‹ Les feuilles d'automne (volume 2)Chapitre 7 sur 38 · CE QU'ON ENTEND SUR LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

CE QU'ON ENTEND SUR LA MONTAGNE

Et moi je croyais voir, vers le couchant en feu, Sous sa crinière d’or passer la main de Dieu.

Cependant, à côté de l’auguste fanfare,

L'autre voix, comme un cri de coursier qui s'elfure, Comme le gond rouillé d’une porte d’enfer,

Comme l’archet d’airain sur la lyre de fer, Grinçait; et pleurs, et cris, l’injure, l’anathème, Refus du viatique et refus du baptême,

Et malédiction, et blasphéme, et clameur.

Dans le flot tournoyant de l’'humaine rumeur, Passaient, comme le soir on voit dans les vallées De noirs oiseaux de nuit qui s’en vont par volées. Qu’était-ce que ce bruit dont mille échos vibraient Hélas! c'était la terre et l’homme qui pleuraient.

Frères! de ces deux voix étranges, inouïies, Sans cesse renaissant, sans cesse évanouies, Qu'écoute l'Éternel durant l'éternité,

L'une disait : NATURE! et l’autre : HUMANITÉ!

Alors je méditai; car mon esprit fidèle,

Hélas! n'avait jamais déployé plus grande aile;

Dans mon ombre jamais n’avait lui tant de jour,

Et je rêvai longtemps, contemplant tour à tour, Après l’abîme obscur que me cachait la lame, L'autre abîme sans fond qui s’ouvrait dans mon âme. Et je me demandai pourquoi l’on est ici,

Quel peut être après tout le but de tout ceci,

Que fait l’âme, lequel vaut mieux d’être ou de vivre, Et pourquoi le Seigneur, qui seul lit à son livre, Mèle éternellement dans un fatal hymen

Le chant de la nature au cri du genre huinain.

27 juillet 1829.

GEUR

UN VOYA

L'une partie du monde ne sait point comme

l'autre vit et se gouverne.

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