‹ Les feuilles d'érableChapitre 6 sur 33 · NN · texte numérisé non relu

NN

A L'HONOR A BLK Jl'GK .1-11. ROIKGKOIS

Nos ancêtres, soldats et laboureurs stoïques, Après un siècle entier de combats héroïques, Aux plaines d’Abruham succombèrent enfin, Ecrasés par le nombre et vaincus par la faim, Car le roi Louis quinze, aux bras d’une maitn Se souciant fort peu de colons en détresse,

Sse

Etait demeuré sourd au sanglot déchirant Qui s’élevait des bords en deuil du Saint- Laurent.

Et nous fûmes vaincus.

La France à l’Angleterre Sans honte et sans remords livra la noble terre Qu’elle avait fécondée avec des flots de sang,

A sa vieille rivale, ô crime ! fit présent Du plus beau diamant qui brillait à sa robe.

Elle lui donna près de la moitié du globe ;

Et, portant dans ses plis un poème géant,

Le vieux drapeau français repassa l’Océan.

Oh ! qui pourra jamais dire l’angoisse amère Dont fut saisi l’enfant délaissé par la mère ?

Qui dira les regrets de nos héros sanglants Livrés à la merci de vainqueurs insolents ?

Sur des débris fumants la patrie en démence Tendait ses bras meurtris du côté de la France,

Et, l’œil brûlé de pleurs, défaillante, à genoux,

Elle la suppliait d’avoir pitié de nous,

La Mtr» i l L K a fit ni

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hit puis lui reprochait tout son faste h'u ti lo . . . Mais reproches, sanglots, cris, t.out fut inutile.

Kl nous fûmes conquis.

Qui* <lis je > Les vainqueurs Lurent not re serment, mais la h’ rance eut nos cœurs ; Kt, malgré son oulili, comme un lils «»st capable Ile respecter encore une mère coupable,

Aucun de nous n’osa jamais la renier,

Car la maternité ne peut pas s'oublier,

( ar l’amour filial ne commit pas l’absence,

Kt nous l'aimons toujours, parce qu'elle est la Kranee, Parce que notre san<£ dans ses veines coulait,

Kt parce que son sein nous a versé son lait.

Qui 1 1 1 p< >rte l'aba m Ion ! qu importe la distance ! Qu’importe les brouillards de l’Océan immense ! Nous la voyons en haut, le front dans la clarté, Dans le rayonnement de la sublimité,

Secouant sur l’Kurope un faisceau de lumières ; Kt, malgré les éclats farouches des tonnerres

Les Feuilles cl’ Erable

Que font souvent gronder les noirs événements, Nous l’entendons parler avec des mots charmants, Plus suaves qu’un chant d’oiseau que l’aube éveille, Comme si nous avions sa bouche à notre oreille. Non, la France à nos yeux ne se voile jamais : Toujours nous la voyons sur les plus fiers sommets, Soufflant dans son clairon quelque nouvelle idée : Et, lorsque le destin l’eut un jour tailladée,

Que les peuples voisins, ne sachant ce qu’ils font, Sur sa croix l’insultaient et lui crachaient au front, Que le lâche Teuton, ivre de son désastre,

Espérait voir mourir à l’horizon son astre,

Elle nous apparut soudain sur un Thabor Dont l’éclat fulgurant nous éblouit encor.

La France! c’est pour nous la mamelle féconde Où, dans sa soif sans fin, boit la lèvre du monde,

L’œil qui dans les brouillards du temps voit tout venir. Le bras qui guide au port la nef de l’avenir,

Le doigt qui fait tourner les feuillets du grand livre Où, cherchant l’idéal, l’esprit humain s’enivre.

Voilà plus de cent ans que, la France a vendu,

La Mère et U En finit

Au bord du Saint-Laurent, son enfant éperdu ;

Voilà plus de cent ans que sa noble oriflamme Lui fut ravie, hélas! par un Bourbon infâme. . . L'humble enfant a grandi : c’est un homme robuste Qui porte écrite au front son origine auguste. Longtemps il a souffert, longtemps il a lutté,

Pour te reconquérir, ô sainte liberté !

Maintenant il est fort, il est fier, il est libre;

Aux souffles entraînants du progrès son cœur vibre; 11 combat les forêts énormes corps à corps :

Il crée, il fonde, il est superbe en ses efforts.

Il fut le découvreur, le soldat et l’apôtre,

Et tra<;a son sillon d’un océan à l’autre.

Déroulant un passé que rien ne put ternir,

Il marche hardiment, les yeux sur l’avenir ;

11 verse à l’Amérique un long jet de lumière. . . .

Et désormais l’enfant est digne de la mère.

IN, s 4.

A Loris FRECHETTE

Hugo naquit ùl’ heure où l’Europe en démence Tordait ses membres nus dans le brasier immense Allumé par la main d’un sublime tyran:

Le grand poète vient aux jours des grandes crises, Lorsque la liberté sur les ttots, dans les brises, Jette son sanglot déchirant.

A ta naissance, ami, le torrent populaire Déchaînait sur nos bords sa farouche colère, L’échafaud, se dressait pour des héros trahis,

La ville avait des bruits de volcan qui grommelle,, L’enfant plus que jamais puisait à la mamelle Le saint amour de son pays.

Des souffles d’épopée emportaient la jeunesse ;

La foule tressaillait d’une sublime ivresse ;

Dans tous les cœurs parlait le vieux sang des aïeux Et, bercé par les chants de l’époque insensée,

Tu grandissais avec du feu dans la pensée,

Avec des éclairs dans les yeux.

Enfant rêveur, le soir, aux rayons de la lune, On te voyait assis, en été, sur la dune Où Lé vis s’endormait comme l’aigle en son nid ; Là, le regard perdu sur les dots taciturnes,

Et l’oreille tendue aux murmures nocturnes,

Tu t’enivrais de l’infini.

,1 Louis FréchctU1

Tout le jour, dans les prés, sous les branches massives, Près du gouffre tonnant, le long des eaux pensives,

Tu marchais au hasard, où tes pas t’entraînaient, Contemplant des forêts l’étrange architecture, Ecoutant les cent luths de la grande nature,

Pour savoir ce iju'ils fredonnaient.

Les champs, les bois, les flots, la sainte poésie Te versaient leurs reflets, leurs chants, leur ambroisie Que ton esprit, toujours avide, moissonnait.

Abeille, tu faisait ton miel dans la retraite. . .

A l'heure du repos, dans ton âme distraite Un suave essaim bourdonnait.

Ht tu devins poète. . . . et la patrie aimée,

Kn entendant ta voix sonore et parfumée Vibrer, sentit son cœur battre d’émotion.

( ’haque jour t’apportait de 1 or avec la gloire, Et ton âme jamais ne se lassait de boire L harmonie et l’illusion.

Ton esquif, où flottait une écharpe adorée,

Te berçait mollement sur la lame dorée :

Et, pressant la main qui si souvent t’enflamma,

Tu chantais tes amours, l’œil perdu dans le vague. . Soudain un cri d’effroi retentit sur la vanne :

La foudre avait broyé ton mât.

La tempête, emportant ta nacelle légère,

La brisa contre un roc de la rive étrangère . . .

Tu nous fis, en partant, de bien tristes adieux,

Et, comme l’oiseau chante encore dans l’orage,

Tu fis flotter dans l'ombre, au moment du naufrage. Les chants les plus mélodieux.

Tous ceux que le rayon de l’idéal enflamme, Tous ceux dont tes accords avaient enivré l’âme. Te suivant du regard sur les flots écumeux, Baissèrent tristement leur paupière effarée,

En voyant tout à coup ta voile déchirée

Sombrer dans le lointain brumeux.

A Louis Fréchette

Au ciel de l’étranger tu ne pouvais te faire ;

Kt tu languis toujours, là-bas, dans l’atmosphère ()ii le pauvre exilé traîne ses pieds meurtris. Dans ton éloignement, la sombre nostalgie, Etouffant tes refrains, brisant ton énergie, T'arrachait des pleurs et des cris.

Souvent tu t’isolais de la foule bruyante,

Et, pour voir du couchant la coupe flamboyante Verser tous ses rayons au vaste Michigan,

Tu courrais t’asseoir seul sur un roc du rivage, Pendant que tournoyait dans l’air l’aigle sauvage Dont le vol nargue l’ouragan.

Bien avant dans la nuit tu restais sur la pierre. Lorsque tout vaguement flottait sous ta paupière, Et que l’ombre noyait le grand lac enivrant,

Tu te croyais, trompé par le chant de la brise,

Par le gazouillement de la lame qui brise,

Assis au bord du Saint-Laurent.

Devant toi rayonnait le ciel de la patrie ;

Un fantôme charmant hantait ta rêverie,

Et tons les songes d’or, dont tu t’étais bercé, Voltigeant devant toi connue des spectres roses, Eveillaient dans ton cœur mille voix grandioses Qui te parlaient de ton passé.

Ton regard contemplait la maison paternelle Où ton génie ouvrait au vent sacré son aile,

La fenêtre où l’oiseau venait pour toi chanter,

Le ruisseau dont les bruits t’endormaient sous le saule... Quand la réalité secouait ton épaule,

Tu te prenais à sangloter.

Ah ! c’est que dans ton cœur Tardent patriotisme. En dépit des regrets, avait gardé son prisme,

C’est que la liberté, qui se meurt de nos jours, Electrisait encor ta grande âme navrée,

C’est que le souvenir, cette lampe sacrée,

Dans ton esprit veillait toujours.

A Louis Fréchette

L'cxii courba longtemps ta tête endolorie ; Mais, un jour, oubliant que l’ingrate patrie, Alors que tu sombrais, te retira sa main,

Tu revins saluer nos rives poétiques. . . .

La foule t’acclama de bravos frénétiques Et joncha de Meurs ton chemin.

Maintenant ton esprit s’enivre d’espérance. . . . Naguère tes accents ont éveillé la France. . . . Kilo a battu des mains, quand dans l’immensité Son o'il de mère a vu soudain poindre ta voile, Kt Paris a posé* sur ta tête une étoile <jui mène à l’immortalité.

< > 1 1 ! soit partout aimé, chantre à la voix sonore Dont notre enthousiasme avec raison s’honore, Car à l’Kuropéen oublieux ton succès N ient de mieux révéler le pays de tes rêves L>ue l'immortel poème esquissé sur nos grèves Avec des (lots de sang français.

Les Feuilles cV Erable

Mais ne redescends plus dans l’arène étouffante Où les partis hurlants, qu’un jour de fièvre enfante, S’arrachent du pouvoir renversé les haillons.

Le poète plus haut doit montrer sa figure :

Il est l'amie hardi dont la vaste envergure Ne doit fouetter que des rayons.

Devant les passions fais taire ton luth d’ange :

Ne chante pas pour ceux qui marchent dans la fange : Ils éclabousseraient ton hymne et ta fierté.

Ouvre ton vol serein sur les hauteurs sereines,

Et fais toujours vibrer tes cordes souveraines Pour la France et la liberté 1

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