I.r ( !<i nm i'hI
Sur une tobogane, où chacun est à l’aise,
Emportés au galop d’un coursier tout fumant Dont le harnais doré brille comme la braise Et jette sur la neige un vif miroitement,
De charmants tapageurs, chantant la Murs/’ iJlu ixr. Dans un blanc tourbillon passent à tout moment.
En gentils capuchons, des essaims de brunettes Papillonnent partout comme < le gais lutins:
A travers le bruit clair des grelots, des clochettes, On entend leurs caquets et leurs mes mutins Comme le gazouillis enivrant des fauvettes Parmi les trémolos des ruisseaux argentins.
Maintenant regardez venir la mascarade. . ..
C’est la confusion des langues qui revit,
Un pandémonium humain qui se ballade,
(irimace, chante, geint, court, danse, pleure et rit; C’est tout ce qu’un cerveau peut, serein ou malade, Concevoir de plus propre à réjouir l’esprit.
Les Feu ille s d’ Erable
{ /'est un vaste assemblage où prime l’antithèse,
■< )ù le sans-gêne trône à côté clu haut ton,
Où la fureur du loup devant l’agneau s’apaise; Là Don Juan à la joue est baisé par Caton,
Et des marquis poudrés du temps de Louis seize Bras dessus bras dessous marchent avec Danton.
Montréal est plongé jusqu’au cou dans la joie. L’étranger est ravi de l’éclat sans pareil One la ville, enivrée, à cet instant déploie.
< Cependant l’heure fuit, et bientôt le soleil Fermera sa paupière à l’horizon qu’il noie Dans des flots d’ambre, d’or, de pourpre et de vermeil.
Et le jour a duré ce que dure la bulle O ue l’enfant gonfle et fait osciller sous ses doigts. Déjà sur l’aztir vif s’étend le crépuscule,
Déjà l’ombre descend dans les lointains plus froids, Et l’orient s’enflamme, et l’astre noctambule Met des reflets d’acier sur le givre «les toits.
Le ( ■(imueal
Ln, foulo dos passants ost maintenant moins dense. Los cafés sont si pleins qu’on n on a plus l’accès ;
Là tout un momie boit, rit, chante, et fait bombance, Et les restaurateurs sont fous de leur succès;
Là de vin et d’esprit on fait grande dépense,
Et nul n’en est lassé, car tous deux sont français.
Aux théâtres dorés chaque stalle est garnie :
On y crible de fleurs les artistes charmés ;
Et la foule, penchée aux coupes du génie,
Des purs enivrements boit les flots parfumés, Tendant qu’aux bals la valse, indolente harmonie, balance dans ses bras bien des couples pâmés.
Soudain une rougeur très vive à l’Ouest éclate. . . . Tomme un vaste incendie elle embrase les cieux Et baigne chaque toit, d un reflet écarlate.
Aussitôt des milliers de promeneurs fougueux, Encombrant les trottoirs luisants comme l’agate, S'élancent, en criant, vers le point lumineux.
Les Fr’ullrs il’ Erable
Tous les yeux sont fixés sur le palais de glace.
Un déluge de jets pyrotechniques fond
Sur ses murs et ses tours durs comme une cuirasse.
En un fort de rubis h; beau palais si* fond,
Et, vomissant des flots d’étoiles dans l’espace,
Au feu des raquetteurs de tous côtés répond.
Un mitraille d’or grêle sur l’édifice ;
Une lave d’argent coule de ses lambris.
A-t-on jamais rêvé pareil feu d’artifice ?
Par instants on dirait qu’un essaim de péris, Uombattant des lutins au bord d’un précipice, Lance sur eux des tas de perles et d’iris.
Hourra! les raquetteurs ont pris la forteresse, Et le dernier éclair des combattants s’éteint Avec le dernier cri des passants pleins d’ivresse Disparaissant déjà dans le neigeux lointain ;
Et la fête finit par une hardiesse,
Pour renaître plus belle aux rayons du matin.
ISS!).
LA
smiKKIK
Le soleil fond lu licier cl fuit rayonner l'eau ; Dans les branches frémit la sève prisonnière ; Kt l’érable, sentant la chaleur printanière, Verse ses pleurs de miel au vase de bouleau.
Dans le lointain d’azur une rose fumée Flotte sur le bois plein de bruits harmonieux : Kilo monte d’un feu de sarments résineux Où chaude en ipizouillant mie onde parfumée.
ni
Les Feu illes d’ Erable
Le paysan, joyeux, fait bouillir, en cliantant, L’eau d'érable, l’esprit enflammé par le lucre Que doit lui rapporter sa récolte de sucre Qui s’entasse et lui jette un reflet miroitant.
Et, pendant qu’il surveille, au fond de sa cabane, Le feu qui convertit la sève en sirop blond,
Son fils, les seaux aux bras, la raquette au talon, Est en train d’amasser une nouvelle manne.
Transvidant chaque vase cm chaque arbre a pleure 11 se hâte à travers la neige et la broussaille,
Et l’érable lui verse alors par son entaille Les exquises senteurs dont il est saturé.
Tout à coup, près du feu, le père se découvre : il vient d’entendre au loin une cloche sonner. . . . Et, pour livrer passage au fils (pii vient dîner,
La porte aux ais mal joints de la cabane s’ouvre.
La sucrerie
Eh face des tisons, i!s mettent le couvert,
Et mangent sur le pouce, à lu lionne franquette, Ayant pour siège un seau couvert d’une raquette, l’our nappe les rameaux d’un arbre toujours vert.
Sur leur figure on lit ce fier contentement
<jue le travail honnête aux c<eurs courageux donne.
Tout en cassant son pain, le paysan fredonne,
Sur un ton nasillard, un vieux refrain normand.
Au moment de finir leur repas, ils entendent Comme un long hallali vibrer sous la forêt.
Ils sortent brusquement, et, le pied en arrêt,
Ils jettent à l’écho des cris perçants qu’ils scandent.
Des bravos délirants répondent à leurs cris.
Et bientôt, débouchant d’une combe* prochaine,
De nombreux villageois, que le plaisir déchaîne. Bondissent dans la hutte, et tout le sucre est. . . .pris.
Les Feuilles J' Erable
Les sucriers ne font aucune résistance,
Car les nouveaux venus sont autant d’invités ; Et, fuyant leur seuil où s’entassent les pâtés, Ils laissent le champ libre à la réjouissance.
Ainsi que les oiseaux sous le vent printanier,
Les amis du village en tous sens se répandent,
Et déjà des marmots aux branches se suspendent.. Pour tâcher d’y saisir les nids de l’an dernier.
8e lançant îles boulets de neige, des espiègles, Tout près de la cabane, en deux camps divisés. Tour à tour triomphants, tour à tour repoussés, 8e livrent, fous d’ardeur, une bataille en règles.
Les raquettes aux pieds, marchant tout de traver Des écoliers vont boire aux coupes de l’érable, 8uivis, dans les huiliers, d’un essaim adorable Dont le rire argentin attire les piverts.
Lu » ucrerir
De charmantes enfants, aux corsages de guêpes, Papillonnent parmi seaux, cuves et bidons,
Criant, battant des mains, dansant des rigodons, Pendant que les mamans mettent au feu des. . .crêpes.
Des vieux, que le soleil d’avril fait rajeunir, Causent joyeusement, assis au pied d’un chêne, Et l’arbre altier, penchant sa tête souveraine, Etend ses bras sur eux, comme pour les bénir.
I )es amoureux, suivant une sente discrète,
Neige au pied, flamme au front, s entretiennenttout bas, Et non loin un oiseau, moqueur, rit aux éclats.
En voyant passer ceux qui se content fleurette.
Parfois des coups de feu grondent dans le lointain. . . Ce sont les sucriers voisins qui les invitent,
< )u bien, sous des sapins où des ailes palpitent,
C’est un vieil invité (pii se refait la main.
Le. s Feuilles d’ Erable
Soudain le timbre clair d’un porte-voix résonne. . . . Un grand cri de triomphe y répond aussitôt,
Et chacun vient s’asseoir autour d’un long tréteau Où le sirop abonde, où la crêpe foisonne.
On mange goulûment, du grand au plus petit. Le feu de la gaîté dans tous les veux scintille. A défaut de vin vieux, l’esprit gaulois pétille, A défaut de plats d’or, on a de l’appétit.
Après les gais propos viennent les chansonnettes: Le maître de céans, un ancien marguillier,
D’une voix de stentor, chante à s’égosiller,
Et son refrain grivois fait rougir les brunettes.
Un robuste garçon dit sur un ton très faux Lin couplet érotique où le gros bon sens louche : Un quolibet d’enfant lui fait fermer la bouche Au milieu d’un fou rire et d’éclatants bravos.
La sucrerie
Une blonde fillette essaie une romance .
La mémoire manquant, elle s’arrête court; lrn vieillard la remplace, et chacun a son tour, Chacun chante, plongé dans uni' joie immense.
On quitte enfin la table, et sur de frais copeaux, Devant le cabanon inondé de lumières,
Bientôt la danse s’ouvre au chant de deux commères Qui marquent la cadence, a grands coups de chapeaux.
On commence le bal par des reelr et des gigues: Quelques instants après viennent les cotillons . . ( >h ! quel plaisir de voir en légers tourbillons Les garçons essouffles se taire aller les gigues :
Pendant qu’on se trémousse, un beau galant, musqué, Pour se donner du ton, organise un quadrille :
Mais, comme on est ici moins savant qua la ville,
( )n s'embrouille, on se perd, et le coup est manqué.
Cet insuccès aux vieux désopile la rate,
Et, songeant à l’époque où le bon goût régnait, < les délurés moqueurs ouvrent un menuet. . . . Mais le grand âge oublie, et le menuet rate.
Vit-on jamais aux bois autant de fiascos ?
Cela n’empêche pas pourtant que l’on s’amuse. Pour peindre le bonheur de ces gens, ê> ma muse ! Tu devrais me donner, ma toi ! d’autres pinceaux.
Cependant le soleil à l’horizon s’incline :
Il est grand temps de mettre au feu le brassin d’or Et le vieux sucrier, pendant qu’on danse encor, Court attiser la flamme où brûle la résine.
Puis à la crémaillère il suspend le chaudron :
Et sur l'âpre brasier (pii pétille et qui ronfle Le miel éblouissant de l’arbre bout et gonfle, Couvé par les grands yeux d’anges assis en rond.
La xunrric.
Parfois un cri d’enfant, où le désespoir perce, Eclate tout à coup près du feu dévorant. . . .
• Quelle est donc la raison de ce cri déchirant ? C’est le sirop bouillant qui se fâche et renverse.
A tout moment le vieux au chaudron met le plat : Il en sort «les lingots rutilants qu’il étire. . . .
Le temps est arrivé de manger de la tire,
Et bientôt au dehors la danse tombe a plat.
Ainsi que des frelons attaquant une ruche, L’essaim des villageois vole vers le brassin,
Y plonge tour à tour les doigts et le bassin,
Et, pour avoir sa part de miel, plus d’un trébuche.
Et l’on joue à la fois des coudes et des dents.
Les bambins au chaudron se barbouillent les joues, Et les fillettes font de ravissantes moues En croquant les cristaux de la tire fondants.
Oh ! quel charmant tableau qu’une belle tillette Qui mord à pleine bouche à l’or du sucre chaud ! Oh ! quel petit poème exquis qu'un frais marmot Qui brasse des cristaux, avec une palette.
Chacun casse des œufs dans le sirop qui bout. Peut-on imaginer plus suave omelette ?
On se brûle les doigts, on gâte sa toilette .... N’importe ! l’on déguste, et l’on rit tout son soûl.
Pourtant il va falloir s’arracher à l’étreinte Du plaisir, et quitter la cabane en bois rond .... Pour la dernière fois on se penche au chaudron . . . . Et l’on sort, laissant seul le maître qui s’éreinte.
Il est à façonner les cônes succulents
Qu’il doit distribuer parmi tous les convives ;
Et, pendant ce temps-là, les mamans toujours vives Hâtent, pour le retour, les papas toujours lents.
La sucrerie
( )n se sépare enfin du sucrier en nage Qui partage en riant les restes du festin,
Et, pendant que la nuit tombe dans le lointain, L'on reprend, en chantant, la route du village.
IN, Si).
lîKXorvK.w