M LES FEUILLES
De la terre et des mers s'i^nchant jusqu'au ciel , Qui chantaient à la fois le chant universel^ Et je les distinguai axas la rumeur profonde Comme on voit deux courans qui se croisent sous l'onde .
L'une venait des mers ^ chant de gloire ! hymne heureux ! C'était la voix des flots qui se parlaient entre eux; L'autre, qui s'élevait de la terre où nous sommes , Était triste : c'e'lait le murmure des hommes } Et dans ce grand concert , qui chantait jour et nuit , Chaque onde avait sa voix et chaque homme sonbruit.
Or y comme je l'ai dit , l'océan magnifique Épandait une voix joyeuse et pacijGque , Chantait comme la harpe aux temples de Sion ,• Et louait la beauté de la création.
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Sa clameur , qu'emp<»:taient la bi^e et la ra£sde , laeessamme^ vers Dieu montait plus triomphale , Et diacun de ses flots, que Dieu seul peut dompter , Quaad l'autre avait uni , se levait pour chanter. Comme ce grand lion dont Daniel fut l'hôte , L'ocëan par momens abaissait sa voix haute ^ Et moi je croyais voir, vers le couchant en feu, Sous sa crinière d'or passer la main de Dieu.
Cependant, à côte de l'auguste fanfare, L'autïe voix, comme un cri de coursier qui s'eflfare, Comme le gond rouille' d'une porte d*enfer , Comme l'archet d'airain sur la lyre de fer , Gitnçait ^ et pleurs, et cris , l'injure , l'anathème , Refus du viatique et refus du baptême , Et malédiction , et blasphème , et clameur Dans le flot tournoyant de l'humaine rumeur ,
Passaient , comme le soir ob voit dans les Tallëes . De noirs oiseaux de nuit qui s'en yont par volées. Qu'ëtait-ce que ce bruit dont mille ëchos vibraient? He'las ! c'était la terre et Thonmie qui pleuraient.
Frères ! de ces deux voix étranges , inouies , Sans cesse renaissant , sans cesse évanouies , Qu'écoute l'éternel durant l'éternité , L'une disait : nature ! et l'autre : humanité !
Alors je méditai , car mon esprit fidèle , Hélas ! n'avait jamais déployé plus grande aile; Dans mon ombrç jamais n'avait lui tant de jour; Et je rêvai long-temps^ — contemplant tour à tour^ Après l'abîme obscur que me cachait la lame y L'autre abîme sans fond qui s'ouvrait dans mon ame.
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Et je me demandai pourquoi Fon est ici ,
Quel peut être après tout le but de tout ceci.
Que fait Famé , lequel vaut mieux d'être ou de vivre ,
Et pourquoi le Seigneur , qui seul lit à son livre ,
Mêle ëtemellement dans un fatal hymen
Le chant de la nature au cri du genre humain.
Juaict 18».
L'une partie da oioïkleiie tait point comme l'autre yit et se gouverne.
— Philippe de Comines.—
A Vm VOTAOBVm*
Ami , vous revenez d'un de ces longs voyages Qui nous font vieillir vite et nous changent en sages
Au sortir du berceau.
De tous les océans votre course a vu l'onde ,
Hëlas ! et vous feriez une ceinture au monde Du sillon du yaisseau.
Le soleil de yingt cieux a mûri votre vie.
Partout où vous mena votre inconstante envie ,
Jetant et ramassant , Pareil au laboureur qui re'colte et qui sème , Vous avez pris des lieux et laisse de vou£-même
Quelque chose en passant.
Tandis que votre ami , moins heureux et moins sage , Attendait des saisons T uniforme passage
Dans le même horizon ^ Et comme Tarbre vert qui de loin la dessine ,
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A sa porte effeuillant &es jours , prenait racine Au seuil de sa maison I
Vous êtes fatigué tant vous avez vu d'hommes ! Ënûn vous revenez , las de ce que nous sommes ,
Vous reposer en Dieu.
Triste , vous me contez vos courses infécosides , Et vos pieds ont mêle la poudre de trois mondes
Aux cendres de mon feu.
Or , maintenant , le cœur ]^n de choses profondes, Des ei^ans dans vds mains tenant les têtes blondes ,
Vous me pariez ici , Et vous me demandez , sollicitude amère !