‹ Les fiancés du SpitzbergChapitre 38 sur 47 · I. I'iiIIdui. Marvcls nf sricnrc · texte numérisé non relu

I. I'iiIIdui. Marvcls nf sricnrc

■j. AUcrbum. Lyc jsoliijlwleiis o,

l)oiiilo liiaiif^Miliiirc, (iu('l(|ucf()is comme un casque avec son cimier, et d'aulies fois encore comme une grotte d'opale cpii se creuse dans le ciel nébuleux. Mais sa lumière est douce et calme comme celle du crépuscvde, cl elle garde longteiui)s la même foi'me.

snl)il élancement. On dirait qu'elle monte lenlement des profondeurs de l'horizon, connue l'aube du malin, et se développe derrière ini nuage connue une splendidc décoiatiou derrière le rideau d'ini théâtre, l'eu à peu le image cpii la revêt se détache sur un fond

Uiio aurore boréale. — Passage polaire.

La seconde esl plus brillante, plus variée, el en cjuclques instants elle présente toutes les nuances, toutes les images fantastiques d'un kaléidoscope. C'était celle-là surtout qui étonnait Carineol Marcel, éblouissaitleurs regards, captivait leur admiration.

Cette aurore boréale ne naît pas tout d'un coup, et n'éblouit pas le spectateur par un

azuré, se couronne d'un cercle lumineux, connue un arc de triomphe, d'une guirlande de flammes du Bengale, puis soudain, de la sonnuité de celte aurore jaillissent des gerbes de feu cjui éclatent comme des fusées et se (lis|)ersenl dans les airs comme l'écume irradiée d'une cascade ; puis le nuage crève et s'entr'ouvre comme un cratère. Sur ses con-

tours se dessine une auréole jaune. Du milieu de son foyer, tantôt on voit ruisseler des flots de lumière pareils à la lave ardente qui s'échappe des entrailles d'un volcan ou au métal liquéfié qui coule de la fournaise d'une forge. Tantôt on voit surgir des colonnes de feu, comme celles qui éclairaient les Israélites dans leurs marches nocturnes à travers le désert. Ces colonnes s'écartent l'une de l'autre comme si une main invisible les rangeait dans l'espace pour con.struii'e un magique propylée. Elles s'élancent sur la voûte éthérée. puis se rejoignent par un chapiteau flamboyant, et, tour à tour, elles s'imprègnent de différentes couleurs.'tour à tour elles ont la teinte éclatante de la pourpre de Tyr, et la teinte plus douce du malachite ou du lapis-lazuli ; puis elles s'inclinent vers le Sud, et puis après disparaissent comme une apparition fantasmagorique.

Parfois ces merveilleux édifices de l'aurore boréale sont si transparents, qu'à travers leurs pilastres et leurs murs, on distingue encore, ainsi qu'à travers un pur cristal, le scintillement des étoiles. Mais parfois leur lumière se répand à la surface du ciel avec une telle puissance et une telle intensité, qu'elle efTacc la clarté des planètes et même celle du soleil. Parfois, enfin, elle se répand au Nord comme un fleuve d'argent ou comme une nou\ elle voie lactée; puis on la voit pétiller comme un brasier, s'éteindre d'un côté, se rallumer un peu plus loin, et enfin se resserrer et s'arrondir comme une tente d'or et de rubis.

Sa durée n'est pas moins variable que le changement de ses différentes formes. Il est des aurores boréales qui luisent comme des météores, voltigent comnie des feux follets, et s'évanouissent quelques minutes aprèscomme des étoiles filantes. Il en est qui se prolongent pendant toute une nuit, et quelquefois pendant plusieurs jours de suite.

Les physiciens ont cherché par diverses théories à expliquer ce phénomène ; les uns l'attribuent à l'incandescence des vapeurs sulfureuses qui sortent des entrailles de la terre ; d'autres, à la circulation de l'eflluve magnétique du globe d'un pôle à l'autre ; d'autres à la combustion de l'air enflammé par l'électricité ; d'autres enfin, à l'effet produit sur l'atmosphère de la terre par l'impression de cette Iimiière particulière qu'on distingue en certain temps au lever du soleil, et qu'on appelle la lumière zodiacale.

Les Indiens de l'Amérique ne se sont pas donné tant de peine. Ils disent tout sinq)le-

ment que les lueurs de l'aurore boréale sont les esprits de leurs aïeux qui dansent joyeusement dans les airs. Quels lumineux esprits !

Après les scènes éphémères de la voûte céleste, les pauvres habitants de cette Thébaïde des glaces retombaient dans la tristesse et l'obscurité de leur réclusion. La nuit le matin, la nuit à midi, la nuit le soir, la nuit toujours, et les gémissements lugubres de la rafale, et le froid, cet ouvrier de la mort ! Les hommes les plus fermes résistent difficilement à une telle épreuve quand elle se prolonge.

Quelquefois Marcel croyait remarquer que la physionomie de ses compagnons s'assombrissait. Alors il cherchait bien vite un moyen de les détourner de leurs mauvaises réflexions, car il savait quelle influence le moral exerce sur le physique, quelle que soit à cet égard l'opinion des matérialistes.

Un jour le mouvement de la pendule s'arrêta ; le froid avait congelé l'huile de ses ressorts ; ce fut pour les pauvres gens une pénible surprise.

Dans les ténèbies de leurs cellules, ils se plaisaient à entendre les vibrations de cette horloge. C'était pour eux comme un signe de vie dans leur morbidescence : c'était comme une voix qui les encourageait dans leur attente, en leur annonçant la fuite des heures de leur sombre hiver. Quand cette voix cessa de résonner à leurs oreilles, il leur sembla que tout mourait autour d'eux, que le temps même, dont ils ne pouvaient plus mesurer si aisément le cours, s'ariètait dans sa marche.

Marcel remarqua cette impression et voulut en détourner l'esprit de ses compagnons.

« Quel chétif instrument ! s'écria-t-il en prenant la pendule et en la regardant avec une expression affectée de dédain. Quelle faiblesse dans les œuvres les plus ingénieuses de l'industrie humaine ! Quand nous serons en France, ajouta-t-il en se tournant vers Carine, nous nous ferons une horloge plus riante et plus sûre, une horloge de Flore.

— Qu'est-ce donc qu'une horloge de Flore ? demanda avec un accent de curiosité la jeune fille.

— Ne le savez-vous pas, vous qui êtes née dans le pays de celui qui l'a découverte, dans le pays du savant, de l'immortel Linnée ?

— Non, j'avoue que jusqu'à présent je n'ai jamais entendu parler de celle invention de mon illustre compatriote.

LKS FÏANCKS DU SIMTZBERG

— Eli bien, jp serai clianiK" de lui donner un lilrode plus à volro admiration, ot Je vais essayer, autant que mes faillies eonuaissanccs nie le permettent, de vous expliquer un de. ses attrayantssystèmes. Liiniée avait reniarquc quc certaines plantes s'ouvrent et se ferment à des heures fixes. En poursuivant cette étude, il en vint peu à peu à composer, dans cet ordre d'idées, une nouvelle classification, à ranfrer en diverses catégories, selon leur mouvement journalier, les végétaux qu'il observait si altenlivemenl, à former enfin une sorte de cadran solaire, ou, pour mieux dire, une horloge de Heurs, qui ne sonne point, il est vrai, les heures, comme les sonnait naguère notre l)auvre pendule, mais qui les indique par ses aiguilles d'or ou de pourpre sur son calice <i"émail, ou sa corolle d'argent.

'< Il divise d'abord les fleurs en trois classes piiucipaies : les météoriques, c{ui s'ouvrent plus tôt ou plus tai'd, en raison de l'ombre, ou de l'humidité, ou delà sécheresse de l'air ; les tropiques, ciui semblent suivre le mouvement du ciel, qui avancent ou retardent leur lever, selon la longueur ou la brièveté des jours ; puis les équinoxiales, qui s'ouvrent et se ferment à un moment déterminé.

« Une fois son cadran établi, il pouvait y voir régulièrement la division du temps aussi bien (|u'à l'horloge de l'université d'Upsal.

«Ainsi les loutodors s'ouvrent à cinq heures du matin, et se ferment, les unes à six heures, •les autres à huit heures du soir;

« La pilosclle s'ouvre à huit heures et se ferme à deux ;

« Le souci des ciiamps s'ouvre à neuf et se ferme à trois ;

« Le salsifis est le plus tenace. 11 s'ouvre à quatre heures et ne se ferme qu'à dix.

« Le nyinphica ou nénuphar blanc a une <ivitre propriété. Vers les sept heures du matin, il commence à se mouvoir, sort peu à peu de son humide retraite, comme un enfant indolent de son lit. A midi, il s'élève à trois pouces envii'on au-dessus de la surface de l'eau, il aspire le grand air, il se dilate au soleil, comme un heureux oisif. Vers cpiatre heures, il commence à faire ses jiréparatifs ])our la nuit; il se relire graduellement et rentre dans sa demeure a([uatique, comme lui bon bourgeois des anciens temps rentrait à son foyer au son du couvre- feu.

« Bien plus, il y a des fleurs qui, par l'impression de l'atmosphère, pourraient au besoin servir de baromètres. Tel est, entre autres, le souci d'Afrique, c|ui s'épanouit de

bonne heure, si le jour doit èlre])ur et calme, et le laitron de Sibérie, (pii, la veille des jours de pluie, reste ouvert toute la nuit, comme pour aspirer une provision d'air dans la ])révision de la journée du lendemain, pendant laquelle il restera timidement fermé.

— Quelle charmante leçon d'histoire naturelle ! s'écria Carine, et vous dites qu'à Dunkerque nous pourrons avoir une horloge de fleurs ? Les gens heureux ne devraient pas en employer une autre pour inarquer la mesure du temps. »

L'innocente Carine : Si elle eût mieux connu le monde et la vie. elle se serait dit que nul de ceux qui adopteraient dans une des phases joyeuses de leur existence cette horloge poétique, ne l'observerait longtempsavecle même sentiment. Si éphémères que soient les fleurs des chamjjs, elles le sont moins que les mobiles atomes du bonheur humain, et, chaque année, elles renaissent ; et combien d'hommes peuvent dire vraiment avec un de nos poètes :

Le cœur n"a qu'un printemps et ne rellciu'it plus '.

Mais Marcel, l'amoureux Marcel, n'était pas plus que Carine disposé à faire en ce moment de telles réflexions.

Il se hâta de répondre à la jeune fille qu'il lui trouverait à Dunkerque un joli petit jardin où elle pourrait se livrer aux plus riantes observations. <i En attendant, ajouta-t-il, puisque nous sommes obligés de nous en tenir aux plus vulgaires moyens de calcul, nous ferons bien de remonter régulièrement nos montres, et de noter avec soin chaque jour de la semaine, afin que nous n'en venions pas à nous croire à la Pentecôte quand nous n'en serions encore qu'à Pâques. Ensuite, comme notre ingrate pendule nous refuse ses services, je propose de mettre un de nos sabliers en permanence sur la table. Chacun de nous sera chargé successivement de faire le quart près de cet instrument nautique, et de le retourner. De cette façon, si nous n'entendons plus sonner les heures, nous les verrons fuir, et les heures passées ne reviennent plus -.

— Bonne idée, murmura Blondeau.

— Bonne idée ! » répéta Lax.

Dambelin se leva, alla chercher le sablier qu'on employait sur le navire quand on jetait le loch, et le présenta à Carine.

« Attention ! s'écria le lieutenant, tournez ! » La jeune fille obéit au commandement, et le

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