I. Aiiiinn in'iijis est uhi anuit. <iniun iibi animal
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craignant à toute luinulo do voir se fermer le dernier passage ouvert à leur fuite, avaient, dans leur précipitation, Ijonieversé l'arrimage cl dévalisé la cale. Cependant ils n'avaient pu tout enlever ; ils avaient même, dans le désordre do leurs mouvements, oublié ou négligé de prendre ce qui devait exciter le i)lus leur convoitise, une tonne de vin, un baril de genièvre et une futaille de bière. Kn fouillant dans cet amas docolTres violemment décloués, de plancbes éparses, lîlondpau trouva une caisse do biscuit encore intacte, une autre remplie de viande salée, et Marcel, à sa grande Joie, on découvrit une troisième qu'il avait lui-même fait ])réparor à Dunkerque. et sur la(pioll(H'laitécrit on grosses lettres : Painican. Probablement elle avait écbappé à la rapacité des matelots, par la vertu do cotte inscription dont ils ne compronaienl pas la signification. Pour ceux à qui ce mot, d'origine américaine, serait également étranger, nous devons dire que le pamican est de la chair de bœuf de première qualité, desséchée au soleil ou à un feu modéré, de façon à ce qu'elle se détacbe de toutes ses parties ac[uonses, puis réduite en poudre, passée au tamis, mélangée ensuite avec de la graisse et pressée fortement.
Dans le plus petit volume, cette préi)aration renferme la substance la plus nutritive. Quelques feuilles de cet arbuste du Pérou qu'on appelle \q coca, sufhsont à l'Indien pour soutenir ses forces dans une longue marche; un morceau de pamicnii suHil. au besoin, pour alimenter le matelot dans les stériles régions du Nord.
Les Anglais, ces honunes pratiques par OKCollencc, n'ont pas tardé à reconnaître l'utilité de cotte composition culinaire qui occupe si peu de place. Les capitaines qui, il y a cfuelques années, furent envoyés à la recherche de Franklin, enqiortaient une provision de [xiinicnn pour leur propre usage, et une autre qu'ils enfouissaient sur la plage, à un endroit déterminé, pour les bcàtimentscpii devaient les suivre '.
« Nous sommes sauvés ! s'écria Marcel, on retournant sa caisse pour s'assurer cju'olle était parfaitement intacte : avec cette excellente denrée, que M. N'anskop a bien voulu accorder à ma requête, ot dont j'ai surveillé avec soin la confection, nous ne courons pas
I. Un (le ces capitaines, M Ilicliardsou. en a\ait à bord (le son navire 17./100 livres pour lesquelles on avait employé 'i'yA'K^o livres de bœuf et 7.500 livres (le lard. Pour donner plus de saveur à cet aliment, il y avait nH''lan;,^é 3S0 livres de sucre. Ce pamican rcxenait à i l'r. 20 cent, le kilogramme.
ristpie do mourir de faim, dussions-nous rester ici plusieurs mois. »
Plusieurs mois ! En prononçant ces mots, le jeune lieutenant croyait faire une aventureuse hyperbole, ot il restait au-dessous d'une fatale réalité.
L'ouragan s'était apaisé. Le vent avait tourné tout à coup du nord au sud ; mais celle variation de l'atmosphère ne changeait rien à la critique situation de la Rosa-Marie. La température n'était plus assez chaude pour dissoudre les glaces entassées autour du navire, et la brise n'était point assez forte pour les disjoindre : elles l'étreignaient comme un mur de circonvallation ; elles semblaient liées l'une :, l'autre par un ciment indissoluble. Quelques blocs flottants, qui peu à peu s'étaient rejoints, avaient même fini par obstruer le côté de bâbord, par où Tromblon s'était enfui. Il ne restait plus une seule issue pour écliappor à celle incarcération, pas même avec un léger canot.
Blondoau et Marcel espéraient encore qu'un heureux coup de vent enlr'ouvrirait ces infranchissables remparts. Lax, plus expérimenté, se promenait pensif du gaillard d'avant au gaillard d'arrière, regardait de côté et d'autre l'horizon, et secouait tristement la tète.
Les oiseaux, qui ont leur calendrier, annonçaient, par leurs mouvements, l'approche de la rigoureuse saison. Les eidors s'appelaient deçà et delà, et se réunissaient sur la plage pour se former en phalange, et briser, par leur bande triangulaire, les courants d'air ; les oies s'envolaient en groupes serrés comme des flocons de neige ; les stercoraires euxmêmes, ces brigands aérions, abandonnaient les lieux où bientôt ils no pourraient plus se livrer fructueusement à leurs habitudes de déprédation. L'une après l'autre, ces légions de transfuges s'élevaient sur la côte, tourbillonnaient autour du navire : les uns, par leurs gloussements plaintifs, semblaient lui adresser un dernier adieu ; les autres, par leurs cris rauquos ot stridents, semblaient se railler de son immobilité.
« Ils s'en vont, les coquins d'oiseaux, disait Dambolin en riant, et ils seront dans notre pays avant nous. Si du moins ils voulaient bien se charger de nos commissions ! En voilà un qui plane au-dessus dos autres, comme s'il était le chef de la caravane : je lui mettrais volontiers au col une lettre pour ma femme ; il n'aurait qu'à la laisser tomber sur la côte de Dunkerque ; un facteur rural peut-être la ramasserait et l'enverrait à son adresse. »
Mais Lax ne riait pas, et Carine, à qui cette
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migration rappelait une des scènes périodiques qu'elle se iilaisait autrefois à observer, en Suède, avait été prendre dans son armoire un volume de poésie dont elle cadençait les strophes à voix basse.
i< Que murmurez-vous donc ainsi ? lui dit Marcel. A aous voir drapée dans votre manteau noir, la tète penchée sur votre livre, Tœil animé et les lèvres mouvantes, on vous prendrait pour une sibylle cjui se prépare à formuler un oracle.
— Un oracle de la nature et de la vie humaine, répondit Carine : un chant mélancolique de mon cher poëte Stagnelius, que j'ai souvent lu dans ina j^remière jeunesse, et que je ne relis jainais sans une indéfinissable émotion : voulez-vous que je vous le traduise ?
— J'en serai charmé, et, puisqu'il vous plaît, j'apprendrai aussi à le traduire.
— lia pour titre, reprit Carine, Flytfaglanie, les oiseaux de passage. Asseyez-vous là ; je vais vous le dire :
« Voyez les oiseaux qui s'envolent : ils quittent en soupirant les contrées du Xord ; ils s'en vont vers les rives étrangères, et leur chant plaintif se mêle au murmure du vent : où nous envoies-tu, ô Dieu ? s'écrient-ils ; sur quels bords nous appelle ton message ■"
« Nous quittons avec inquiétude la terre Scandinave. Là, nous avions grandi : là, nous étions heureux ; sur les tilleuls en fleur nous avions construit notre nid ; le vent nous berçait sur les rameaux parfumés. A présent, il faut que nous nous élancions dans les lieux inconnus.
« Dans les forêts, la nuit était si belle avec sa couronne de rose, avec ses cheveux d'or ! Nous ne pouvions dormir tant elle était belle! nous nous assoupissions seulement dans notre joie, jusqu'à ce que le matin vînt nous réveiller du haut de son char étincelant.
« L'arbre vert étendait au large ses rameaux, versant sur le frais gazon, sur la rose tremblante, les gouttes de rosée qui brillaient comme les perles. Maintenant, le chêne est dépouillé de son feuillage, la rose est flétrie. Le bruit de la tempête a remplacé le souffle léger du vent, et la riante parure de mai est cachée sous la neige.
« Que ferions-nous plus longtemps dans le Nord ? Chaque jour son horizon devient plus étroit et son soleil plus pâle ! A quoi nous servirait de chanter? Toute cette terre est comme un tombeau. Dieu nous a donné des ailes pour fuir dans l'espace. Salut à vous, salut, vagues orageuses de la mer !
« Ainsi les oiseaux chantent en s'éloignant.
Bientôt ils atteignent une contrée plus belle. Là, les pampres se balancent à la cime des ormeaux ; les ruisseaux gazouillent sous les branches de myrte, et les forêts résonnent d'un chant de joie et d'espérance.
« Quand ton bonheur terrestre se change en regret ; cjuand le vent d'automne commence à gémir, ne pleure pas, pauvre ànie 1 Au delà des mers, une autre contrée sourit à l'oiseau fugitif. Au delà du tombeau, il est une autre demeure dorée par les rayons d'un matin éternel. »
Carine prononça ces derniers vers avec une expression de tristesse cjui résonnait comme un soupir dans le cœur de ^Marcel. Pour faire diversion à la mélancolique impression de sa fiancée, il s'écria :
« Nous répéterons, ma chère Carine, cette strophe finale cjuand nous serons vieux ; à présent nous devons dire : Au delà de ce désert du pôle, il est une autre contrée éclairée par un doux soleil, épanouie entre deux mers comme un riant jardin entre deux lacs, défendue d'un côté par de hautes montagnes, comme une anticiue seigneurie par ses tours crénelées, et de l'autre se déroulant en une immense plaine, comme une pensée dont rien ne limite le développement ; terre féconde et magnifique, cjui, sous son ciel tempéré, réunit dans ses différentes zones les richesses de différents climats : les produits agricoles des régions du Nord et les plantes embaumées du Midi, les sites les plus agrestes, les scènes de la nature les plus grandioses et les images les plus riantes ; cher et charmant pays habité par un peuple dont le temps ni les révolutions ne peuvent amortir la ijuissante >1talité, dont la fibre mobile palpite à une pacifique idée d'art ou de science, comme au son belliqueux du clairon ! peuple avide de tout essai nouveau, et tourmenté d'un perpétuel besoin d'action ! peuple toujours jeune, souvent emporté par son ardeur hors des bornes de la raison, souvent, hélas ! aveuglé par son effervescence, et renversant, en ses heures de vertige, l'édifice qu'il avait lui-même sagement construit en ces jours de calme! peuple unique dans le monde et parfois incompréhensible, mais si brave, si généreux, qu'il attire à lui la sympathie de tous les autres peuples, qu'illes entraîne dans son élan, qu'il les éblouit par son courage, et qu'il se fait pardonner ses erreurs par ses propres sacrifices, parla grandeur de son désintéressement ! Ce peuple, c'est celui auquel je suis fier d'appartenir ; ce pays, c'est la France où je veux vous emmener. Dahin 1 Dahin ! Si je savais chanter, je vous
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chanterais, en pensant à la l'rance, cette mélodieuse prière de la Mignon de Goethe.
— La France ! la France ! » murmura la jeune fdle : et dans sa voix il y avait un accent plaintif, et dans son regard luie sorte de vague iiicjuiélude.
Parfois, dans la pure sérénité d'unjour d'été, une ombre Ilot tante se projette sur un lac azuré, et en voile un instant la surface limpide. Parfois il sudit d'un nuage qui passe sur le dis'que du soleil pour contracter les folioles des mimosas. Parfois, à l'heure la plus placide, l'âme liumaine est comme l'eavi de ce lac, comme celle feuille délicate du mimosa. Une ombre subite la traverse, un nuage la fait frissonner. Est-ce un rêve, un pressentiment, une indéfinissable intuilion ? Que les physiologistes discutent et analysent de différentes manières ces phénomènes mystérieux, ils ne peuvent du moins les n-ier.
Mais cette impression de tristesse, dont Carine ne pouvait elle-même se rendre compte, ne fut pas de longue durée. Elle avait trop de générosité dans le cœur pour s'abandonner indolemment à une ' émotion toute, personnelle, et trop de fermeté naturelle pour ne pas pouvoir la réprimer. Un instant après elle relevait la tête ; elle regardait Marcel en souriant, et, lorsque son père reconnut qu'il n'y avait plus d'espérance de voir les glaces se rompre, et lorsqu'il fut obligé de lui avouer qu'il fallait se résoudre à rester dans cette barrière immuable tout l'hiver, elle écouta cette douloureuse révélation avec une calme fermeté. Elle avait cette rare énergie qui s'applique à supporter patiemment le malheur contre lecjuel on essayerait en vain de lutter, et cette religieuse résignation qui, dans un désastre imprévu, s'incline sous la volonté de Dieu.
Par sa douceur, par sa modestie et sa tranquillité, elle était comme une image vivante de cette gracieuse figure dépeinte par Dante :
neni(jnamcnte d'umillà vcliista.
<( Bénignement vêtue d'humilité. »
l'Abbé R. Th. Lapointe;
143 St. Patrice»
Otta vva.