‹ Les feuilles d'automneChapitre 12 sur 125 · DÉDAIN · texte numérisé non relu

DÉDAIN

Yo contra tcdos y todos contra yo. — Rom mce del Vi'efri Ar>as.

Qui peut savoir combien de jalouses pensées,

De haines, par l'envie en tout lieu ramassées,

De sourds ressentiments, d'inimitiés sans frein,

D'orages à courber les plus sublimes têtes,

Combien de passions, de fureurs, de tempêtes, 5

Grondent autour de toi, jeune homme au front serein

Tu ne le sais pas, toi ! — Car tandis qu'à ta base La gueule des serpents s'élargit et s'écrase, Tandis que ces rivaux, que tu croyais meilleurs. Vont t'assiégeant en foule, ou dans la nuit secrète lo

Creusent maint piège infâme à ta marche distraite, Pensif, tu regardes ailleurs.

Ou si parfois leurs cris montent jusqu'à ton âme,

Si ta colère, ouvrant ses deux ailes de flamme.

Veut foudroyer leur foule acharnée à ton nom, 15

Avant que le volcan n'ait trouvé son issue,

Avant que tu n'aies mis la main à ta massue,

Tu te prends à sourire et tu dis : A quoi bon?

Puis voilà que revient ta chère rêverie,

Famille, enfance, amour, Dieu, liberté, patrie; 20

La lyre à réveiller; la scène à rajeunir;

Napoléon, ce dieu dont tu seras le prêtre; Les grands hommes, mépris du temps qui les voit naître. Religion de l'avenir!

Allez donc ! ennemis de son nom ! foule vaine !

Autour de son génie épuisez votre haleine !

Recommencez toujours! ni trêve, ni remord.

Allez, recommencez, veillez, et sans relâche

Roulez votre rocher, refaites votre tâche, 5

Envieux ! — Lui poète, il chante, il rêve, il dort.

Votre voix, qui s'aiguise et vibre comme un glaive. N'est qu'une voix de plus dans le bruit qu'il soulève. La gloire est un concert de mille échos épars. Chœurs de démons, accords divins, chants angéliques, 10 Pareil au bruit que font dans les places publiques Une multitude de chars.

11 ne vous connaît pas. — Il dit par intervalles

Qu'il faut aux jours d'été l'aigre cri des cigales.

L'épine à mainte fleur ; que c'est le sort commun; 15

Que ce serait pitié d'écraser la cigale;

Que le trop bien est mal ; que la rose au Bengale

Pour être sans épine est aussi sans parfum.

Et puis, qu'importe? amis, ennemis, tout s'écroule. C'est au même tombeau que va toute la foule. 20

Rien ne touche un esprit que Dieu même a saisi. Trônes, sceptres, lauriers, temples, chars de victoire. On ferait à des rois des couronnes de gloire De tout ce qu'il dédaigne ici !

•Que lui font donc ces cris où votre voix s'enroue? 25

Que sert au flot amer d'écumer sur la proue?

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