‹ Les feuilles d'automne (volume 3)Chapitre 4 sur 48 · A PROPOS D*UN ROI · texte numérisé non relu

A PROPOS D*UN ROI

Voitures et chevaux à grand bruit, l'autre jour,

Menaient le roi de Naple au gala de la cour.

J'étais au Carrousel , passant avec la foule

Qui par ses trois guichets incessamment s'écoule

Et traverse ce lieu quatre cents fois par an

Pour regarder un prince ou voir l'heure au cadran.

Je suivais lentement, comme l'onde suit l'onze,

Tout ce peuple, songeant qu'il était dan& lemonde,

Certes , le fils atné du vieux peuple romain ,

liit qu'il avait un jour, d'un revers de sa main^

Déraciné da sol Jes tours de la Bastille.

Je m'arrêtai : le suisse avait fermé la grille.

Et le tambour battait , et parmi les bravos Passait chaque voiture avec ses huit chevaux. La fanfare emplissait la vaste cour, jonchée D'officiers redressant leur tète empanachée ; £t les royaux coursiers marchaient sans s'étonner , Fiers de voir devant eux des drapeaux s'incliner. Or, attentive au bruit, une femme, une vieille, £n haillons, et portant au bras quelque corbeille. Branlant son chef ridé , disait à haute voix :

— Un roi! sous l'empereur, j'en ai tant vu , des rois!

Alors je ne vis plus des voitures dorées La haute impériale et les rouges livrées, Et tandis que passait et repassait cent fois Tout ce peuple inquiet plein de confuses voix , Je rêvai. Cependant la vieille vers la Grève Poursuivait son chemin en me laissant mon rêve. Comme l'oiseau qui va, dans la forêt lâché.

Laisse trembler la feuille où son aile a touché.

— Oh ! disais-je, la main sur mon front étendue, Philosophie, au bas du peuple descendue !

Des petits sur les grands grave et hautain regard I

Où ce peuple est venu, le peuple arrive tard;

Mais il est arrivé. Le voilà qui dédaigne!

Il n'est rien qu'il admire, ou qu'il aime, ou qu'il craigne.

11 sait tirer de tout d'austères jugements ,

Tant le marteau de fer des grands événements

A , dans ces durs cerveaux qu'il façonnait sans cesse ,

Comme un coin dans le chêne enfoncé la sagesse !

Il s'est dit tant de fois : — Où le monde en est-il ? Que font les rois? à qui le trône? à qui l'exil? — Qu'il médite aujourd'hui comme un juge suprême , Sachant la fin de tout, se croyant en soi-même Assez fort pour tout voir et pour tout épargner. Lui qu'on n'exile pas et qui laisse régner!

La cour est en galal pendant qu'au-dessous d'elle, Comme sous le vaisseau l'Océan qui chancelle , Sans cesse remué, gronde un peuple profond Dont nul regard de roi ne peut sonder le fond.

Démence et trahison qui disent sans relâche -. — O rois , vous êtes rois ! confiez votre tâche Aux mille bras dorés qui soutiennent vos pas. Dormez , n'apprenez point et ne méditez pas , De peur que votre front , qu'un prestige environne , Fasse en s'élargissant éclater la couronne !

O rois, veillez, veillez! tâchez d'avoir régné. Ne nous reprenez pas ce qu'on avait gagné; Ne faites point , des coups d'une bride rebelle , Cabrer la liberté qui vous porte avec elle ; Soyez de votre temps, écoutez ce qu'on dit.

Et tâchez d'être grands, car le peuple grandit.

Écoutez, écoutez, à l'horizon immense.

Ce bruit qui parfois tombe et soudain recommence ,

Ce murmure confus, ce sourd frémissement

Qui roule et qui s'accroît de moment en moment.

C'est le peuple qui vient ! c'est la haute marée

Qui monte incessamment par son astre attifée.

Chaque siècle, à son tour, qu'il soit d'or ou de fer.

Dévoré comme un cap sur qui monte la mer,

Avec ses lois, ses mœurs, les monuments qu'il fonde,

Vains obstacles qui font à peine écumer Tonde ,

Avec tout ce qu'on vit et qu'on ne verra plus,

Disparaît sous ce flot qui n'a pas de reflux !

Le sol toujours s'en va, le flot toujours s'élève.

Malheur à qui le soir s'attarde sur la grève,

£t ne demande pas au pêcheur qui s'enfuit

D'où vient qu'à l'horizon on entend ce grand bruit !

Rois , hâtez-vous ! rentrez dans le siècle où nous sommes ,

Quittez l'ancien rivage ! — A cette mer des liommes

Faites place ^ ou voyez si vous voulez périr

Sur le siècle passé que son flot doit couvrir!

Ainsi ce qu'en passant avait dit cette femme Remuait mes pensers dans le fond de mon âme , Quand un soldat soudain , du poste détaché , Me cria : — Cooipagnon, le soleil est couché.

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De todo, nada. De todo«, nadie.

CALDBRON.

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Que t'importe, mon coeur, ces naissances des rois, Ces Yictoires qui font éclater à la fois

Cloches et canons en volées, Et louer le Seigneur en pompeux appareil ; Et la nuit , dans le ciel des villes en éveil ,

Monter des gerbes étoilées?

Porte ailleurs ton regard sur Dieu seul arrêté ! Rien ici-bas qui n'ait en soi sa vanité :

La gloire fuit à tire d'aile; Couronnes , mitres d'or , brillent , mais durent peu ; Elles ne valent pas le brin d'herbe que Dieu

Fait pour le nid de l'hirondelle !

Hélas! plus de grandeur contient plus de néant! La bombe atteint plutôt l'obélisque géant Que la tourelle des colombes.

LES FEUILLES D'ALTOMNE. 25

C'est toujours par la mort que Dieu s'unit aux rois ; Leur couronne dorée a pour fatte sa croix , Son temple est payé de leurs tombes.

Quoi! hauteur de nos tours, splendeur de nos palais, Napoléon, César, Mahomet, Périclès,

Rien qui ne tombe et ne s'efface !

Mystérieux abime où l'esprit se confond!

A quelques pieds sous terre un silence profond ,

Et tant de bruH à la surface !

Jain 1830.

aUitudu!

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