BIÈVRE
Un horizon fait à souhait pour le plaisir des yeux. ; FÉNELON. |
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Oui, c’est bien le vallon! le valion calme et sombre! Ici l'été plus frais s’épanouit à l'ombre.
Ici durent longtemps les fleurs qui durent peu.
Ici l’âme contemple, écoute, adore, aspire,
Et prend pitié du monde, étroit et fol empire
Où l’homme tous les jours fait moins de place à Dieu.
Une rivière au fond, des bois sur les deux pentes. Là, des ormeaux, brodés de cent vignes grimpantes, Des prés, où le faucheur brunit son bras nerveux; Là, des saules pensifs qui pleurent sur la rive,
Et, comme une baigneuse indolente et naïve, Laissent tremper dans l’eau le bout de leurs cheveux.
Là-bas, un gué bruyant dans des eaux poissonneuses Qui montrent aux passants les jambes des faneuses;
Des carrés de blé d’or; des étangs au flot clair;
Dans l'ombre, un mur de craie et des toits noirs de suie; Les ocres des ravins, déchirés par la pluie ;
Et l’aqueduc au loin qui semble un pont de l’air.
Et, pour couronnement à ces collines vertes.
Les profondeurs du ciel toutes grandes ouvertes, Le ciel, bleu pavillon par Dieu même construit, Qui, le jour, emplissant de plis d’azur l’espace, Semble un dais suspendu sur le soleil qui passe, Et dont on ne peut voir les clous d’or que la nuit.
Oui, c’est un de ces lieux où notre cœur sent vivre Quelque chose des cieux qui flotte et qui l’enivre; Un de ces lieux qu'’enfant j'aimais et je rêvais, Dont la beauté sereine, inépuisable, intime,
Verse à l’âme un oubli sérieux et sublime
De tout ce que la terre et l'homme ont de mauvais.
Si dès l’aube on suit les lisières
Du bois, abri des jeunes faons,
Par l’âpre chemin dont les pierres Offensent les mains des enfants,
A l'heure où le soleil s'élève,
Où l’arbre sent monter la sève,
La vallée est comme un beau rêve; La brume écarte son rideau; Partout la nature s’éveille;
La fleur s'ouvre, rose et vermeille; La brise y suspend une abeille,
La rosée une goutte d’eau.
Et dans ce charmant paysage Où l'esprit flotte, où l’œil s’enfuit,