‹ Les feuilles d'automne (volume 2)Chapitre 25 sur 38 · DIDEROT · texte numérisé non relu

DIDEROT

Enfant ! sf j'étais rol, je donnerais l'empire, Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux. Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre, Et mes flottes, à qui la mer ne peut sufiire, Pour un regard de vous!

Si j'étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,

Les anges, les démons courbés devant ma loi,

Et le profond chaos aux entrailles fécondes,

L’éternité, l’espace, et les cieux et les mondes, Pour un baiser de toil

8 mai 1829.

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Oh! qui que vous soyez, jeune ou vieux, riche ou sage,

Si jamais vous n’avez épié le passage,

Le soir, d’un pas léger, d’un pas mélodieux,

D'un voile blanc qui glisse et fuit dans les ténèbres, Et, comme un météore au sein des nuits funèbres, Vous laisse dans le cœur un sillon radieux;

Si vous ne connaissez que pour l’entendre dire

Au poëte amoureux qui chante et qui soupire,

Ce suprême bonheur qui fait nos jours dorés,

De posséder un cœur sans réserve et sans voiles, De n'avoir pour flambeaux, de n’avoir pour étoiles, De n’avoir pour soleils que deux yeux adorés;

Si vous n’avez jamais attendu, morne et sombre, Sous les vitres d’un bal qui rayonne dans l'ombre, L'heure où pour le départ les portes s'ouvriront,

Pour voir votre beauté, comme un éclair qui brille, Rose avec des yeux bleus et toute jeune fille, Passer dans la lumière avec des fleurs au front;

Si vous n’avez jamais senti la frénésie

De voir la main qu’on veut par d'autres mains choi ie, De voir le cœur aimé battre sur d’autres cœurs,

Si vous n’avez jamais vu d'un œil de colère

La valse impure, au vol lascif et circulaire,

Effeuiller en courant les femmes et les fleurs ;

Si jamais vous n’avez descendu les collines,

Le cœur tout débordant d'émotions divines;

Si jamais vous n’avez, le soir, sous les tilleuls, Tandis qu’au ciel luisaient des étoiles sans nombre, Aspiré, couple heureux, la volupté de l'ombre, Cachés, et vous parlant tout bas, quoique tout seuls;

Si jamais une main n’a fait trembler la vôtre;

Si jamais ce seul mot qu'on dit l’un après l’autre,

Je l'aime ! n’a rempli votre âme tout un jour;

Si jamais vous n’avez pris en pitié les trônes

En songeant qu’on cherchait les sceptres, les couronnes, Et lagloire, et l'empire, et qu’on avait l'amour!

La nuit, quand la veilleuse agonise dans l’urne, Quand Paris, enfoui sous la brume nocturne Avec la tour saxonne et l’église des Goths, Laisse sans les compter passer les heures noires Qui, douze fois, semant les rêves illusoires, S'envolent des clochers par groupes inégaux ;

Si jamais vous n’avez, à l’heure où tout sommeille, Tandis qu’elle dormait, oublieuse et vermeille, Pleuré comme un enfant à force de souffrir,

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