‹ Les feuilles d'automne (volume 2)Chapitre 16 sur 38 · JÉSUS · texte numérisé non relu

JÉSUS

Laissez. — Tous ces enfants sont blen IA. — Qui vous dit Que la bulle d'azur que mon souffle agrandit

À leur souffle indiscret s'écroule?

Qui vous dit que leurs voix, leurs pas, leurs jeux, leurs cris. Effarouchent la muse et chassent les péris? —

Venez, enfants, venez en foule!

Venez autour de moi! Riez, chantez, courez!

Votre œil me jettera quelques rayons dorés, Votre voix charmera mes heures.

C'est la seule, en ce monde où rien ne nous sourit, Qui vienne du dehors sans troubler dans l'esprit Le chœur des voix intérieures.

Fâcheux, qui les vouliez écarter !— Croyez-vous Que notre cœur n’est pas plus serein et plus doux Au sortir de leurs jeunes rondes?

Croyez-vous que j'ai peur quand je vois au milieu De mes rêves rougis ou de sang ou de feu Passer toutes ces têtes blondes?

La vie est-elle donc si charmante à vos yeux, Qu'il faille préférer à tout ce bruit joyeux Une maison vide et muette?

N'ôtez pas, la pitié même vous le défend, Un rayon de soleil, un sourire d’enfant Au ciel sombre, au cœur du poëtel

— Mais ils s’effaceront à leurs bruyants ébats, Ces mots sacrés que dit une muse tout bas, Ces chants purs où l'âme se noie? — Eh! que m'importe à moi, muse, chants, vanité. Votre gloire perdue et l'immortalité, Si j'y gagne une heure de joie!

La belle ambition et le rare destin!

Ghanter! toujours chanter pour un écho lointain! Pour un vain bruit qui passe et tombel Vivre abreuvé de fiel, d’'amertume et d’ennuis! Expier dans ses jours les rêves de ses nuits! Faire un avenir à sa tombe!

Oh! que j'aime bien mieux ma joie et mon plaisir Et toute ma famille avec tout mon loisir,

Dût la gloire ingrate et frivole, Dussent mes vers, troublés de ces ris familiers, S'enfuir, comme devant un essaim d'’écoliers

Une troupe d’oiseaux s’envole!

Mais non. Au milieu d’eux rien ne s'évanouit. L'orientale d’or plus riche épanouit Ses fleurs peintes et ciselées,

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