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LES FIANCÉS DU SPITZBERd
joies de IV-tude, et je Tcn remercie. J'ai des livres et je lis. J'anime le silence de ma retraite par la vie intellectuelle. Comme un des anciens sorciers de la Laponie, j'évoque, fi la lueur de ma lampe, dans une chambre noire, les esprits invisibles, l'esprit des poêles, des historiens, des philosophes. Quelquefois, du milieu de notre pauvre petite bourgade, je pénètre avec un romancier dans le luxe et dans l'agitation des salons de Paris ; quelquefois, du sein de nos remparts de glaces, je parcours avec un voyageur les spicndidcs contrées des tropi(iues. 11 y a un poëme espagnol dont je ne me rappelle que le titre: Ln vida es un sueno'. Ceux ([ui ont eu ce songe dans leur imagination, n'ont-ils pas été, en définitive, aussi heureux, plus heureux peut-être, que ceux qui en ont vu la réalité ?
— .Vh 1 s'écria Marcel, je connais celte magie des livres, et ce n'est pas moi qui la blâmerai ; mais vos lectures n'agitenl-elles pas votre esprit ? Les chants des poètes, les récils des voyageurs, ne vous donnent-ils pas des élans impétueux et des aspirations dilliciles à !('■ primer .' »
A cette question, le docteur l)aissa la tète, comme lui homme qui cherche à se recueillir, quand il a entendu une parole ; puis, après un instant de silence, il reprit d'un ton calme, avec sa physionomie placide :
« Ce que vous me dites s'adresse à mou passé. Oui, j'ai été jeune aussi ; j'ai eu mes jours de vanité et d'exaltation. Oui, lorsque j'étudiais à l'université de Christiania, je révais au bonheur de m'illustrer par quelque grande entreprise ou quelque mémorable découverte. J'aurais voulu m'embarquer, h titre de naturaliste, dans un aventureux voyage, faire le tour du monde, comme le célèbre Allemand Forster, comme l'Anglais Darwin, ou explorer- l'Australie, comme votre savant Perron, ou le Japon, comme notre Tunberg. Oui, il fut un temps où j'ai pu m'écrier, ainsi que le poëte allemand :
Et moi aussi je suis né en Arcadic-.
Mon Arcadie, c'était la riante vallée de Miossen où j'ai passé mon enfance; c'était le beau village où mon père exerçait les fonctions de juge ; c'était la jolie maison abritée sous les rameaux de sapins, égayée i)ar l'aspect des chalets dispersés sur les collines, par l'onde linqiide du flevive miroilaiil dans la verte prairie. Mais la nécessité, répètent souvent