BIÈVRE
Un horizon fait à souhait pour le plaisir des yeux. — Fènelon.
Oui, c'est bien le vallon ! le vallon calme et sombre !
Ici l'été plus frais s'épanouit à l'ombre.
Ici durent longtemps les fleurs qui durent peu.
Ici l'âme contemple, écoute, adore, aspire.
Et prend pitié du monde, étroit et fol empire 5
Où l'homme tous les jours fait moins de place à Dieu.
Une rivière au fond, des bois sur les deux pentes.
Là, des ormeaux, brodés de cent vignes grimpantes,
Des prés, où le faucheur brunit son bras nerveux ;
Là, des saules pensifs qui pleurent sur la rive, 10
Et, comme une baigneuse indolente et naïve,
Laissent tremper dans l'eau le bout de leurs cheveux.
Là-bas, un gué bruyant dans des eaux poissonneuses
Qui montrent aux passants les jambes des faneuses;
Des carrés de blé d'or; des étangs au flot clair; 15
Dans l'ombre, un mur de craie et des toits noirs de suie;
Les ocres des ravins, déchirés par la pluie;
Et l'aqueduc au loin qui semble un pont de l'air.
Et, pour couronnement à ces collines vertes. Les profondeurs du ciel toutes grandes ouvertes, 20