‹ Les fiancés du SpitzbergChapitre 6 sur 47 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

There are liring human faces, trhich independlii of tnere pin/sicai bcauty, chav)n and cntliral «s more thàm the inost prrfect linéaments icich cjreclc sculpior erev lent lot a marble face. Bllvver.

Il y a (les figure- humaines qui. indt^pendamment de la beauté purenienl physique, uous charraent et nous subjuguent plus que les plus parfaits linéaments que le sculpteur grec a jamais ciselés sur le marbre.

Les charpentiers choisis par M. Sparrman furent exacts au rendez-vous qui leur avait été assigné ; mais ils en avaient au moins pour quinze jours à réparer les désastres d'une nuit d'ouragan. En vain Marcel essaya d'accélérer leur besogne ; les ouvriers du >'ord ont des habitudes de travail lentes, systématiques, que nulle volonté plus impétueuse ne petit activer.

Ces quinze jours de relâche obligée donnaient au jeune lieutenant des loisirs qu'il employait, selon sa coutume, à étudier le ])ays où il élail forcé de séjourner. Il descendait souvent à terre; il visitait les marchands, ([ui tous l'accueillaient avec une cordiale affabilité ; il recueillait des renseignemenis sur les procédés de navigation et les relations de commerce de celte curieuse petite ville. Puis. lois(pi"il rentrait dans sa cabine, il reprenait ses cliers compagnons, ses livres, auxquels

LES FIVNCKS DU Sl^l'IZBKUG

il anrnit pu dïio, coniino le vieux Raiilzau, cluuiuc l'ois qu'il los contcuiplait dans leur [)eliCc aiinoirc :

S;ilvcle, aiircoli nici libclli, MciC deliciit! mci Icporcs.

Par la persistance de sa volonlé il avait appris, sans le secours d'un maître, l'anf^lais. cl à tout instant il s'applaudissait d'en être venu à pouvoir lire les intéressantes relations de voyafïe et les précieux ouvrages de science et de littérature écrits dans- celte langue.

Parfois aussi il faisait de longues promenades solitaires auloui- de Hannnerfest. l n malin, il vil la ciiiic (In rvvefield se dégager de son manteau de nuages, et résolut d'y monter. Le soleil se levait dans une radieuse majesté ; la mer, frissonnant sous une légère brise, reflétait dans ses replis ondulants des rayons de pourpre, et la neige des champs élincelait par ses myriades de facettes. C'était le prender sourire de l'été sur cette plage septentrionale. Co sourire est doux et triste. Vinsique l'a dit un poétique écrivain suédois, c'est comme si les génies de la contrée s'allligeaient de leur pauvi'eté et pleuraient sur la rudesse de leur sort, comparé à celui de leurs frères, comme s'ils disaient au maître do la nature : « Nous aussi nous avons du courage, nous aussi nous avons du plaisir à vivre, nous aussi nous aimons les lacs, les bois et les clartés de soleil ; mais ce soleil ne nous récliauire pas. Le froid paralyse nos ailes ; les oiseaux ne cliantent pas autour de nous, et mdie créature \ivaide ne se nnre dans nos ondes '. »

.Marcel se mit en marche avec cette mélancdlicpie rêverie (pie la nature du îNord semble distiller dans certaines âmes, surtout au lenq)s de la jeunesse, connue le pavot distille un arôme soporiflipie. Il gravit les lianes escarpés de la montagne, à pas lents, en s'arrètant fréquemmeid à observer les premiers elVets d'une plus chaude température sur cette terre boréale. Nul arbuste ne s'élevait près de lui; nulle fleur liàlive ne s'épanouissait à ses regards, comme ces fraîches primevères qui, avec les hirondelles, annoncent dans nos campagnes le retour du printemps ; nul insecte ne bourdonnait dans l'air. Maisdéjà les masses de neige se dissolvaient, se fondaient, et çà et là ruisselaient sur une pente rapide et tombaieiU d'un escaipcmeid en petits tlots sonores. Dans l(>s fissures des rocs, délivres de levu" linceul, apparaissaient des loulîes de

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