‹ Les feuilles d'automne (volume 2)Chapitre 26 sur 38 · OH! QUI QUE VOUS SOYEZ · texte numérisé non relu

OH! QUI QUE VOUS SOYEZ

Crié cent fois son nom du soir jusqu’à l’aurore, Et cru qu’elle viendrait en l'appelant encore, Et maudit votre mère, et désiré mourir;

Si jamais vous n’avez senti que d’une femme

Le regard dans votre âme allumait une autre âme, Que vous étiez charmé, qu'un ciel s'était ouvert, Et que pour cette enfant, qui de vos pleurs se joue, Il vous serait bien doux d’expirer sur la roue... Vous n’avez point aimé, vous n’avez point souffert!

Novembre 1531.

Madame, autour de vous tant de grâce étincelle, Votre chant est si pur, votre danse recèle Un charme si vainqueur, Un si touchant regard baigne votre prunelle, Toute votre personne a quelque chose en elle De si doux pour le cœur,

Que lorsque vous venez, jeune astre qu’on admire, Éclairer notre nuit d’un rayonnant sourire

Qui nous fait palpiter, Comme l’oiseau des bois devant l’aube vermeille, Une tendre pensée au fond des cœurs s’éveille

Et se met à chanter!

Vous ne l’entendez pas, vous l’ignorez, madame.

Car la chaste pudeur enveloppe votre âme

| De ses voiles jaloux,

Et l’ange que le ciel commit à votre garde

N'a jamais à rougir quand, rêveur, il regarde Ce qui se passe en vous.

22 avril 183L

ne Che, come vedi ancor non m'abbandona. k.

DanTE.

Contempler dans son bain sans voiles Une fille aux yeux innocents;

Suivre de loin de blanches voiles; Voir au ciel briller les étoiles

Et sous l’herbe les vers luisants;

Voir autour des mornes idoles

Des sultanes danser en rond;

D'un bal compter les girandoles; La nuit, voir sur l’eau les gondoles Fuir avec une étoile au front;

Regarder la lune sereine; Dormir sous l’arbre du chemin; Être le roi lorsque la reine,

Par son sceptre d’or souveraine, L’est aussi par sa blanche main;

Ouïr sur les harpes jalouses

Se plaindre la romance en pleurs; Errer, pensif, sur les pelouses,

Le soir, lorsque les Andalouses

De leurs balcons jettent des fleurs;

Rêver, tandis que les rosées Pleuvent d’un beau ciel espagnol, Et que les notes embrasées S'épanouissent en fusées

Dans la chanson du rossignol;

Ne plus se rappeler le nombre

De ses jours, songes oubliés; Suivre fuyant dans la nuit sombre Un esprit qui traîne dans l'ombre Deux sillons de flamme à ses pieds;

Des boutons-d’or qu’avril étale Dépouiller le riche gazon; Voir, après l'absence fatale, Enfin de sa ville natale Grandir la flèche à l’horizon;

Non, tout ce qu'a la destinée

De biens réels ou fabuleux

N'est rien pour mon âme enchainée, Quand tu regardes inclinée

Mes yeux noirs avec tes yeux bleus!

12 septembre 1848.

Oh! les tendres propos et les charmantes choses Que me disait Aline en la saison des roses!

Doux zéphyrs qui passiez alors dans ces beaux lieux, N'eu reporuez-vous rien à l'oreille des dieux ?

Page 1