‹ Les fiancés du SpitzbergChapitre 32 sur 47 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

To hearen he thro)rs his dying eyes And: rt Ohprotect my icife and chilrl, » he criés. The gushing streams mil back the uafinished sound ; He gaps! and sinks amid the rast iirofound. Falconer, The Shipicreck.

Vers le ciel il tourne ses regards mourants, et s'écrie : n Oh ! prolëf:e ma femme et mon enfant. » Les Ilots éL'umeux emportent cette invocatinn inactievée : il respire coiivnlsivenient et tombe dans les profondeurs de l'abîn.e.

Le lendemain, les matelots partaient gaiement pour la pèche. Blondeau seulement restait à lx>rd avec Frisquet et quelques gabiers. Sur l'une des baleinières, était Tromblon : sur une autre, Lax ; sur une troisième, Marcel.

De bonne heure Carine s'était levée pour assister au départ des chaloupes, et, aussi longtemps qu'elle put les voir, son regard resta attaché sur celle de son père et sur celle de son fiancé.

La journée s'annonçait d'abord sous les meilleurs auspices : une mer calme, un horizon pur, une légère brise du sud. Par un tel temps, les morses devaient s'entasser sur les bancs de glace, où ils reposent dansleur indolence comme des sybarites. Mais bientôt le ciel se couvrit de nuages : le vent se leva âpre et violent, puis, des vapeurs condensées en un instant dans l'atmosphère, la neige tomba à gros flocons.

« Mauvaise afîaire, dit Lax en secouant la tête. Les morses et les phoques sont comme les belles dames qui ont peur de s'enrhumer, et qui ne sortent point de leur demeure par la pluie ou la neige. La nature les a pourtant revêtus d'un fameux manteau, ces diables d'animaux, et la glace est pour eux un moelleux tapis ; mais ils ont des lubies et des timidités de petites maîtresses. Cependant, allons en avant ; peut-être en trouverons-nous quelques-uns que l'orage n'a point encore éveillés de leur assoupissement, ou qui restent sur leur galerie en attendant le refour du soleil, i

Les trois embarcations continuèrent leur trajet, mais la première prévision du vieux pilote était la 2>lus juste. Les voluptueux amphibies désertaient leurs terrasses aériennes pour se plonger dans la profondeur de leurs retraites aquatiques. Tromblon ne put parvenir à en liarponner un seul, et jeta son arme au fond de la chaloupe en jurant. Marcel reconnut aussi, non sans regret, mais avec plus de calme, l'inutilité de ses tentatives. Lax seul

réussit à atteindre un morse, qui, plus pares seux ou plus patient que les autres, se tenait mollement couché sur une glace flotante: il lui plongea sa lance dans la poitrine d'une main si vigoureuse, qu'il le tua du premier coup ; il l'amarra ensuite à sa chaloupe, et le ramena en triomphe. C'était un morse de la plus grosse espèce, à la peau argentée, signe de sa vieillesse : car la peau de ces animaux, qui d'abord est toute noire, pâlit à mesure qu'ils avancent en âge. grisonne, puis devient toute blanche. Par le frottement des glaces et des rocs qu'il avait souvent gravis, le dessous de ses larges pattes s'était racorni, comme cette j)rotubérance du ventre du chameau sur laquelle le quadrupède du désert s'appuie quand il s'accroupit par terre. Une de ses dents, forte, polie, massive, fut arrachée, non sans eflbrt, de sa rude mâchoire, et mise dans une balance : elle pesait quinze livres ; l'autre était à Hioitié brisée, soil par l'effet de la vieillesse, soit dans une lutte violente : car le niorse emploie ses deux dents. tantcM en guise de crochets, pour chercher dans la vase ou dans le sable des coquillages dont il se nourrit, tantôt, ainsi que nous l'avons déjà dit, pour se hisser, comme avec des crampons, sur une pointe de terre, tantôt enfin pour lutter contre le poisson à épée, un de ses redoutables ennemis, tantôt pour se défendre contre la lance et le harpon des pêcheurs.

Les matelots dépecèrent le monstrueux animal, qui avait, de la tète à la queue, trente pieds de longueur, et au milieu du corps la circonférence d'un éléphant. Après avoir enlevé sa peau épaisse et l'épaisse couche de graisse qu'elle enveloppe, ils détachèrent quelques lambeaux de sa chair qu'ils firent cuire, et qui leur parut aussi appétissante qu'une bonne pièce de bœuf.

Carine détourna les veux de cette espèce de travail d'abattoir, qui certes n'est pas agréable à voir. Marcel et Blondeau félicitaient Lax de son heureuse capture. Tromblon se tenait à l'écart, humilié dans son amour-propre, sombre et farouche.

« Pas de chance ! murnuirait-il en bourrant sa pipe, avec une sorte de mouvement conviilsif. Ce maudit voyage l quand finira-t-il ? v

Le mauvais temps continuait. L'équipage de la Rosa-Marie se remit cependant en campagne, mais .sans succès. Les morses étaient invisibles, et, dès qu'on en apercevait quelques-uns et qu'on tentait de s'en approcher, le premier d'entre eux qui, de ses petits yeux rouges, voyait arriver la barque ennemie,.

donnait nn coup df dont à son voisin poiul'avertir du danger, et tous se précipilaienl aussitôt dans les vagues.

Ils ne soûl plus si confiants cl si débonnaires qu'ils rétaienl autrefois, ces amphibies du Nord. Comme les baleines, ils ont appris, par leur instinct, qu'il y avait pour eux, dans leurs vastes domaines, un (vfineini plus redoutable que le narval ; et si, dans leur iiido-

Jeune nialelot poursuivi par un oiu's.

lencc. ils n'ont point émigré comme les baleines, ils pressentent du moins le péril qui les menace et tâchent de l'esquiver. Il faut dire aussi que dans ces combats perpétuels qu'on leur livre depuis près de deux siècles, leur nombre a considérablement diminué, .ladis, dans les parages du Spitzberg, on les voyait empilés les uns sur les autres par milliers, aussi serrés et aussi inertes que des harengs dans un tonneau. Jadis, à l'embouchure de rOb, sur les rives de la mer Glaciale, les Tchoukis ramassaient une telle masse de dents

de moa-ses, qu'après on avoir fai)ri([ué toutes sortes d'ornements et d'ustensiles, il leur en restait encore une quantité dont ils faisaient une otîrande à leurs dieux ou leurs démons '. iMainleuanf, les Tchoukis enlèvent fort irrévérencieuseuienl à leurs idoles ces morceaux d'ivoire pour les vendre aux marchands russes. Maintenant, les pécheurs de Hammerfest sont assez satisfaits de leur labeur, lorsque, dans le cours de leur expédition, ils ont capturé une quarantaine de morses.

Blondeau s'attristait des inutiles tenij tatives de son équipage, non pour lui

Iiersonnellcment, car il se contentait aisément de sa solde de capitaine ; mais pour les matelots, qui devaient avoir une part proportionnelle dans les bénéfices du voyage, et pour son armateur, à qui il espérait rap- ^|iij|jl lllJH porter une riche cargaison. ■'f!'!''''f™i'| Jusque-là pourtant, on n'avait

eu à déplorer aucun des sinistres si fréquents sous ce ciel ora- ^^p^J:.' geux, et, dans l'infructuosité du 9- li' travail des harponneurs et des

bateliers, c'était du moins une ,,;; consolation. Une fois seule-

ment, près de l'ile d'Amsterdam, une chaloupe fut surprise par , ï une subite rafale et faillit être jetée à la côte ; mais, grâce à l'habileté et à la présence d'esprit deDambelin, elle échappa à ce désastre. Une autre fois, un jeune matelot, qui était descendu à terre, et qui s'était vanté de gravir au sommet d'un pic escarpé, vit tout à coup appal'aître devant lui un ours à la gueule béante, à l'œil enflammé. Le pauvre marin se trouvait seul, sans armes, en face de l'elTroyable bête ! Par bordieur, il se souvint d'un stratagème employé, en une pareille rencontre, par un Hollandais ; il jeta son bonnet à la tête de l'ours et s'enfuit. L'ours s'arrêta un,e seconde à flairer cette coiflure qui ne pouvait apaiser sa faim, et poursuivit une proie meilleure. Le matelot lui lança successivement sa cravate, sa vareuse, son gilet ; à chaque objet dont lise dépouillait, il retardait la marche du féroce animal et gagnait du terrain. Enlin, il réussit à atteindre la chaloupe ; il y tomba, tremblant de peur et épuisé de fatigue. L'ours, qui n'avait cessé de le suivre, et qui voyait sa victime prête à lui

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