‹ Les feuilles d'automneChapitre 29 sur 125 · BIÈVRE · texte numérisé non relu

BIÈVRE

Un horizon fait à souhait pour le plaisir des yeux. — Fènelon.

Oui, c'est bien le vallon ! le vallon calme et sombre !

Ici l'été plus frais s'épanouit à l'ombre.

Ici durent longtemps les fleurs qui durent peu.

Ici l'âme contemple, écoute, adore, aspire.

Et prend pitié du monde, étroit et fol empire 5

Où l'homme tous les jours fait moins de place à Dieu.

Une rivière au fond, des bois sur les deux pentes.

Là, des ormeaux, brodés de cent vignes grimpantes,

Des prés, où le faucheur brunit son bras nerveux ;

Là, des saules pensifs qui pleurent sur la rive, 10

Et, comme une baigneuse indolente et naïve,

Laissent tremper dans l'eau le bout de leurs cheveux.

Là-bas, un gué bruyant dans des eaux poissonneuses

Qui montrent aux passants les jambes des faneuses;

Des carrés de blé d'or; des étangs au flot clair; 15

Dans l'ombre, un mur de craie et des toits noirs de suie;

Les ocres des ravins, déchirés par la pluie;

Et l'aqueduc au loin qui semble un pont de l'air.

Et, pour couronnement à ces collines vertes. Les profondeurs du ciel toutes grandes ouvertes, 20

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