‹ Les feuilles d'automne (volume 5)Chapitre 8 sur 30 · HORA.T · texte numérisé non relu

HORA.T

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Naguère une même tourmente , Ami, battait nos deux esquifs ;

80 LES FEUILtES

Une même vague écumante Nous jetait aux mêmes récifs ; Les mêmes Laines deljordees Gonflaient sous nos nefs inondées Leurs flots toujours multiplies ; Et , comme un océan qui roule , Toutes les têtes de la foule Hurlaient à la fois sous nos pieds

Qu'allais-je faire en cet orage Moi qui m'échappais du berceau , Moi qui vivais d'un peu d'ombrage Et d'un peu d'air , comme l'oiseau ?

A cette mer qui le repousse Pourquoi livrer mon nid de mousse

d'automne. 81

Où le jour n'osait pénétrer ?

Pourquoi donner à la rafale Ma belle robe nuptiale Comme une voile à déchirer?

C'est que dans mes songes de flamme y C'est que dans mes rêves d'enfaht , J'avais toujours présens à Famé Ces hommes au front triomphant , Qui , tourmentés d'une autre terre , En ont deviné le mystère Avant que rien en soit venu , Dont la tête au ciel est tournée , Dont l'ame , boussole obstinée y Toujours cherche un pôle inconnu !

Ces Gamas en qui rien n'effisice

Leur indomptable ambition ,

Savent c[u'on n'a vu qu'une face

De Fimmense création.

Ces Golombs , dans leur main profonde ,

Pèsent la terre et pèsent l'onde

Comme à la balance du ciel ,

Et , voyant d'en haut toute cause ,

Sentent qu'il manque quelque chose

A l'équilibre universel !

Ce contre-poids qui se dérobe , Ils le chercheront , ils iront !

d'automne. 85

Ils rendront sa ceinture au globe , A l'univers son double front.

Ils partent , on plaint leur folie !

L'onde les emporte ; on oublie '

Le voyage et le voyageur... — Tout à coup de la mer profonde Ils ressortent avec leur monde , Comme avec sa perle un plongeur!

Voilà quelle e'tait ma pensée.

Quand sur le flot sombre et grossi Je risquai ma nef insensée y Moi , je cherchais un monde aussi !

Mais à peine loin du rivage , J'ai vu sur l'océan sauvage

84 LES FEUILLBS

Commencer dans un tourbillon Cette lutte qui me déchire Entre les voiles du navire Et les ailes de l'aquilon 1

C'est alors qu'en l'orage sombre

J'entrevis ton mât glorieux

Qui , bien avant le mien , dans l'ombre ,

Fatiguait l'autan furieux.

Alors y la tempête était haute ^

Nous combattîmes côte à côte ,

Tous deux , moi barque , toi vaisseau ,

Comme le frère auprès du frère ,

Comme le nid auprès de l'aire ,

Comme auprès du lit le berceau !

L'autan criait dans nos antennes , Le flot layait nos ponts mouvans , Nos banderolles incertaines Frissonnaient au souffle des vents.

Nous voyions les vagues humides , Comme des cavales numides , Se dresser, hennir, ëcumer; L'éclair rougissant chaque lame Mettait des crinières de flamme A tous ces coursiers de la mer.

Nous , échevelës dans la brume , Chantant plus haut dans Fouragan ,

Nous admirions la vaste ëcume Et la beauté de Tocean !

Tandis que la foudre sublimé Planait toute en feu sur Fabîme , Nous chantions y hardis matelots , La laissant passer sur nos têtes , Et , connue Toiseau des tempêtes , Treipper ses ailes dans lés flots !

Échangeant nos signaux fidèles Et nous saluant de la voix.

Pareils à deux sœurs hirondelles , Nous voulions , tous deux à la fois , Doubler le même promontoire , Remporter la même victoire ,

d'automne. 87

Dépasser le siècle en courroux * Nous tentions le même voyage 5 Nous voyions surgir dans Forage Le même Adamastor jaloux !

Bientôt la nuit toujours croissante ,

Ou quelque vent qui t'emportait ,

M'a dérobé ta nef puissante

Dont l'ombre auprès de moi flottait !

Seul je suis resté sous la nue.

Depuis , l'orage continue ,

Le temps est noir, le vent mauvais ;

L'ombre m'enveloppe et m'isole ,

Et si je n'avais ma boussole

Je ne saurais pas où je vais !

Dans cette tourmente fatale J'ai passé les nuits et les jours ; J'ai pleuré la terre natale , Et mon enfance et mes amours.

Si j'implorais le flot qui gronde , Toutes les cavernes de l'onde Se rouvraient jusqu'au fond des mers ; Si j'invoquais le ciel , l'orage , Avec plus de bruit et de rage , Secouait sa gerbe d'éclairs !

Long-temps , laissant le vent bruire , Je t'ai chcrcbé , criant ton nom !

n^AUTOMIIE. 89

Voici qu'enfin je te vois luire A la cime de Fhorizon.

Mais ce n'est plus la nef ployée ^ Battue , errante y foudroyée Sous tous les caprices des cieux , Kévant d'idéales conquêtes , Risquant à travers les tempêtes Un voyage mystérieux.

C'est un navire magnifique Bercé par le flot souriant , Qui , sur l'océan pacifique , Vient du côté de l'orient !

Toujours en avant de sa voile On voit cheminer une étoile

90 LES FEUII^S

Qui rayonne à Foeil ébloui ; Jamais on ne le voit éclore Sans une étincelante aurore Qui se lève derrière lui !

Le ciel serein , la mer sereine L'enveloppent de tous cdte's ; Par ses mâts et par sa carène Il plonge aux deux immensités.

Le flot s'y brise en étincelles ; Ses voiles sont comme des ailes Au soufQe qui vient le. -gonfler; Il vogue , il vogue vers la plage , Et comme le cygne qui nage On sent qu'il pourrait s'envoler I

d' AUTOMNE. . 91

Le peuple auquel il se révèle Comme une blanche vision , Roule , prolonge et renouvelle Une immense acclamation.

La foule inonde au loin la rive.

Oh ! dit-elle , il vient , il arrive !

Elle rappelle avec des pleurs , Et le vent porte au beau navire , Comme à Dieu l'encens et la myrrhe , L'haleine de la terre en flems.

Oh ! rentre au port , esquif sublime !

Jette l'ancre loin des frimas !

Vois cette couronne unanime Que la foule attache à tes mâts !

Oublie et Fonde et l'aventure , Et le labeur de la mâture , Et le souffle orageux du nord; Triomphe à Tabri des naufrages , Et ris-toi de tous les orages Qui rongent les chaînes du port !

Tu reviens de ton Americpie !

Ton monde est trouve' ! — Sur les flots ,

Ce monde , à ton souffle lyrique ,

Connue un œuf sublime est e'clos î

C'est un univers qui s' éveille I

Une création pareille

D'AtJTOMNE. 03

A celle qui rayonoe au jour !

De nouveaux infinis qui s'ouvrent !

Un de ces mondes que découvrent Ceux qui de Famé ont fait le tour!

Tu peux dire à qui doute encore :

« J'en viens ! j'en ai cueilli ce fruit î » Votre aurore n'est pas l'aurore » Et votre nuit n'est pas la nuit.

» Votre soleil ne vaut pas l'autre î » Leur jour est plus bleu, que le vôtre î » Dieu montre sa ûice en leur ciel !

» J'ai vu luire une croix d'e'toiles )> Clouée à leurs nocturnes voiles » Gomme un labarum étemel ! »

Tu dirais la verte savane , Les hautes herbes des déserts , Et les bois dont le ze'phir vanne Toutes les graines dans les airs } Les grandes forets inconnues ^ Les caps d'où s'envolent les nues Gomme Fencens des saints trépieds; Les fruits de lait et d'ambroisie ; £t les mines de poésie Dont tu jettes l'or à leurs pieds.

£t puis encor tu pourrais dire , Sans épuiser ton univers ,

d'automne. 9j

Ses monts d'agathe et de porphyre , Ses fleuves qui nieraient leurs mers ; De ce monde , ne' de la veille, , Tu pemdrais la beauté' vermeille , Terre vierge et fe'conde à tous , Patrie où rien ne nous repousse , Et ta voix magnifique et douce Les ferait tomber à genoux !

De'sormais à tous tes voyages Vers ce monde trouve' par toi , Euioule ils courront aux rivages Comme un peuple autour de son roi.

Mille acclamations sur Tonde Suivront long-temps ta voile Wonde

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