‹ Les fibres textiles d'origine animaleChapitre 15 sur 122 · I.A SOIE · texte numérisé non relu

I.A SOIE

les novivelles méthodes aux vieux visages que leur ont lègues leurs ancêtres. Ils procèdent pour Tincubalion do leur graine de la même façon qu^il y a cent ans, et ils ne se doutent pas de Tinlluence désastreuse qu'exerce cette mauvaise pratique sur la santé des vers. Leurs magnaneries, souvent trop restreintes pour la quantité de vers qu'ils y entassent, sont tellement closes que l'on ne peut y pénétrer sans être sulToqué. Les délitages, très insuflisants, s'opèrent mal ; les litières, précipitées du haut en bas des claies, disséminent partout les germes de flacherie, de pébrine ou de muscardine qu'elles peuvent contenir.

u Lorsqu'une maladie épidémique a éclaté dans une chambrée, ils se gardent bien fV emporter avec soin les litières au loin et de les enfouir ; au contraire, ils les conservent dans un coin de la cour avec les poussières, qui favoriseront, l'année d'après, l'apparition du mal.

Le nettoyage et la désinfection des magnaneries^ à la veille des éducations, leur sont inconnus.

Enfin, persuadés qu'ils font une bonne affaire, ils achètent à bas prix, au moment de la mise en incubation, des f/raines douteuses, mal conservées y qui leur sont offertes par un soi-disant sériciculteur, lequel, pour mieux les décider, les leur oiTre en cellules mvinies de leurs papillons ; mais ils ignorent que ceci ne prouve absolument rien, étant donné que les papillons peuvent ne pas être ceux qui ont pondu les graines, et que Texamen au microscope, qui indique d'une façon certaine l'absence des corpuscules, ne donne aucun renseignement permettant de savoir si ces graines proviennent d'une chambrée qui a présenté des cas de mortalité ou si elles ont été bien conservées.

L \ SÉRICICULTURE

Il est donc indispensable d'instruire les habitants des campagnes et, afin d'enrayer la propagation des maladies, il est tout d'abord nécessaire de prendre à leur égard deux mesures énergiques :

Exiger la désinfection des înafjnaneries à la veille des éducations ;

2*" Rendre obligatoire la destruction^ par le feu ou par r enfouissement^ des litières provenant des chambrées décimées par la flachericy la muscardine et la pébrine.

M. Mozziconacci se rend bien compte, d'ailleurs, qu'il est nécessaire de convaincre plutôt que d'exiger et de contraindre. Aussi propose-t-il de multiplier les conférences dans les campagnes et de les compléter par des leçons de choses à l'école primaire.

(( Les professeurs départementaux et spéciaux d'agriculture de la région intéressée font, dit-il, à la veille des éducations, quelques conférences sur le sujet qui nous occupe.

(( Mais, à mon avis^ ce mode de propagation des bonnes méthodes n'est pas suffisant, car les auditeurs habituels de ces conférences, imbus, pour la plupart, de sots préjugés, refusent parfois, avec un parti pris évident, d'accepter les conseils qui leur sont donnés. Il est nécessaire, ainsi que j'ai eu déjà l'occasion de le dire, de compléter cet enseignement nomade, dont les instituteurs et institutrices tirent généralement le plus de fruits par l'instruction, sous forme de leçons de choses, des enfants à l'école primaire. »

Evidemment, il convient d'éclairer surtout le public féminin qui prend une part prépondérante aux éducations.

Si les écoles ménagères déjà instituées sur quelques

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points on France sont multipliées, la sériciculture sera, dans le Midi de la France, vin des articles du programme d'enseignement.

La montée à la bruyère.

C'est pendant le cinquième âge surtout que les maladies sont à craindre et que les vers doivent être surveilles avec un soin extrême.

Vers le deuxième jour de cette période ultime, le ver bien portant mange avec une voracité extraordinaire jusqu'au sixième. Il semble ensuite se rej^oser, t^'isoler et attendre. A ce moment, on place à sa portée des rameaux, des brandies de bruyère ou de cheiie. Comme les bruyères sofit ^us souvent employées, on dit que l'éducateur (( met la bruyère »• Les brandies forment une série d'arceaux ou de cabanes, et dans leurs interstices le ver va monter, se loger et fixer les plis d'un premier réseau (u bourre », u bave )), u blaze ») qui enveloppera son cocon. En tournant à droite et à gauclie la partie antérieure de son corps, le ver a ainsi délimité le cliamp de son labeur industriel. Pendant trois jours, il tapisse de l'extérieur à l'intérieur son enveloppe soyeuse, par des mouvements qui font dé- <:rire au fil continu tiré de ses glandes soyeuses une sorte de 8.

Ordinairement le cocon fabriqué et enveloppé dans le premier réseau irrégiilier dit a blaze », u bave » ou <( bourre », est une coque ovoïde constituée par un seul fil dévidable. C'est le cocon type. Parfois le ver ne construit pas un cocon ; il étire son fil soyeux en le portant de côté et d'autre ou bien le déroule à plat.

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Dans les deux cas, le fil rompu ou coupé en maints endroits ne peut plus être dévidé ultérieurement et ne constituera qvi'un déchet.

Deux vers peuvent s'enfermer dans les mêmes enveloppes et croisent leurs fils en les enchevêtrant.

Les cocons ainsi formés sont doubles, et comme les fils ne sont pas dévidablas, ils tombent dans la catégorie des déchets.

Parfois même, trois ou quatre vers, unis pour la même besogne, filent des cocons multiples qui doivent être cardés comme le cotomet la laine et perdent les deux tiers de leur valeur.

Certains cocons, enfin, sont faibles de pointe, c'està-dire tapissés moins fortement à la pointe qu'au milieu ; d^autres sont ouverts, c'est-à-dire que la pointe laisse béante une ouverture, et d'autres sont étranglés, c'està-dire déprimés à la portion centrale comme s'ils constituaient deux calottes.

Dans les trois cas, le dévidage est plus difficile, et ces particularités réduisent la valeur marchande des cocons.

Le décoconnafje.

Lorsque tous les vers ont tissé leurs prisons, le moment est venu de détacher les cocons en les séparant du premier réseau, et d'opérer un premier triage qui séparera les cocons anormaux ou défectueux. Dans cette dernière catégorie doivent être rangés les cocons fondus, tachés, muscardinés, produits par des vers malades.

Le cocon est enlevé généralement huit jours après la montée des derniers vers. L'opération prend le nom de décoconnage.

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A rintérieur de renvcloppe de soie, le ver se prépare a subir une transformation analogue aux mues qu'il a déjà connues, mais singulièrement plus complète que ces dernières. Vers le cinquième jour, la chrysalide apparaît. Cet être de forme et d'aspect si nouveaux respire, et dégage de la vapeur d'eau. Faute de pouvoir se nourrir, // perd une partie de son poids primitif. Par suite, le cocon qui vient d'être détaché de la bruyère devient de moins en moins pesant, car si la coque soyeuse ne se modifie pas, la chrysalide vit et subit des pertes. Ces pertes rie sont nullement négligeables, puisque des expériences précises faites en Italie par Verson et Quijat ont montré que la diminution de poids, s'accentuant avec la longueur du temps, pouvait atteindre 55 grammes par kilo au bout de 12 jours, et 233 grammes au bout de 17 jours.

Après une période de vingt jours environ, si le cocon était soumis à une température de 20'', la chrysalide subirait elle-même une transformation. Elle deviendrait un papillon. Celui-ci se dégage de son enveloppe de chrysalide, sécrète un liquide qui amollit les fds de soie du cocon et perce enfin ce dernier pour sortir sous sa forme nouvelle. Les uns sont mâles et les autres femelles. Leur accouplement se produit presque aussitôt. La ponte lui succède, et nous avons indiqué en parlant du grainage les précautions prises alors pour pouvoir examiner la femelle de façon à sélectionner les œufs en éliminant tous ceux qui proviennent d'un papillon corpusculeux ou atteint même de flacherie.

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soiiL là dos opérations spéciales. La plupart des cocons sont destinés à la filature et non au grainage. Il est dès lors indispensable de ne pas attendre que la chrysalide se transfqrme en papillon et que ce dernier perce les cocons. Le cocon percé ne peut pas être filé. Le iil continu n'est pas rompu, au moins ordinairement, mais pour être dévidés, les cocons doivent surnager dans la bassine où ils sontj^lacés. S'ils sont percés, l'eau pénètre, ils tombent au fond, et le dévidage devient impossible. En conséquence, il est nécessaire de tuer la chrysalide avant sa transformation en papillon.

La chaleur portée à 70'' fait mourir la chrysalide en peu de temps, — quinze minutes environ. L'étouiYoir industriel bien réglé est constitué par une étuve à air chaud dont on règle la température exactement. Il faut tuer la chrysalide sans altérer la soie.

Cet appareil est bien supérieur au four de boulanger dont on se sert parfois et dont il est impossible de contrôler la température.

Signalons ici encore l'avantage que présenterait dans notre pays l'installation d'étouffoirs syndicaux ou coopératifs qui assureraient la bonne marche de l'opération, en permettant aux éducateurs de difïerer leur vente au lieu de vendre le cocon frais^ c'est-à-dire renfermant la chrysalide vivante. L'obligation de vendre promptement, avant la sortie des papillons, peut contraindre l'éleveur à subir une baisse momentanée et à perdre une partie des bénéfices qu'il escomptait.

LA son:

Le séchage des cocons.

Enfin la dernière opération pratiquée au sortir de l'étouffoir est apj3elée séchage. La chrysalide morte, mais encore imprégnée de tous les liquides qui baignaient ses tissus, pourrait tacher les cocons et subirait des fermentations dangereuses pour le fil de soie en contact avec elle.

Les cocons sont étendus sur des claies dans des sallesaérées ; ils sont ensuite remués et triés.

Durant ces dernières opérations, le cocon frais étouffé et séché a perdu les deux tiers de son poids. Cent kilos de cocons tels qu'on les recueille après la montée à la bruyère ne donnent plus que 32 ou 33 kilos de cocons secs. Ces derniers, renfermés dans des balles ou sacs, peuvent être vendus toute l'année et conservés ; leur vente se fait d'ordinaire au rendement, c'est-à-dire d'après le poids de soie grège qu'ils fournissent»

Un coup (Tœil sur le passé. — La situation et C avenir de la sériciculture en France. — La statistique géographique et la répartition de la production.

Les pages qui précèdent ont permis au lecteur de connaître toutes les opérations qui se rapportent à la production de la soie. Cet exposé était nécessaire pom* apprécier la dilliculté de cette industrie spéciale, pour pressentir en même temps la portée de l'application des méthodes scientifiques dont l'efficacité s'est trouvée sanctionnée par Texpérience.

Avant de parler des pays producteurs étrangers et de la production de la soie en général, il nous paraU intéressant de consacrer un chapitre à la sériciculture française.

Sans remonter très haut dans le passé, une covirte revue historique est ici indispensable pour permettre d'apprécier la situation actuelle et l'avenir probable de rélevage des vers à soie dans notre pays.

u]s COUP d'œil slu le passé

Il est certain que depuis le xvi® siècle, nous produisons en France des quantités notables de soie. Lorsque Olivier de Serres parlait des vers à soie dans son Théâtre de V Agriculture ou dans son opuscule sur la Cueillette de la Soye, l'élevage était déjà fort

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répandu dans toute la Provence, le Languedoc et le Comtat Venaissin. Des efforts furent faits pour développer dans d'autres provinces la culture du mûrier et rélevage du (( bétail » dont parle le seigneur de Pradel en son parler rural et bucolique. Henri IV s'intéressa vivement à cette entreprise et prit Olivier de Serres pour collaborateur.

(( Et pour cet effet, écrit ce dernier, l'année ensuivant que Sa Majesté fît le voyage de Savoie, elle envoya en Provence, Languedoc et Vivaretz M. de Bordeaux, baron de Calonces, sur-intendant général des jardins de France, seigneur rempli de toutes rares vertus, et par cette mesnie voie, le roi me fit l'iionneur de m'escrire pour m'employer au recouvrement des dicts plants, où j'apportai une telle diligence que au commencement de l'an 1601, il en fut conduit à Paris jusques au nombre de quinze à vingt mille, lesquels furent plantés en divers lieux dans les jardins des Tuileries, où ils se sont heureusement élevés... »

Ces essais nous prouvent que la sériciculture ne s'était pas développée dans les régions du centre, de Test ou de Touest, et d'ailleurs Olivier de Serres dit nettement dans son Kpislre au Prévost des marchands de Paris en leur dédiant son livre :

(( Jusques ici, l'on a jugé vostre pays, comme par contumace, insuffisant à produire la soye sans vouloii* entendre les causes de ce défaut... Car un oracle de son temps disoit être vergogne au mesnager d'acheter ce que sa terre pouvoit produire: A qui telle réprimande mieux appropriée qu'à ceux qui vont mendier la soye des voisins desquels mesmes ils sont taxés de négligence P C'est-à-dire aux habitants de presque toutes les pro-

U\ COLP }J(HAL SLU LE PASSÉ 6l

vinces de France. Cai% peu de lieux exceplez, par tout ce grand Roiaume, la soye peut croistre...

(( Quant à la Brie, Ghampaigne, Bourgogne, Nivernois, Beaujeolois, Masconois, Lyonois, Limosin, Berry, Poitou, Xaintonge, Guienne, Gascogne, mesme Orléans, Chartres, Tholoze, Bordeaux, la Rochelle, quelles excuses peuvent avoir ces provinces-là de ne s'emploiera tant fructueuse culture?... ' u.

Colberl fit accorder des primes à la sériciculture et à la plantation des mûriers.

La guerre civile qui désola les Cévennes porta un ^oup très rude à l'élevage des vers et à la production de la soie ; mais des le commencement du xviu*" siècle, les éducations sont plus nombreuses, et durant le cours de ce siècle les quantités produites augmentent.

En i83o, la production en cocons frais - atteignait lo millions de kilogrammes chaque année. Ce chiffre s'élève très rapidement jusqu'en i853, époque à laquelle la récolte est évaluée à 26 millions de kilos. A partir de i854j pébrine décime les éducations et les récoltes s'abaissent avec une effrayante rapidité. Voici d'ailleurs un intéressant tableau qui marque les fluctuations de la production depuis la seconde moitié du xyu!"" siècle jusqu'en 1870.

Poids de cocons frais récoltés.

17O0-1780. . . 6.600.000 1801-1807. . . /|.î^5o.ooo

!78i-i788. . • 6.200.000 1808-1812. . • 5.147.000 1789-1800. . . 3.5oo.ooo i8i3-i82o, . .. 5.200.000

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