LE« FEUILLES
Et que je me jouais sur son dos iadulgent De Fe'paolette d'or aux étoiles d'ai^ent.
Mon père secoua la tète sans réponse.
Mais souvent une idée en notre esprit s'enfonce , Ce qui nous a frappés nous reirieni par momens ^ Et Fenfance naiVe a ses étonneniens.
Le lendemain , pour voir le soleil qui s'incline 'y J'avais suivi mon père au haut de la colline Qui domine Paris du côté du levant , Et nous allions tous deux , lui pensant , moi rêvant. Cet homme en mon esprit restait ommie un prodige y Et parlant à mon père : a mon père y lui dis-je y
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Pourquoi notre empereur, cet envoyé de Dieu , Lui qui fait tout mouvoir et qui met tout en feu ^ ' A-t-il ce regard froid et cet air immobile? » — Mon père dans ses mains prit ma tête deTjilc , * Et me montrant au loin Thorizon spacieux :
— « Vois , mon fils î cette terre , immobile à tes yeux , Plus queFair, plus que Tonde et la flanune est emuc , Car le germe de tout dans son ventre remue.
Dans ses flancs te'ne'breux , nuit et jour, en rampant , Elle sent se plonger la racine , serpent Qui s'abreuve aux ruisseaux des sèves toujours prêtes^ Et fouille et boit sans cesse avec ses mille têtes. Mainte flamme y ruisselle , et tantôt lentement Imbibe le cristal qui devient diamant , Tantôt dans quelque mine eTDlouissante et sombre , Allume des monceaux d'escarboucles sans nombre, Ou , s' échappant au jour, plus magnifique encor. Au front du vieil Etna met une aigrette d'or.
Toujours l'intërieur de la terre travaille.
Son flanc universel incessamment tressaille.
Croutte à goutte , et sans bruit qui réponde à son bruit ^ La source de tout fleuve y filtre dans la nuit. Elle porte à la fois , sur sa face où nous sonunes^ Les bl^ et les cités , les forêts et les bonmies. Vois , tout est vert au loin , tout rit , tout est vivant. Elle livre le cbénc et le brin d'herbe au vent. Les fruits et les épis la couvrent à cette heure. Hé bien ! déjà , tandis que ton regard l'effleure , Dans son sein , que n'épuise aucun enfantement ^ Les futures moissons tremblant confusément !
» Ainsi travaille , enfant , l'ame active et féconde Du poète qui crée et du soldat qui fonde.
Mais ils n'en font rien voir. Delà flanune à pleins bords Qui les brûle au dedans, rien ne luit au dehors.
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Ainsi Napoléon , que Te'clat environne Et qui lit tant de bruit en forgeant sa couronne , Ce chef que tout célèbre , et que pourtant tu vois , Immobile et muet , passer sur le pavois , Quand le peuple Fe'treint , sent en lui ses pense'es , Qui Fe'treignent aussi, se mouvoir plus pressées. Déjà peut-être en lui mille choses se font , Et tout l'avenir germe en son cerveau profond. Déjà , dans sa pensée immense et clairvoyante , L'Europe ne fait plus qu'une France géante , Berlin, Stamboul, Madrid, Moscou, Londres, Milaa, Viennent rendre à Paris hommage une fois l'an , Le Vatican n'est plus que le vassal du Louvre , La terre a chaque instant sous les vieux trônes s'ouvre , Et de tous leurs débris sort pour le genrç humain Un autre Charlemagne, un autre globe en mûn! ^ Et , dans le même esprit où ce grand dessein roulç^, lies bataillons futurs déjà marchent en foule ,
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Le conscrit r^ignéy sous un ayis frécjoenty Se dresse , le tambour résonne au front du camp y D'ouvriers et d'outib Cherbourg couvre sa grève, Le vaisseau colossal sur le chantier s'élève, L'obusier rouge encor sort du fourneau qui bout^ Une marine flotte, une armée est debout !
Car la guerre toujours l'illumine et l'enflamme , Et peut-être déjà, dans la nuit de cette ame , Sous ce crâne, où le monde en silence est couvé,, D'un second Austerlitz le soleil s'est levé ! »
Plus tard , une autre fois , je vis passer cet htnnme, Plus grand dans son Pans que César da«s sa Rome. Des discours de mon père alors je me souvins. On l'entourait encor d'honneurs prescrue divins , Et je lui retrouvai , rêveur à son passage , Et la même pensée et le même visage.
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Il méditait toujours son projet surhumain.
Cent aigles l'escortaient en empereur romain. Ses rëgimens marcHaient, enseignes déployées; Ses lourds canons , baissant leurs bouches essuyées , Gouraient , et traversant la foule aux pas confus , Avec un bruit d'airain sautaient sur leurs affûts. Mais bientôt , au soleil , cette tête admirée Disparut dans un flot de poussière dorée ^ Il passa. Cependant son nom sur la cité Bondissait, des canons aux cloches rejeté ; Son cortège emplissait de tumulte les rues ; Et par mille clameurs de sa présence accrues ,^ Par mille cris de joie et d'amour furieux y Le peuple saluait ce passant glorieux!
Novembre 1830.
Ave , Muria , gratiâ plene*
A MABAMS wukwamm.
Oh ! TOti« œil est timide et yoli« front est doux ; Mais quoique par pudeur et par pitië pour bous y
Vous teniez secrète votre ame , Quand du souffle d'en baut yotre cœur est toudbë,
Votre cœur^ comme un feu sous la cendre cuvhé , Soudain étincelle et s'enflamme.
Élevez-la souvent cette voix qui se tait.
Quand vous vîntes au jour un rossignol chantait ;
Un astre charmant vous vit naître. ' Enfant, pour vous marquer du poe'tique sceau , . Vous eûtes au chevet de votre heureux berceau
Un dieu , votre père peut-être !
Deux vierges y Poésie et Musique y deux sœui^ , Vous font une pensée infinie en douceurs ;
Votre génie a deux aurores ^ Et votre esprit tantôt s'épanche en vers touchans ,
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Tantôt sur la davier^ qui frémit sous vos chants y S'éparpille en notes sonores !
Oh ! vous faites rêver le poète , le soir !
Souvent il songe à vous lorsque le ciel est noir,
Quand minuit de'roule ses voiles; Car l'ame du poète, ame d'ombre et d'amour, Est une fleur des nuits qui s'ouvre après le jour
Et s'épanouit aux étoiles !
Dcceinbre 1830.
Qui donne an pauvre prête à Dieu.
VOUm URS VAUVABS.
Dans vos fîtes d'hiver, riches y heureux du monde,
Quand le bal tournoyant de ses feux vous inonde ,
Quand partout à Fentour de vos pas vous voyez
Briller et rayonner cristaux, miroir, balustres,
Gandélalnres ardens , cercle e'toilë des lustres , Et la danse y et la joie au front des convies ;
Tandis qu'un timbre d'or sonnant dans vos demeures Vous change en joyeux chant la voix grave des heures; Oh ! songezrvouf parfois que , de ûdm dévore, Peut-être un indigent dans les carrefours sombres S'arrête., et voit danser vos lumineuses ombres Aux vitres du salon doré?
Songez-vous qu'il est là sous le givre et la neige , Ce père sans travail que la famine assiège ?
Et qu'il se dit tout bas : « Pour un seul quç de biens I » A son large festin que agamis se récrient !
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y> Ce riche eéi hieù henrevLX , ses enhns lui sourient ! » Rien que <lans leurs jouets (|ue de pain pour les miens ! »
Et puis à Totre fête il eompÂre en sGtï ame Son foyer où jamais ne rayonne une flamme , Ses cnfans affama , et leur mère en lambeau , Et, sur un peu de paille, étendue et muette, L'a'eiile , que Fhiver, liëlas ! a déjà faite Assez froide pour le tombeau ! .
Car Dieu mit ce» degrés aux fortunes humaines. Les uns vont tout couibés sous le fardeau des peines^ Ali banquet du bonheur bien peu sont convia.
Tous n'y sont point assis également à Taise.
9â LES FEUILLES
Une loi , qui d'en bas senable injuste et mauvaise j Dit aux uns : Jouissez! aux autres : Enviez!
Cette pensée est sombre ^ amère , inexorable y Et fermente en silence au cœur du misérable.
Ricbfîs , beureux du jour/ qu'endort la voIupte% Que ce ne soit pas lui qui des mains vous arracbe Tous ces biens superflus où son regard s'attache } Oh ! que ce soit la charité !
L'ardente charité que le pauvre idolâtre !
Mëre de ceux pour qui la fortune est marâtre, Qui relève et soutient ceux qu'on foule en passant , Qui , lorsqu'il le faudra y se sacrifiant toute ,
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Comme le Dieu martyr dont elle suit la route , Dira : <c Buvez ! mangez ! c'est ma chair et mon sang. »
Que ce soit elle , oh ! oui ^ riches ! que ce soit elle Qui, bijoux , diamans , rubans , hochets , dent^ , Perles, saphirs, joyaux toujours&ux, toujours vains, Pour nourrir l'indigent et pour sauver vos âmes. Des bras de vos en&ns et du sein de vos femmes Arrache tout à pleines mains !
Donnez , riches ! L'aumône est sœur de la prière. Hélas ! quand un vieillard sur votre seuil de pierre , Tout roidi jfer l'hiver, en vain tombe à genoux^ Quand les petits enûtns , les mains de froid rougies.