I. .\ potil uiscau. petit nid
(]e jour-là, pourtant, Hlondean trouvait que le jeune lieutenant faisait à terre une longue station ; il lui tardait de le voir revenir, et de temps à autre, il regardait du côté de Ilammerfest, et mordillait le bout de sa pipe avec un mouvement d'impatience. Il avait une nouvelle à lui annoncer, une décision qu'il venait de prendre, à lui tout seul, et (pii le troublait un peu.
« Enfin ! s'écria-t-il lors([u'il le vit sauter d'un |)ied léger sur le pont, vous voilà : venez par ici. j'ai à vous parler. »
Il aspira vivement plusieurs bouffées de tabac, comme pour donner un cours plus libre à sa pensée, puis il dit :
« C'est fini; j'ai vu La\, un brave homme... un bon et vrai luarin... une résolution de fer, et de l'intelligence. Il parle assez français pour qu'on le comprenne. Les gens de ce l)avs sont élonnaids ; ils parlent toutes les langues... Bref... nos conventions sont faites : il vient avec nous.
— .\ merveille, répondit .Marcel ; il a donc renoncé à celte absurde idée de voyage pour sa fille?
- jVbsurde... c'est peui-èli-e vrai..., réjjliqua le capitaine en baissant la tête, comme un homme qui craint de s'être laissé prendre dans un piège ; mais il n'y a pas renoncé... et, ma foi, je n'ai pas eu la force de lui ri'sister... (le diable d'homme a une volonté... et une faculté de ])ersuasion... .le sais pourtant bien à quel péril on s'expose en installant une jeune fille sur un navire pour une longue traversée... .le suis sûr de moi, et je dois être aussi sur de vous, puisque M"'' Rosa- .Marie elle-même n'a pu vous émouvoir... Mais ([ue quekpies-uns de nos hommes... que ce mauvais Troudjlon, par exemple, s'avise de trouver cette fille du pilote jolie... c'est l'orage... c'est le diable à gouverner.
— Elle est jolie ! s'écria Marcel.
— Vraiment ! vous l'avez donc vue ?
— Oui. je l'ai ix^ncontrée par hasard, et je viens de la quitter.
— Ilum 1 nuirmura le capitaine, en aspiratit une nouvelle boutl'ée de tabac.
— Elle est jolie, mais digne cl ferme, reprit Marcel. Ce qui m'inquiète pour elle, c'est son apparence de faiblesse... .le ne comprends pas que son père...
— Hue voulez-vous ? répondit le capitaine avec plus d'assurance ; c'est sa pensée fixe. Après tout, il la connaît mieux que nous, et il connaît mieux que nous aussi l'inlluence de ces climats du Nord. J'ai entendu dire que des .\nglais, alîectés d'une phthisie, s'étaient
iniracnleusem<»nt guéris en chevauchant, pendant quelques mois, dans le désert des prai ries de l'Amérique de l'Ouest. Peut-être que. pour les malades de ce pays, la température des glaces a des etTets semblables ; et ce pauvre père (pii a mis en ce voyage ses plus chères espérances, je veux croire qu'il ne se trompe pas. Dieu a pitié de ceux à qui il n'a plus laissé qu'une Joie en ce monde. Comme le disent les Espagnols, ajouta d'un ton de pieuse sensibilité l'iioiinète capitaine qui en revenait à tout instant à ses citations: Ao hlere Dios con dos ma nos : que ci la inar hizo paertos y a /o> rios vados '. Quoi qu'il en soif, c'est une airnire résolue : il n'y a plus à y revenir. Vous ne m'en voulez pas d'avoir pris celle décision sans attendre votre assentiment ?
— Moi. vous en vouloir, mon cher Blondeau ! dit Marcel : en ai-je le droit .■> et quand je l'aurais, ne sais-je pas que vous agissez en toutes circonstances avec la meilleure intention ?
— Merci 1 vous êtes un bon garçon... A présent, je vous dirai que. pour mieux installer notre passagère, j'ai résolu de lui céder ma chambre et de prendre la cabine qui est près de la vôtre. II ne me faut pas tant de place.
— Mais, répliqua Marcel, ne ferions-nous pas mieux de lui abandonner, à elle et à son |)ère, tout le gaillard d'arrière, et de nous établir, vous et moi. dans la dunette ?
— Oui. vous avez raison : cela sera beaucoup plus convenable. Sur ma foi, elle voyagera comme une reine, cette fille du vieux Lax : une chambre de capitaine, une chambre de lieutenant, et deux autres chambres encore pour se promener... C'est un vrai palais ! La bonne Rosa-Marie serait peut-être très heureuse de l'occuper ; mais vous ne voulez pas y songer, et j'ai tort de vous en parler... Maintenant, mon cirer Marcel, que nous avons notre pilote, il s'agit de hâter autant que possible notre départ. Lax dit que nous sommes déjà fort en retard. Les navii-es destinés à la pêche du Spitzberg partent d'ici au mois d'avril, et nous voici presque au mois de juin; cependant il ajoute que l'été s'annonce sous de favorables auspices, et il espère (pie nous pourrons encore faire une fructueuse expédition ; je le désire ^ivement, pas tant pour moi que pour M. Vanskep.
— Si vous le voulez, dit le lieutenant, je resterai constanuuent à bord pour surveiller et activer le travail des marins.
i. Dieu ne frappe pas des deux mains; il fait des ports aux mers et des gués aux rivières.
— A(Ui. non: c'est mon alfaire : allez à terre tant qu'il vous plaira. Je sais que vous aimez à observer les pays où vous vous arrêtez, à recueillir des renseignements qui, après tout, peuvent avoir leur utilité. Quant à moi, voyez-vous, mon navire c'est mon royaume; le reste m'intéresse peu : les vieux marins sont comme les vieilles loutres, qui ne se traînent sur le rivage que lorsque la nécessité les y oblige. Un jour peut-être vous aurez les mêmes goûts ; un jour peut-être vous reconnaîtrez qu'il n'y a pas de meilleur gile en ce monde qu'une cabine sur un beau bâtiment. En attendant, buvons une bouteille de ce porler de (lOtliembourg, que M. Sparrman a eu l'obligeance de menvoyer, et allons nous coucher. »
Le lendemain, lorsque Marcel se rendit, avec le docteur Walter, dans la maison du pilote, il aborda Carine. avec le sentiment grave d'un homme qui se trouve en face d'une personne envers laquelle il a un devoir à rem]ilir ; il se disait que celte délicate jeune fille allait être, pendant plusieurs mois, placée sous son patronage, et il la regardait attentivement, comme pour mieux se rendre compte de la tâche qu'il était appelé à remplir envers elle. Il remarqua alors, plus vivement que ia veille, l'éblouissante richesse de sa chevelure, la beauté de ses yeux, la fine découpure de ses lèvres : mais, en même temps, il était aussi plus vivement frappé de la pâleur de son visage et de la visible faiblesse de son organisme.
Carine était pourtant dans une joyeuse disposition d'esprit ; elle salua gaiement le docteur, puis s'avançant vers Marcel, et lui tendant amicalement sa petite main :
« Eh bien 1 lui dit-elle, monsieur le lieutenant, c'est donc décidé I vous voilà condannié à memmener avec vous.
— Condamné 1 répliqua Marcel. Je proleste contre une telle expression.
— Oui, oui, reprit-elle en riant, je sais bien ce qu'il en est. Nous autres, pauvres femmes, voilà comme on nous traite : on veut bien dîner avec nous, danser avec nous, faire une promenade dans les champs avec nous ; mais, dès qu'il s'agit de nous donner une place dans une diligence ou de nous embarquer dans un navire, adieu la courtoisie I nous dérangeons les beaux messieurs dans les combinaisons de leur égoïsine ; nous importunons le conducteur d'une \oiture. avec nos deux ou trois malheureuses petites caisses, et nous effrayons les marins.
— ^ous n'êtes pas juste envers nous,
LES FIANCÉS DU SPIÏZBERr;
madcnioisollc, irpliciua i)()liinout Mairol, et vous l'èlcs encore moins envers vous. Ils seraient bien disgraciés de Dieu, les marins que votre aspect pourrait etîrayer ! Quant à moi, je me réjouirais sincèrement de vous conduire dans les plus lointaines contrées ; mais, comme je nous le disais hier, je crains... — Ah ! voilà, s'écria Carine, vous croyez déjà, comme mon père, que je suis faible, maladive ; et, tandis que lui est convaincu que cette expédition sera 1res salutaire à ma
Carine.
santé, Aous vous imaginez, au contraire, que je n'en pourrais siqiportcr les rigueurs. Mais il faut vous dire que je suis très forte, très robuste, n'est-il pas vrai, docteur? si ce n'est que parfois je tousse un peu... Je ne peux pas enlever à mon père l'idée que j'ai besoin de me fortifier par cette navigation ; mais en réalité, je ne l'entreprends fjue pour mon propre agrément. Dans mon enfance, je lisais le Uohinson des Glaces; j'avais entre les mains des Ji\res d'images (jni représentaient les principaux phénomènes des régions polaires, et dès cette époque j'ai senti s'éveiller en moi le désir d'observer dans leur réalité ces scènes
LKS FIANCÉS DU SPITZIiERC!.
qui m'émerveillaient, ,1e me réjouis à l'idée de passer près de ces pyramides de glaces flottantes, qui reluisent, dit-on, comme des émeraudcs, et je ne serais point fâchée de voir des ours blancs, bien entendu pourtant, à une distance respectueuse.
— Nous tâcherons, dit Marcel, de satisfaire à votre curiosité, en vous préservant de tout péril.
— Oui, reprit Carine avec une candeur d'enfant, je m'en rapporte à vous. Le capitaine a fait un si grand éloge de vous à mon père, et M. Sparrman dit aussi que vous lui inspirez tant de confiance ! Vous verrez que je ne suis pas non plus une mauvaise compagne de voyage, ni capricieuse, ni exigeante, et vous serez peut-être bien content de m'avoir.
— J'en suis sur, répondit Marcel, qui ne pouvait s'empêcher de sourire à ces naïves confidences de la jeune fille.
— Mais allons ! s'écria-t-clle en prenant son châle et ses gants ; nos Lapons nous al tendent, et mon père cjui, en sortant, m'a fil il promettre de revenir de bonne heure... \iiJourd'hui, c'est moi qui vous fais connaître une lies scènes de la vie du Nord, et, il faut (|iie vous le sachiez, c'est une dette que vous contractez.
— Je me reconnais très volontiers votre obligé.
— Mon obligé ! s'écria Carine, en portant h^ut à coup la main à son fz'ont par le mouvement instinctif que produit une idée subite. |{;iourclie que je suis ! je comptais vous rendre un service; je voulais être votre interprète; près de M. Walter, et voilà cjue j'y songe : tout à l'heure, je vous voyais avec lui, et vous me paraissiez causer ensemble très aisément. Vous avez donc, à vous deux, une langue dans laquelle vous vous comprenez !
— Parfaitement, répliqua Marcel.
— J'ai un peu étudié le français à l'unisité de Christiania, ajouta le médecin, et je lis des livres français chaque fois que je puis m'en procurer.
— Allons ! répliqua la jeune fdle en souriant ; décidément les hommes, dont nous nous amusons quelquefois à médire sont plus modestes C£ue nous. Voilà cinq ou six ans que j'ai le plaisir de vous connaître, mon cher docteur, et j'ignorais encore une de vos facultés : c'est pourtant mal, ce que vous avez fait là ! Si vous n'aviez pas été si dissimule, nous aurions pu quelquefois nous entretenir ensemble dans celte langue que j'aime, qui me rappelle la maison de ma généreuse protectrice, et j'aurais pu vous pi-êter quelques
ouvrages de choix, que je garde là précieusement dans celle armoire. Mais vous serez puni de votre traîtrise; je ne vous prèlerai rien. Vous êtes cause q<ie j"ai agi comme une sotte et présomptueuse petite fille ; car j'offrais vaniteusement mes services au lieutenant, et je vois qu'il n'en a aucun besoin : et maintenant, au lieu de vous conduire moi-même à la tente de Svcndson. au lieu de remplir entre vous deux un important ofTice. j'en suis réduite à vous demander si vous voulez bien accepter dans votre excursion mon inutile compagnie.
— Comment donc! s'écrièrent à la fois Marcel et Walter, avec un accent qui protestait assez vivement contre ces derniers mots de Carinc.
— Eh bien ! soil, reprit-elle : je serai bonne personne, et je reprends sans regret fhumblc position passive dont nous ne devrions jamais essayer de sortir, puisqu'on dit que l'humilité fait la force de la femme... Attendez-moi un instant ; je vais dire adieu à ma tante, qui n'a pas osé paraître devant un marin de France. »
\ ces mots, elle sortit.
« Quelle bonne et charmante fille 1 dit le médecin, d'un ton qui in(li([uait un sincère sentiment d'affection.
— Charmante enetret. répliqua tranquillement Marcel ; mais, dites-moi, vous qui la voyez depuis longtemps, que pensez-vous de son état !> Son père en parle avec une pénible anxiété, et j'ai peur qu'il ne s'abuse dans le projet qu'il persiste si obstinément à accomplir.
— .le ne puis, en vérité, répondit le médecin, vous donner une réponse assurée. M"' Carine est. il est vrai, d'une organisation délicate et soutrreteuse ; quekiuefois elle est aireclée d'une toux .sèche, opiniâtre, inquiétante ; quelquefois même j'ai reiuarqué smses joues de petites taclies de rougeur, indice d'une poitrine faible. Mais en même temps il y a en elle une animation, une prestesse d'esprit et de mouvements, qui indiquent une puissante vitalité. Si son corps est faible, son âme en revanche est énergique. Tous les êtres humains sont, comme vous le savez, plus ou moins soumis, à diverses époques, au contlit mystérieux de leur double élément, à la lutte du moral et du physique, la lutte nocturne de l'ange et de .lacob... Dans cette jeune fille, la lutte est longue et vive; mais je ne serais pas surpris tpj'ellc en trionqihàl par les forces secrètes que la nature a mises en elle : je l'ai observée avec attention ; j'ai été consulté par son père sur le plan cpi'il avait formé, et, après y avoir bien réfléchi, je ne lu'y suis
point opposé. 11 est possible que les émotions d'attrait, de curiosité, ({u'elle éprouvera indubitablement dans ce voyage, agissent sur elle d'une façon très elTicace, et il se peut aussi qu'une navigation de (pielques mois, les exhalaisons de l'eau salée, l'air éthéré des plages de glaces, aient pour elle un salutaire effet. Que vous dirai je enfin .■*... Il est des circonstances, et malheureusement elles ne sont que trop fréquentes, où nous sommes bien forcés de reconnaître notre impérilie ; où, après avoir étudié de notre mieux l'état de notre malade, et cherché pour lui les remèdes que la science nous indi(iue, il ne nous reste qu'à formuler humblement cet axiome de votre célèbre chirurgien Amoroise l'aré : « Je te pansay. Dieu te guarit. »
— Merci I repartit \ivement Marcel; je me faisais un cas de conscience de céder à un désir qui me ])araissait très imprudent, ou, pour mieux dire, très dangereux, et vous me rassurez.
— Prenez garde, ajouta le médecin ; quand vous la verrez dans un état de gaieté un peu vive ou de pétulance, c'est probablement alors qu'elle a le plus besoin de ménagements. Son afTection profonde pour son père et la crainte de rin([uiéter l'ont habituée à ces etVorls de vivacité factice quand elle éprouve quelque malaise. Nous avons tous, pauvres êtres ciue nous sommes, noire orgueil. J'ai longtemps cherché le sien dans sa modeste nature, et j'ai fini par le découvrir: c'est l'orgueil de la générosité. Très sensible aux soullrances des autres, elle i>e veut pas qu'on s'occupe des siennes. Dans sa candide franchise, dans sa liuq)idité virginale, elle a les dissimulations de la charité et les artifices de l'amour filial.
— Ah 1 s'écria Marcel avec vui mélancolique accent, heureux ceux à c{ui il est réservé d'accomplir cet acte de sollicitude filiale ! Heureux ceux qui peuvent voir longtemps rayonner sur eux le regard d'un père ou d'une mère, cette véritable étoile de la vie. ce soleil du cœur I ')
En prononçant ces mots, il détourna la tête, et, comme pour se distraire de ses tristes réflexions d'orphelin, il se mit à examiner l'habitation de Carinc.
Nos habitations ne sont autre chose que le vêlement de notre vie intime: nous les construisons ou nous les parons selon nos goûts particuliers. Peu à peu, sans que nous nous rendions compte à nous-mêmes de nos di- \erses dispositions, elles se modifient d'après nos habitudes ; elles se moulent, pour ainsi dire, sur notre caractère, sur la régularité de
LES FIANCÉS DU SI^ITZBElKi
nolro cxisloncc Jounialirro, sur les caprices do notre iiiiajiitialioii. De iiièine que l'ornithologisle, à ras|)eet d'un nid, des inalériaux dont il se compose, de la place qu'il occupe, peut reconnaître à quelle esi)èce apparlienl rarchitecle ailé qui a rornic cet ingénieux édilice, de même en examinant un appartement, un de ces nids éphémères de la race hiunainc, l'observalcur peut deviner, sinon toujours à coup sur, au moins très fréciuemment, à ciuellc classe de la société appartient celui qui a bâti ou décoré celte demeure. Si le banquier vaniteux enlasse dans ses salons les dorures et les lapis splerulides, l'artiste ou le savant cherche à s'entourer de ses instruments d'étude, des objets qui jjarlent <à sa pensée. Le bon bourgeois conserve pieusement des ineubles surannés aux([uels il attache un soti venir d'affection, et l'ouvrier suspend à sa fenêtre la roue de l'écureuil ou la cage du chardonneret, qui l'égayé dans ses heures solitaires de travail.
Dans ces dilTérenles habitations, il en est ime ([ui, à tous les degrés de l'échelle sociale, offre un charme paiticulier : c'est la chambre de la jeune lille. On n'y entre point pour la première fois sans une atlracliou mystérieuse, (,)uc celte chambre soit riche ou pauvre, élégante ou dénudée, n'importe, si celle c[ui l'occupe a les richesses souveraines de la grâce et de la beauté. Elle la décore par sa présence, elle l'égayé par son sourire, elle la parfume de son souille pur, elle en fait comine un sanctuaire, par la vertu de sa pensée, par la virginité de ses rêves, et même, quand elle la quitte, elle y laisse comme lui arôme de sa fraîche jeunesse. C'est le vrai nid de l'oiseau, du plus charmant des oiseaux, de celui qui gazouille, matin et soir, sou chant mélodieux, ou de celui cjui se plonge dans le calice des fleurs, du colibri, auc[uel les Anglais ont donné le nom imagé de hiiinininyhird, et les Espagnols, le nom plus joli encore de pieajlores.
Marcel promenait autour de lui un regard curieux, et éprouvait un allrait indélinissable à observer l'un après l'autre les divers objets qui l'entouraient. Tout était cependant d'une simplicité extrême, dans celte retraite de la jeune fdle : un petit lit sans rideaux, selon l'usage hygiénique des Allemands et des gens du Nord, une table en sapin, une corbeille à ouvrage. A l'un des angles de la chambre, un vase de fleurs artificielles devant un christ en bois, sculpté par un naïf ciseleur de Norvège ; à l'autre, l'armoire de livres dont Carine avait parlé au docteur; un cofl're rustique où elle renfermait ses vêtements ; deux chaises en
paille ; une cuvette et une aiguièreen faïence : rien de plus. Mais tout cet humble mobilier était rangé avec ordre, entretenu dans un état de propreté minutieuse. Tout annonçait les habitudes d'une vie paisible, régulière, sagement cooiflonnée.
Marcel s'approcha de l'armoire pourvoir les ouvrages qu'elle renfermait. Mais au même instant Carine rentra.
« Ah ! s'écria-t-elle, je vous y prends, à profiter de mon absence pour fouiller dans mon trésor. Eh bien ! vous serez puni de votre indiscrétion : vous ne verrez rien aujourd'hui...
— Mille pardons, dit Marcel : mais vous nous avez avoué que vous possédiez des livres français, et vous concevez que je désirais...
— C'est bon ! c'est bon ! reprit-elle en riant ; je vous les montrerai peut-être quelque jour, si je suis contente de vous. A présent, il est temps de nous mettre en route. Partons... »
A ces mots, elle franchit d'un pied léger le seuil de la porte. Ses deux compagnons la suivirent.