nouveaux qu'il ne soupçonnait pas , Soleils plus flamboyants, plus chevelus dans Tombre , Qn'en Tabime sans fin il voit luire sans nombre!

AoAt 1^7Q.

^vmimt.

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