‹ Les feuilles d'automne (volume 5)Chapitre 5 sur 30 · L£S F£VILL£S · texte numérisé non relu

L£S F£VILL£S

«OÙ dooctoB père? où donc ton fik? oiid(mctaiiière ?» — Ik voyagent aussi !

Le voyage qu'ils font n'a ni soleil ni lune; Nul Honune n'y peut rien porter de sa fortune j

Tant le maître est jaloux !

Le voyage qu'ils font est profond et sans bornes; On le fait à pas lents , parmi des faces mornes ,

Et nous le ferons tous !

J'étais à leur départ comme j'étais au vàtre«

En diverses saisons, tous trcHs, l'im après l'autre^

Ils ont pris leur essor.

Hélas ! j'ai mis en terre , à cette heure suprême ^

d'automne. 55

Ces têtes que j'aimais. Avare , j'ai moi-méDie Enfoui mon trésor.

Je les ai vus partir. J'ai , fisûble et plein d'alarmes , Vu trois fois un drap noir semé' de blanches larmes

Tendre ce c(»rridor.

J'ai sur leurs froides mains pleure' comme une fenmie. Mais , le cercueil fermée mon ame a vu leur ame

Ouvrir deux ailes d'or!

Je les ai vus partir comme trois hirondelles

Qui vont chercher bien loin des printemps plus fidèles

Et des étés meilleurs.

Ma mère vit le ciel et partit la première ^

Et son œil en moiirant fut plein d'une lumière Qu'on n'a point vue ailleurs.

£t puis mon premier-në la suivit , puis mon përe , Fier vëtëran âgé de quarante ans de guerre ^

Tout chargé de chevrons.

Maintenant ils sont là } tous trois dorment dans Tombic ; Tandis que leurs esprits font le voyage sombre,

Et vont où nous irons I

Si vous voulez, à l'heure où la hme décline, Nous monterons tous deux la nuit sur la colline

Où gisent nos aïeux.

Je vous dirai , montrant à votre vue amie

d'automne. 57

La yilk morte auprès de la ville endormie , Laquelle dort le mieux !

Venez 5 muets tous deux et couchés contre terre, Nous entendrons , tandis que Paris fera taire

Son vivant tourbillon , Ces millions de morts , moisson du fils de l'homme , Sourdre conftisënient dans leurs sépulcres , comme

Le grain dans le ^Uon !

Combien vivent joyeux, qui devaient, sœurs ou frères Faire un pleur e'temel de quelques ombres chères !

Pouvoir des ans vainqueurs !

Les morts durent bien peu t laissons-les sous la pierre !

Helas ! dans le cercueil ils tombent en poussière Moins vite qu'en nos cœurs !

Voyageur ! voyageur ! Quelle est notre folie ? Qui sait combien de morts h chaque heure on oublie ,

Des plus chers, des plus beaux?

Qui peut savoir combien toute douleur s'ëmousse, £t c(mibien sur la terre un jour d'herbe qui pousse

Efface de tombeaux?

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