‹ Les fibres textiles d'origine animaleChapitre 16 sur 122 · onces (3o gr · texte numérisé non relu

onces (3o gr

(( D'où vient, dit M. Rondot, dans son bel ouvrage sur la soie, que la production n'a pas repris sa marche ascensionnelle, dès que, par suite de la découverte de Pasteur, on a pu mettre à l'éclosion des graines saines ?

« Sans doute Pasteur a démontré qu'en faisant usage d'œufs pondus par des vers sains, en soumettant de plus ces œufs à un examen rigoureux, on peut éviter que les vers ne soient attaqués par la pébrine qui est une maladie héréditaire.

(( S'il n'y a pas certitude, il y a une grande probabilité (on serait certain si les vers étaient le produit de pontes de femelles absolument saines). Il a fallu, pour arriver à ce résultat, décider beaucoup d'éleveurs à se servir du microscope, pour faire choix de papillons reproducteurs et instituer le grainage cellulaire. » On est, par suite, rentré en possession de races indigènes à cocons jaunes, rustiques, riches, en soie. C'est vin très heureux résultat. Grâce à la na/3thode de sélection, on pourra le conserver. On a même repris dans ce qu'elles avaient de meilleur les anciennes habitudes de production, car on a compris qu'il fallait donner au ver plus d'espace, de l'air renouvelé davantage, pkis de nourriture et plus de soins; qu'il fallait aussi produire à bon marché. On est revenu dans bien des localités à

I, Voir notre chapitre sur le grainage

64 LA SOIE

la petite éducation en famille avec de petites chambrées sans installations coûteuses et avec peu ou moins main-d'œuvre étrangère.

(( Tout cela ne suffit pas.

« M- Pasteur a donné le moyen d'éviter la pébrine ; il n'est pas toujours possible de prévenir la flacherie, la muscardine et les autres maladies. Nous avons eu, depuis une dizaine d'années, des saisons peu favorables à l'élevage des vers à soie, et des intempéries anormales ont compromis la récolte qu'on attendait des éducations les mieux conduites. »

En outre, M. Rondot fait observer que les prix ont diminué avec une extrême rapidité, circonstance qui a visiblement eu pour effet de réduire les profits en décourageant l'éducateur.

Depuis 1872, notamment, jusqu'à i883, M. Rondot indique les baisses de cours suivantes :

Soies grèges de France ^2 9^

Soies de Chine et Japon 39,4

Or depuis i883 le cours des soies a lléclii encore.

Il est clair que la valeur des cocons s'est proportionnée au cours des soies grèges, et malgré les primes dont nous parlerons plus tard, les éleveurs n'ont pas pu obtenir des recettes suffisantes pour encourager la production d'une façon décisive.

Enfm la culture du mûrier est assurément en voie de décroissance depuis trente ans. Des maladies nouvelles ont détruit ou épuisé les plantations. Des soins spéciaux peuvent seuls conjurer un désastre, c'est-à-dire la disparition de nombreuses mûreraies.

UN COUP i)'o:iL Sun lb passé

Le pourridié s'attaque aux racines des mûriers et le champignon destructeur paraît s'être multiplié d'une façon rapide, notamment dans les Cévennes.

Il en est de même d'un autre parasite des racines : VAgaricus melleiis.

Au cours d'une mission dans le Midi de la France dont les avait chargés, en 1892, le ministre de l'Agriculture, MM. Prilleux et Delacroix ont observé avec soin les cryptogames parasites qui détruisent les racines des mûriers, et nous sommes parfaitement renseignés sur la nature du mal.

Le pourridié exerce principalement ses ravages dans les régions où les arbres, soumis à une taille épuisante, sont abandonnés par leurs propriétaires qui les dépouillent complètement à chaque élevage sans leur donner les engrais et les soins de main-d'œuvre nécessaires. C'est la conclusion du rapport de MM. Prillieux et Delacroix à propos AeV Agaricus :

u II est évident, disent-ils, que des mûriers livrés à l'inculture, depuis longtemps affaiblis, et qu'on efTeuille et taille malgré cela tous les ans, ne peuvent se défendre longtemps contre l'attaque d'un parasite, si faible que soit sa puissance nocive ; ils sont détruits d'autant plus vite que leur résistance est plus faible, surtout s'ils vivent dans un milieu un peu humide.

(( La résistance opposée par un même arbre à un même parasite est d'ailleurs susceptible de varier dans des limites très étendues ; les comparaisons que l'on peut faire à ce sujet sont fort instructives, et démontrent bien l'importance du milieu interne de la plante, c'està-dire de son bon ou mauvais état général.

(( Ainsi, dans le Yar, où l'on épuise moins les mû-

LA SOIE

riers par la taille que dans les Cévennes, nous avons vu à Vidauban des arbres plantés en bordure dans les champs, dans un sol de fraîcheur moyenne, qui étaient en général vigoureux et bien venants. Sur Tun d'eux, attaqué pai VA r^aricus melleiis, le mycélium feutré en lames était monté dans le tronc à une hauteur de plus d'un mètre au-dessus du collet, et à o m. 5o il formait encore un cylindre complet, à la place du cambium. Dans les Cévennes, dans des conditions analogues, l'arbre eût été tué au moins deux fois plus vite. Dans les cas même les moins rapides de maladie des branches, à la mort de l'arbre, le mycélium ne dépasse que d'une faible longueur le collet de la racine. Le mûrier est tué avant que le mycélium ait pu progresser plus haut.

c( Ce que nous venons de dire montre bien que l'extension prise depuis quelques années par les maladies du mûrier reconnaît pour cause principale l'état d'abandon dans lequel on a laissé cet arbre. »

Certes^ des efforts ont été faits par l'Administration de TAgriculture pour améliorer la situation des mûreraies et opérer de nouvelles plantations, résistant aux attaques des cryptogames destructeurs-

Des graines de mûriers de Chine et de l'Indo-Chine ont été introduites en France et distribuées à divers horticulteurs ou propriétaires par les soins de quelques sociétés d'Agriculture ou par l'intermédiaire des directeurs de nos stations séricicoles. Le conseil général du Gard a voté des fonds pour constituer ime pépinière de jeunes plants de mûrier de Chine. Ces variétés de mûrier blanc, et notamment celles qui provenaient du ïonkin, paraissent plus résistantes avi pourridié.

Ce sont là des mesures administratives dont l'action

UN COUP d'okil sur le passé

ne peut être sérieuse qu'à la condition cVctre secondée et, en quelque sorte, multipliée par l'initiative résolue des intéressés.

Il y a quelques années (1904)5 le directeur delà station séricicole d' Vlais écrivait ces lignes significatives :

(( La décadence de la sériciculture en France est un fait qui ne peut être contesté.

c( Les mûriers généralement abandonnés ou arrachés pour faire place à d'autres cvd turcs disparaissent de plus en plus ; le nombre des sériciculteurs, la quantité de graines déclarées, le poids des cocons diminuent d'année en année. Les plantations de mûriers sont devenues très irréguliéres. Dans la plupart des propriétés de nos départements séricicoles, on les trouve maintenant disposés en lignes sur le bord des terres arables et des vignobles ou disséminés par-ci par-là au milieu des cultures du domaine. Partout où Ton peut se livrer avec avantage à d'autres cultures qu^à celle de cet arbre, on l'arrache.

(( Dans les arrondissements de Nîmes et d'Uzès, cela se fait couramment, et il faut en attribuer la cause au prix du cocon qui, même augmenté de la prime; n'est plus en rapport avec la cherté de la main-d'œuvre.

« A Uzès, on plante de la vigne à la place des mûriers extirpés du sol, et l'on établit des kizernières lorsque le terrain s'y prête. Les cultures très variées absorbent la plus grande partie de la main-d'œuvre au moment où les vers à soie la nécessiteraient et Ton préfère abandonner ces derniers.

c( Chaque année il faut remplacer 1 2 0/0 ou r5 0/0 des mûriers existants. Ces plants périssent de plus en plus jeunes et la quantité de feuilles diminue dans une proportion effrayante.

68 LA SOIE

« Cerlaincs terres à mûriers (Gard), qui produisaient jadis o.ooo kilos de feuilles et dans lesquelles ces arbres ont été remplacés, en produisent actuellement \oo à ooo kilos. Et il ne faut pas espérer que cette quantité augmente ; au contraire, elle ira en diminuant jusqu'au moment où le propriétaire, n'y trouvant plus son compte, abandonnera cette culture- »

Ce sont là des observations relatives à des cas très nombreux ; mais il ne faudrait pas, cependant, généraliser d'une façon excessive II reste encore des mûriers capables de produire des feuilles, et, si la sériciculture a perdu son importance, les statistiques offîciellos ellesmêmes nous prouvent qu'elle n'est pas morte.

Sans doute le bas prix des cocons depuis vingt ou trente ans a découragé beaucoup d'éleveurs, mais l'éducation reste lucrative pour tous ceux qui ne font éclore qu'une once ou deux et utilisent exclusivement la maind'œuvre familiale.

M. Môzziconacci, directeur delà station d'Alais, fait à ce propos des remarques fort intéressantes :

(( L'examen de la statistique séricicole, écrit-il \ nous apprend que le prix du kilos de cocons pendant la première moitié du siècle dernier, avant i855, alors que la sériciculture était en pleine prospérité, ne s'élevait pas au-dessus de celui qui est pratiqué de nos jours. Il oscillait entre 2 fr. 5o et 5 francs ^.

I. La Richesse soyeuse des cocons^ une brochure, 190.^, par M. Mozzi^* conacci, directeur de la station séricicole d'Alais.

3. M. Block, dans la statistique de la France, t. 11, donne les prix suivants par kilo de cocons :

i8o8-i8i3. . . . 37|0 i8/iG-i852. . . . 8.70

/i.io i85/li ^.05

l \ i.OlV ]> ()K!T. SI R PASSi':

La production moyenne annuelle de i8r>i à i855 était de 19 millions de kilog., mais le rendement^ à l'once de 20 gr. de graines, ne dépassait pas 3o kilogrammes de cocons.

L'auteur résume sa ])ensée en disant :

u Rendement actuel d'une once de graine. — Au jourd hui,avec le même poids de graine sélectionnée selon la méthode pastorienne, on obtient facilement, ainsi que nous l'avons dit, 60 kilos de cocons qui^ livres au même prix, représentent un produit de 228 francs. Or nous savons que, dans le but d'encourager la sériciculture, le gouvernement accorde à l'éducateur, depuis i898, une prime de soixante centimes par kilo de cocons frais, soit 36 francs pour 60 kilos.

(( Notre produit brut se trouve donc ainsi porté à 228 4" 36 = 264 francs, supérieur de i5o francs à celui que l'on obtenait à répoque de la grande prosplérité séricicole.

(( Un simple calcul nous montre encore que ce même produit brut actuel d'une éducation est, grâce à cette prime de soixante centimes, — le prix des cocons étant de ^ fr. 80, — supérieur à celui que l'on obtenait en i865 et 868, alors que ces derniers se vendaient 8 francs le kilo.

« En elTet, 3o kilos de cocons provenant, à cette époque, d'une once de graines, donnaient un produit brutde3oX 8 = 24o francs, tandis qu'aujourd'bui, avec les 60 kilos fournis par la même quantité de semence, ce dernier devient : (60 kilos de cocons X 3,80) 36 francs de prime = 26/I francs*

(( Le produit brut d'une éducation de vers à soie est aujourd'hui plus élevé qu autrefois. — Il est donc hors de doute que l'élevage du ver à soie donne aujourd'hui

LA SOIE

un produit brut plus élevé qu'à J 'époque où il rapportait annuellement à la France 20 millions de kilos de cocons. Et cependant cette branche si importante de notre agriculture nationale s'est tellement réduite qu'elle ne produit plus actuellement, dans les années favorables, que 8 à 9 millions de kilos de cocons. »

Un spécialiste autorisé, M. Vieil, ancien directeur de la station séricicole de Rousset (Bouches-du-Rhône), et adjoint à l'inspection de la sériciculture en Indo-Chine, fait lui-même un compte de culture pour montrer que les éducations actuelles peuvent donner des profits.

a Le vrai moyen, dit-il *, d'accroître la production séricicole est de multiplier les petites éducations ; elles seules permettent d'arriver à des rendements élevés. Les frais se trouvent réduits au minimum. Elles n'exigent pas de vastes constructions imiquement consacrées à l'élevage des vers à soie. La main-d'œuvre réduite est fournie par les personnes de la famille ; pendant les premiers quinze ou vingt jours, une seule personne peut suffire aux soins et à la surveillance de la petite éducation, tout en vaquant avix occupations du ménage.

(( Il n'est pas rare de voir les éducations de ce genre donner de très beaux résultats et arriver même à 3 kilos de cocons par gramme de graine, soit 75 kilos à l'once. Les cocons ne dépasseraient-ils pas le prix de 3 francs fe kilo (chiiTre inférieur à la moyenne des prix des cinq dernières années), la prime serait-elle supprimée, que les familles d'agriculteurs auraient encore intérêt à se livrer à cette éducation.

I. Encyclopédie agricole; La Sériciculture, par P. Vieil. Baillière, igoS, p. 1 2 .

UN COUP dVjkïl suu le passé

(( Avec une réussite passable, la -chambrée d'une once de 20 grammes de graine peut produire :

65 kilos de cocons à 3 francs. ... 195

(( Les débours ont été :

Achat de graine Fr. 0 '\

Evaluation de la feuille. . . à 5o ^ 60

Autres dépenses. ..... . 4 )

Gain total net i35 à i45 fr.

qui représentent largement la rétribution de la maind'œuvre (deux personnes pendant dix ou douze jours) et l'amortissement du matériel, qui du reste est peu coûteux, comme nous le verrons plus loin. »

avenir.

L'éducation familiale des vers issus de graines irréprochables et attentivement sélectionnées en vue de l'accroissement de la richesse soyeuse, telle est donc l'évolution tout indiquée de la production séricicole en France.

Peut-être pourrait-on également pratiquer une sorte d'association entre le propriétaire de mûrier et le petit magnanier.

Ce dernier fournirait la main-d'œuvre et le propriétaire donnerait les feuilles de ses plantations au lieu de les vendre. La récolte de cocons serait partagée.

Les spécialistes recommandent l'établissement A'éiouj/oirs publics pour permettre aux éducateurs de conserver leurs cocons au lieu d'être obligés de les vendre a l'état frais.

LA SOIE

Une proposition de ce genre a été récemment faite au conseil général du Gard :

« Les assemblées départementales et communales, les syndicats et les sociétés d'agriculture pourraient aussi s'intéresser à la création d'étouffoirs publics cpii, après la récolte, seraient misa la disposition des éducateurs pour tuer les chrysalides contenues dans leurs cocons.

« Nous savons qu'une vingtaine de jours après que les vers sont montés à la bruyère les papillons font leur apparition, et que le cultivateur qui ne veut pas perdre sa uécolle est obligé, dans cette courte période de temps, de s'en débarrasser coûte que coûte. Si on mettait à sa portée les moyens de conserver ses cocons, il serait à l'abri des exigences des acheteurs et il pourrait attendre pour la vendre le moment où les prix de sa marchandise seraient rémunérateurs.

« Grâce à la loi du 18 juillet 1898 sur les Avarrants agricoles, il poun'ait utiliser ses cocons secs en réalisant un emprunt.

« ri est généralement admis, dans les Cévenncs, que l'éducateur attend avec impatience sa récolte pour toucher Targent nécessaire au paiement de certains arriérés, et qu'il est, par cela même, obligé de céder ses cocons

au prix offert.

« Cette objection pouvait avoir autrefois sa raison d'être ; mais, en présence de la création, dans ces dernières années, des Caisses locales et régionales de crédit agricole mutuel, aujourd'hui nombreuses, elle ne peut plus être soutenue.

u Grâce aux étouffoirs publics, l'éducateur pourrait conserver ses cocons, auxquels il ferait subir les ma-

UN COUP D^œiL SUR LE PASSÉ 78

nipulations nécessaires pour les sécher convenablement et les mettre à l'abri des dermestes et des rats, puis il les vendrait sur rendement. En attendant, l'emprunt rpi'il aurait facilement contracté auprès de la caisse locale à laquelle le syndicat dont il fait partie est airilié^ lui permettrait de faire honneur à ses affaires.

(( Le magnanier habile, qui est parti d'ime graine parfaitement sélectiomiée, obtient des cocons de bonne ([ualité, lovirds, à coque soyeuse épaisse. Ces derniers, livrés au fdateur après avoir été conservés avec les soins voulus, dans la magnanerie désinfectée et transformée en coconnière, donneront un rendement élevé en grège et obtiendront, de ce fait, un meilleur prix que celui qui leur aurait été offert sur le marché, alors qu'ils étaient à l'état frais. »

Tels sont, en effet, sans nul doute, les meilleurs moyens à employer pour maintenir ou développer si possible notre production séricicole. Nous parlerons bientôt des encouragements officiels d'ordre technique et financier, sans dissimuler, d^ailleurs, le peu de succès qu'ont eu ces derniers, c'est-à-dire les primes accordées aux éleveurs.

Auparavant nous voudrions fournir au lecteur qnelques données précises sur la statistique géographique et la production par région de notre industrie séricicole*

SLatisLique géographique et répartition de la production

des cocons.

Le ministère de l'Agriculture dresse chaque année le tableau de la production séricicole par département, en fournissant divers renseignements intéressants sur le

FlURES TEXTILES

LA SOIE

nombre des éducateurs, le nombre des onces de graines mises en incubation, les poids des cocons récoltes, etc. etc.

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