‹ Les feuilles d'automne (volume 5)Chapitre 22 sur 30 · TOME II. 4Ô · texte numérisé non relu

TOME II. 4Ô

La brise y suspend une abeille y I^ rosée une goutte d'eau î

£t dans ce charmant paysage Où l'esprit flotte , où l'œil s'enfuit , Le buisson , l'oiseau de passage , L'herbe qui tremble et qui reluit , Le vieil arbre que l'âge ploie , Le donjon qu'un moulin coudoie , Le ruisseau de moire ou de soie, ' Le champ où dorment les aïeux , Ce qu'on voit pleurer ou sourire , Ce qui chante et ce qui soupire , Ce qui parle et ce qui respire , Tout fait un bruit harmonieux !

d'automne. 1 1 1

Et si le soir , après mille errantes pensées , De sentiers en sentiers en marcliant dispersées , Du haut de la colline on descend vers ce toit Qui vous a tout le jour , dans votre rêverie , Fait regarder en bas , au fond de la prairie , Gomme une belle fleur q[u'on voit ;

Et si vous êtes là , vous dont la main de flamme Fait parler au clavier la langue de votre ame; Si c'est un des momens , doux et mysteneux , Où la musiqpie , esprit d'extase et de délire ,

lia L£S FEUILLES

Dont les ailes de feu font le bruit d'une lyre ^ Rëverbère en vos chants la splendeur de vos yeux ;

Si les petits enfans , qui vous cherchent sans cesse y Mêlent leur joyeux rire au chant qui vous oppresse ; Si votre noble père , à leurs jeux turbulens , Sourit , en écoutant votre hymne commencée , Lui, le sage et l'heureux , dont la jeune pensée Se couronne de cheveux blancs;

Alors , à cette voix qui remue et pénètre , Sous ce ciel étoile qui luit à la fenêtre , On croit à la £sunille , au repos , au bonheur; Le cœur se fond en joie , en amour , en prière ; On sent venir des pleurs au bord de sa paupière; On lève au ciel les mains en s'écriant : Seigneur ! '

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Et Ton ne songe plus , tant notre ame saisie Se perd dans la nature et dans la poésie , Que tout près , par les bois et les ravins cache' , Derrière le ruban de ces collines bleues , A quatre de ces pas que nous nommons des lieues y Le géant Paris est couché !

On ne s'informe plus si la ville fatale ,

Du monde en fusion ardente capitale,

Ouvre et ferme à tel jour ses cratères fumans;

HA LES FEUILLES d' AUTOMNE.

Et de quel air les rois , à l'instant où nous sommes^ Regardent bouillonner dans ce vësuve d'hommes La laye des ëyénemens !

Juillet 1851.

SOLEILS COUGHANS.

Merveilleux tableaux que la vue découvre a la pensée. — Cn. Nodier. —

J'aime les soirs sereins et beaux , j'aime les soirs , Soit qu'ils dorent le front des antiques manoirs

Ensevelis dans les feuillages; Soit que la brume au loin s'allonge en bancs de feu ;

118 LES FKUILLES

Soit que mille rayons brisent dans un ciel bleu A des archipels de nuages.

Oh ! regardez le ciel ! cent nuages mouyans Amoncelës là-haut sous le souffle des vents ,

Groupent leurs formes inconnues ; Sou s leurs flots par momens flamboie un pâle ëdair, (ioinme si tout à coup quelque géant de F air

Tirait son glaive dans les nues.

Le soleil , à travers leurs ambres , brtUe encor ; Tantôt, £ait , à T^al des larges dômes d*or ,

Luire le toit d'une chaïunière ; Ou dispute aux brouillards les vagues horizons ;

d'automne. 110

Ou dëcoupe , en tombant sur les sombres gazons , Comme de grands lacs de lumière.

Puis voilà qu'on croit voir , dans le ciel balaye'. Pendre un grand crocodile au dos large et raye' ,

Aux trois rangs de dents acërëes j Sous son ventre f^ombé glisse un rayon du soir ; Cent nuages ardens luisent sous son flanc noir

Comme des écailles dorées.

Puis se dresse im palais; puis l'air tremble,et tout fuit . L'e'difice effrayant des nuages détruit

S'écroule en ruines pressées ; Il jonche au loin le oid , et ses cônes vermeils

ISO LES FKU1LLES

Pendent, la pointe en bas , sur nos tètes , pareils A des montagnes renversées.

Ces nuages de plomb , d'or , de cuivre , de fer , Où l'ouragan , la trombe , et la foudre , et Fenfer

Dorment avec de sourds murmures , G'estDicu quiles suspend en foule aux cieuxprofonds , Gomme un guerrier qui pend aux poutres des plafonds

Ses retentissantes armures !

Tout s'en va ! Le soleil y d'en haut précipite , Gomme un globe d'airain qui , rouge , est rejeté

Dans les fournaises remuées, En tombant sur leurs ilôts que son choc désunit ,

D!AUT01fNE. 1 SI

Fait en flocons de feu jaillir jusqu'au zënith L'ardente écume des nuées !

Oh ! contemplez le ciel ! et des qu'a fui le jour ^ En tout temps , en tout lieu , d'un ineffable amour^

Regardez à travers ses voiles; Un mystère est au fond de leur grave beauté , L'hiver, quandilssont noirs comme un linceul,rété,

Quand la nuit les brode d'étoiles.

Juin 1830.

Le jour s'enftût dts cieux^ sous leur transparent Toile De montras en momens se hasarde une étoile; La nuit, pas k pas, monte au trône obscur des soirs ; Un coin du ciel est brun, l'autre lutte avec t'ombre,

iU LES FEUILLES

Et déjà, succédant au couchant rouge et sombre , Le crépuscule gris meurt sur les coteaux noirs.

Et là-bas allumant ses vitres ëtoilëes , Avec sa cathédrale aux flèches dentelées ^ Les tours de son palais ^ les tours de sa prison y Avec ses hauts clochers , sa bastille obscurcie y Posée au bord du ciel comme une longue scie^ La ville aux mille toits découpe l'horizon.

Oh! qui m'emportera sur quelque tour sublime D'où la cité sous moi s^ôuvre comme un abîme ! Que j'entende y écoutant la viUe ou nous rampons , Mourir «a vaste voix, qui semble un cri de veuve,

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£t qui , le jour y gémit plus haut que le grand fleure ^ Le grand fleuve irrite luttant contre yingt ponts !

Que je Toie, à mes yeux en fuyant apparues^ Les étoiles des chars se croiser dans les rues , Et serpenter le peuple en l'e'troit carrefour, £t tarir la fumée au bout des cheminées , £t y glbsant sur le front des maisons blasonnees ^ Cent clartés naître , luire et passer tour à tour !

Que la vieille cité , devant moi , sur sa couche ,

S'étende , qu'un soupir s'échappe de sa bouche ,

Gomme si de fatigue on l'entendait gémir!

Que , veillant seul , debout sur son front que je foule,

Avec mille bruits soiirds d'ooéin et de foule , Je regarde à mes piedi la griante dormir !

Juilla 16â8.

Plus loin! allons plus loin! — Aux feux du couchant sombre J'aime à voir dans les champs croître et marcher mon ombre . Et puis , la ville est là ! Je l'entends , je la voi. Pour que j'écoute en paix ce que dit ma pensée ,

1S8 LES FEUILLES d' AUTOMNE.

Ce Paris y à la yoix cassée, Bourdonne encor trop près de moi.

Je yeux fuir assez loin pour qu'un buisson me cache Gebrouillard, cpie son front porte comme un panache, Ce nuage éternel sur ses tours arrêté } Pour que du moucheron , qui bruit et qui passe ,

L'humble et grêle murmure efface

La grande voix de la cité !

Août 1898.

Ob ! sur des ailes , dans ks nues , Laissez-moi fuir ! laissez-moi fuir !

Loin des régions inconnues C'est assez rêver et languir ! Laissez-moi fuir vers d'autres mondes.

C'est assez , dans les nuits profondes ,

Suivre un phare , cberclier un mot.

C'est assez de songe et de doute.

Cette voix c[ue d'en bas j'écoute , Peut-être on Fentend mieux là-haut.

Allons ! des ailes ou des voiles !

Allons ! un vaisseau tout arme I Je veux voir les autres étoiles Et la croix du sud enflammé.

Peut-être dans cette autre terre Trouve-t-on la clef du mystère Caché sons Tordre universel ^ Et peut-être aux fils de la lyre Est-il plus facile et lire Dans cette autre page du ciel I

Quel({uefois , sous les plis des nuages trompeurs y Loin dans Fair , à travers les brèches des vapeurs

Par le vent du soir remuées , Derrière les derniers brouillards; plus loin cncor ,

Apparaissent soudain les mille étages d'or D'un édifice de nuées;

Et l'œil épouyanté, par-delà tous nos cieux, Sur uneile de, l'air au vol audacieux,

Dans l'éther libre aventurée , L'œil croitvoirjusqu'aucielmonter^monter toujours, Avec ses escaliers , ses ponts , ses grandes tours ,

Quelque Babel démesurée !

Septembre 1828.

Le soleil s'est couche ce soir dans les nuëes^ Demain viendra Forage, et le soir, et la nuit;

Puis Taube , et ses clartés de vapeurs obstruées ; Puis les nuits , puis les jours, pas du temps qui s'enfuit !

Tous ces jours passeront; ils passeront en foule Sur la ùce des mers , sur la face des monts , Sur les fleuves d'argent , sur les forêts où roule Gomme un hynme confus des morts que nous aimons .

Et la face des eaux , et le Aront des montagnes , Rides et non vieillis , et les bois toujours verts S'iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes Prendra sans cesse auxmonts le flot qu'il donne aux mei^.

Mais moi , sous chaque jour courbant plus bas ma tête ,

d'automne. 135

Je passe , et refroidi sous ce soleil joyeux , Je m'en irai bientôt ^ au milieu de la fête ^ Sans que rien manque aumonde, immense et radieux!

AtHI 1829.

Oh ! Ulk not to me of a name grcat in story; The days of oor youth are the days of our glory, And the myrtle and Wy of syreet two-and-lwenty Art worth ail your laorels, though «Ter «o plenty.

— Btron

Un jour vient où soudain l'artiste généreux

A leur poids sur son front sent les ans plus nombreux.

Un matin il s'é?eille avec cette pensée :

— Jeunesse aux jours dorés , je t'ai donc dépensée ! Oh ! qu'il m'en reste peu ! Je vois du fond du sort^ Conmie un prodigue en pleurs le bois du coffire-fort! — Il sent, sous le soleil qui plus ardent s'épanche , Conmie à midi les fleurs , sa tête qui se penche ; Si d'aventure il trouve , en suivant son destin , Le gazon sous ses pas mouillé conmie au matin , Il dit y car il sait bien que son aube est passée : — C'est de la pluie , hélas ! et non de la rosée ! —

C'en est £s^t. Son génie est plus mûr désormais ; Son aile atteint peut-être à de plus ûers sommets ; La fumée est plus rare au foyer qu'il allume ; Son astre haut monté soulève moins de brume ; Son coursier applaudi parcourt mieux le champ-dosf Mais il n'a plus en lui , pour l'épandre à grands flots

d'automne. iÂi

Sur des œuyres , de grâce et d'amour couronnées , Le frais enchantement de ses jeunes années !

Oh ! rien ne rend cela ! — Quand il s'en va cherchant Ces pensers de hasard que l'on trouve en marchant , Et qvà font que le soir l'artiste chez son hôte Rentre le cœur plus fier et la tête plus haute ; Quand il sort pour rêver, et qu'il erre incertain , Soit dans tes pr^ lustres au gazon de satin , Soit dans un bois qu'emplit cette chanson sonore Que le fétit oiseau chante à la jeune aurore , Soit dans le carrefour bruyant tet fréquenté, — Car Paris et la foule ont aussi leur beauté , Et les passans ne sont, le soir, sur les quais sombres Qu'un flux et qu'un reflux de lumières et d'ombres; -- Toujours au fond de tout , toujours dans son esprit , Même quand l'art le tient , l'enivre et lui sourit;

14S LES FEUILLES d'aUTOMNE.

Même dans ses cbansons^ mitme dans ses pensées Les plus joyeusement écloses et bercées , Il retrouve, attristé, le regret morne et froid Du passé disparu, du passé, quel qu'il soit!

NuvctNhrc 1S51.

XXXYII.

Ora pro uobi*.

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