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mes de science, je vous ai déjà vu, je suis content de faire votre connaissance. Mon collé.
gue, le docteur Chénier, continua-t-il en désignant son compagnon.
Pierre salua tandis que le Dr Bussière continuait :
— Eh bien! mon jeune ami, votre pauvre petite pupille est encore gravement malade : mais nous voulons la sauver, Vous nous aiderez, fitil en fixant Pierre de son regard profond, nous allons la transporter à Saint-Eustache, là vous viendrez vous-même chercher de ses nouvelles. Mademoiselle Aubry a besoin de distractions ; une figure amie lui fera du bien, j'en suis sûr.
— Docteur, dites-vous vrai, fit le jeune homme saisissant la main du médecin qu'il serra avec une vive émotion. Je pourrai la revoir?
— Oui, oui, certes, il faut que vous la revoyiez, vous êtes justement le remède que je cherchais. Diantre, diantre, je ne m'attendais pas à cela. Ma petite malade a une figure tellement enfantine que je n'avais pu tirer une semblable conclusion, j'aurais plutôt pensé qu'elle jouait encore à la poupée. Vous me tirez d’une vive anxiété, désormais je laisse entre vos mains cette guérison, vous serez plus habile que moi. Mon ami Chénier et sa femme ne seront pas des Cerbères trop sévères, ils se montreront conciliants chaperons. Allons je ne suis
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pas fâché de monter une petite intrigue contre cette famille draconienne. Ils m'ont si souvent impatienté ; je leur en ai voulu plus d'une fois d'aggraver la maladie de ma patiente par leur manière d'agir, continuellement en désaccord avec le traitement voulu dans les cas de nervosité. À nous trois, maintenant, je puis certifier de guérir cette enfant. Dans une couple de jours je conduirai moi-même mademosielle Aubry chez le Dr Chénier ;Saint-Eustache est le Pays convenant aux plus poétiques idylles.
— Docteur comment vous prouver ma reconnaissance, murmura Pierre.
— En menant à bonne fin votre beau poëme, cher enfant.
Et le bon docteur donna une petite tape amicale sur l'épaule du jeune homme.
À cet instant il se fit un mouvement général dans la sälle; tous les buveurs se levèrent en même temps, de longs hourrahs firent trembler les murs de la pièce, un personnage d’une distinction remarquable, aux traits nobles et beaux, drapé dans les plis d’un long manteau entrait dans l’hôtel.
— Vive Papineau, vive Papineau !!
Le tribun salua avec ce geste particulier de noblesse qui le caractérisait, sa belle figure S'illumina d’un sentiment de joie. un éclair brilla dans son regard, où se lisait cette intelligence supérieure appartenant aux conducteurs
des nations, Sitôt qu'il apparaissait la foule était transporté d'enthousiasme, on l'entourait, on se préssait pour le voir.
Le peuple comprend toujours le dévouement de ces âmes d'élite, se prodiguant, se sacrifiant par amour de leurs compatriotes voulant rendre à leur nation opprimée les droits et les libertés qu'on lui a enlevés ; des années, des années, ils guerroient ces hommes désintéressés, soit au champ de bataille, soit au parlement, le premier combat avec son bras, le second avec sa tête et son coeur, guerre aussi pénible à soutenir l’une que l’autre, tous deux s'épuisent pour la cause commune,
L'Honorable Louis-Joseph Papineau était né à Montréal en 1786. Elu à vingt-trois ans par le collège électoral de Huntingdon, il entrait au parlement, puis en 1820 au Conseil Exécutif. Jusqu'alors le grand orateur avait admiré la constitution de son pays; mais les successeurs de Sherbrooke dénièrent à la chambre basse ses attributions financières les plus essentielles et complotèrent l'union des Canadas. Papineau dès ce moment fit une vive opposition à l'Exécutif qui l'avait appelé chez lui pour le nullifier. Il porta en Angleterre une requête de 60,000 Canadiens contre l'union.
Lord Dalhousie était chaud partisan de l’Union, il entra en lutte personnelle ivec l'Orateur et voulut l'empècher d’être réélu à la pré-
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sidence; mais la Chambre se refusa à en élire un autre. Alors le gouvernement voulut se passer du parlement ; mais un comité du parlement impérial inculpa son adminsitration:; le due de Wellington, qui arrivait au pouvoir en Angleterre, rappela Dalhousie; plusieurs Anglais de mérite approuvèrent Papineau.
L'éminent orateur prit le commandement de cette phalange héroïque dont les actes de bravoure, de courage, de sacrifice font l'admiration
des nations enthousiastes et patriotiques. En
lisant l’histoire des Fils de la Liberté, leur dévouement, leur martyre, on retrouve en eux . le sang de leurs ancêtres, sang chevaleresque du Français qui prouvera toujours au monde entier que nulle part on ne fera de lui un peuple asservi.
La journée de labeur était terminée. La grande roue du moulin avait cessé de retordre dans son ardeur rageuse, les eaux en bouillons furieux; avec son dernier tour, elle avait jeté dans l'air, tel que la voix d'une poissarde, son cri suprême, qui se répétait d'écho en écho dans la montagne ; le calme adoucissant du jour s'endormant, avait succédé au bruit de la machin. qui se reposait.
Heureux d’être enfin libre, l'ouvrier quittait l'ouvrage, sortant ia chemise en désordre, puant la sueur, le visage tout humide, la cheve-
lure en broussaille, rapportant chez lui la petite chaudière traditionnelle, renfermant encore un réste séché de diner. Enfin il respire, ses poumons se dilatent gonflés d’air pur, devant l’incomparable nature du Maître incomparable il sent l’âme de son âme renaître, il vit; tous les murmures montant de la terre au ciel le ravissent, le pi ouit répété de l'oiseau qui s’est tù tout le jour, est un couplet joyeux que termine soudain le son lointain du chalumeau d’un berger ramenant son troupeau.
La cloche du village a tinté, les mains en croix sur sa poitrine demi-nue, le travailleur courbe son front vers les blés jaunissants ; comme l'encens qu’agite le thuriféraire, sa prière s'élève vers les célestes voûtes. 3