‹ Les feuilles d'automne (volume 5)Chapitre 7 sur 30 · RÉGNIER · texte numérisé non relu

RÉGNIER

A M. DAVID, STATUAiaS.

Oh ! que ne suis-je un de ces hommes Qui , gëans d'un siècle effece', Jusque dans le siècle où nous sommes Régnent du fond de leur passé !

Que ne suis-je , prince ou poète , De ces mortels à haute tête , D'un monde à la fois base et faîte , Que leur temps ne peut contenir ^ Qui , dans le calme ou dans l'orage ^ Qu'on les adore ou les outrage , Devançant le pas de leur âge ^ Marchent un pied dans l'avenir I

Que ne suis-je une de ces flammes ^ Un de ces pôles glorieux , Vers qui penchent toutes les âmes , Sur qui se fixent tous les yeux !

De ces hommes dont les statues , Du flot des temps toujours battues , D'un tel signe sont revêtues

d'automne. "7.1

Que y si le hasard les abat , S'il les détrône de leur splièrc, Du bronze auguste on ne peut faire Que des cloches pour la prière Ou des canons pour le combat !

Que nai-jc un de ces fronts sublimes , David ! mon corps , fait pour souffrir , Du moins sous tes mains magnanimes Renaîtrait four ne plus mourir !

Du haut du temple ou du théâtre , Colosse de bronze ou d'albâtre , Salué d'un peuple idolâtre ^ Je surgirais sur la cité , Conmie un géant en sentinelle , Couvrant la ville de mon aile ,

7â LES FEUUâLES

Dans quelque attitude éternelle De ge'nie et de majesté!

Car c'est toi, lorsqu'un héros tombe, Qui le relèves souverain I Toi qui le scelles sur sa tombe Qu'il foule avec des pieds d'airain î Rival de Rome et de Ferrare , Tu pétris pour le mortel rare Ou le marbre froid de Carrare , Ou le métal qui fume «t bout.

Le grand homme au tombeau s'apaise Quand ta main , à qui rien ne pèse , Hors du bloc ou de Ja fournaise Le jette vivant et debout I

d'automne. 75

Sans toi peut être sa mémoire

Pâlirait d'un oubli fatal ;

Mais c'est toi qui sculptes sa gloire

Visible sur un pie'destal.

Ce fanal perdu pour le monde ,

Feu rampant dans la nuit profonde ,

S'éteindrait , sans montrer sur l'onde

Ni les écueils ni le chemin ;

C'est ton soufQe-quf le ranime ;

C'est toi qui , sur le sombre abîme ,

Dresses le colosse sublime

Qui prend le phare dans sa main !

Lorsqu'à tes yeux- une pensée

Sous les traits d'un grand homme a lui ,

Tu la fais marbre , elle est fixée ,

Et les peuples disent : C'est lui !

Mais avant d'être pour la foule ,

Long-temps dans ta tête elle roule

Comme une flamboyante houle

Au fond du volcan souterrain ;

Loin du grand jour qui la réclame

Tu la fais bouillir dans ton amc ;

Ainsi de ses langues de flamme

« Le feu saisit l'urne A'airain.

Va ! que nos villes soient remplies De tes colosses radieux!

Qu'à jamais tu te multiplies Dans un peuple de demi-dieux !

Fais de nos cites des Corinthes !

Ob î ta pensée a des étreintes

d'avtoune. 75

Dont Fairâin garde les empreintes y Dont le granit s'enorgueillit !

Honneur au sol que ton pied foule !

Un métal dans tes veines coule j Ta tête ardente est un grand moule D'où ridée en bronze jaillit !

Bonaparte eût voulu renaître De marbre et géant sous ta main ; Gromwell , son aïeul et son maître , T'eût livré son front surhumain ; Ton bras eût scu]pté pour l'Espagne Gbarles-Quint } pour nous , Gharlemagne , Un pied sur l'bydre d'Allemagne , L'autre sur Rome aux sept coteaux ; Au sépulcre prêt à descendre ,

César t'eut confié sa cendre;

£t c'est toi qu'eût pris Alexandre

Pour lui tailler le mont Athos !

JulUet18S8.

Te refiBreut flaclus.

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