L > COUP D OEIL SL R LE PAÎ^SE
Dans les Bouches-du-Rhône, l'élevage n'est pratique qu'à rintérieiir des terres et surtout aux environs de Maillane, de Salon et d'Aix.
Dans le Var, se trouvent surtout les éducations faites en vue du grainage et par petites chambrées. Les centres du commerce des grainages sont : les Arcs, Luc, \ idauban, Cogolin (assez près de la mer), Ste-Maxime. Les graineiu'S du Var font élever beaucoup de vers dans les Alpes. Quant aux cocons destinés aux filatures, ils sont relativement rares, à l'inverse de ce qui se passe dans les autres départements. C'est également dans les Pyrénées-Orientales que sont élevés les vers destinés au grainage ; Céret, Prades, l'Ille-sur-Tet, sont des centres de production. L'élevage a d'ailleurs vine médiocre importance dans ce département.
Les éducations des Basses-Alpes et des Hautes- \J[>es sont le plus souvent destinées au grainage, et l'élevage est pratiqué par petites chambrées.
Nous venons de voir que la sériciculliiie n'offrait plus en France l'importance qu'elle possédait il y a cinquante ou soixante ans. Il est donc intéressant de se demander si quelques-unes de nos colonies ne peuvent pas se livrer à celte industrie parce que les conditions économiques lui sont favorables-
V cet égard, aucune hésitation n'est permise- L'Indo- Chine nous paraît merveilleusement adaptée et préparée à ce genre de production. Il nous a donc paru utile d'étudier sous ses divers aspects ce problème technique et économique de la sériciculture annamite-
Les développements qui vont suivre montreront que nos aflirmations précédentes ne sont nullement téméraires.
Ajoutons que ce chapitre a été rédigé à l'aide des notes recueillies par nous au cours d'une mission en Indo-Chine- Les faits présentés au lecteur ont été constatés et analysés sur place, et cette circonstance nous permet d'insister avec plus de force sur la portée de nos conclusions,
La sériciculture en Indo-Chine.
Deux circonstances également favorables assurent la prospérité de la sériciculture en Indo-Chine : le mûrier
LV PUODl CTION T. V SOIK l)\NS LKS COLOMES "JCJ
parfaitement acclimaté donne rapidement des récoltes de feuilles très abondantes ; en second lieu, les éducations de vers à soie peuvent être faites pendant toute Tannée, sauf peut-être durant les mois de janvier et de février au ïonkin, à cause de l'abaissement de la température. Les quantités de soie produites pourraient donc être multipliées aisément, et la répartition des éducations entre les divers mois de Tannée permet de compenser les échecs accidentels en profitant des succès obtenus durant d'autres périodes.
Le mûrier.
Cet arbre est cultivé de deux façons différentes : i"" sur les rives des fleuves ou rivières, dans une zone que des inondations périodiques recouvrent d'une couche de limon très fertile ; 2"" sur des terres plus élevées qui ne sont pas submersibles.
Dans le premier cas, aussitôt après le retrait des eaux, l'Annamite trace des sillons distants de 5o centimètres environ et couche dans ces fosses des boutures de mûrier qu'il recouvre ensuite d'une couche peu épaisse de terre tassée.
La plantation est donc une opération d'une extrême simplicité.
Dès que les boutures ont atteint 20 à 4o centimètres (2 mois après), les cultivateurs commencent à cueillir quelques feuilles, le long de la tige, en respectant la partie terminale de façon à assurer sa croissance.
LA SOIE
Chaque mois la récolte est de plus en plus abondante. La hauteur des tiges atteint i m. 20 à i m. 5o au moment des inondations.
Si les mûriers ne sont que partiellement recouverts par les eaux, ils ne périssent pas et même continuent à croître, si bien que Ton peut voir^, en août et septembre, la cueillette effectuée par des cultivateurs naviguant en paniers, au milieu des plantations. Ils ont soin de •respecter à l'extrémité un nombre de feuilles suffisant pour que l'évaporation et la respiration de la plante soient assurées.
Si les mûriers sont complètement submergés et que cet état se prolonge plus de dix à douze jours^ la plantation est détruite, et le propriétaire devra la renouveler après le retrait des eaux.
Les soins culturaux sont assez réduits : quelques binages et sarclages pour détruire les herbes.
A l'approche du Têt (janvier, février), la végétation se ralentit, la cueillette des feuilles se fait sur toute la longueur de la tige ; les mûriers sont alors coupés au ras du sol. On donne en général à ce moment un labour à la charrue, avec ou sans engrais, suivant la i^ichesse du terrain ; mais le plus souvent le sol est suffisamment enrichi par l'apport des eaux pour qu'une fumure ne soit pas nécessaire. Quelques semaines après, de nouveaux bourgeons ont poussé et la cueillette des feuilles peut se faire.
C'est également vers janvier ou février, après un labour superficiel, que les Annamites plantent le mûrier
LA PUODICTION DE LA SOIE DANS II> COLONIES 8l
dans les terres non soumises à des inondations périodiques.
Les boutures d'une longueur de 3o à f\o centimèlres sont placées horizontalement ou légèrement inclinées dans des sillons distants de i m. 5o à 2 mètres et à o m. 80 à I mètre les unes des autres- On met ensemble *2 ou 3 boutures, on les recouvre de terre fine légèrement tassée ; quelque temps après, on supprime celles qui ont émis les bourgeons les moins vigoureux pour n'en conserver qu'une, et, sur cette bouture, on suj^prime les rejets qui sont le moins bien développés. Dans les espaces intercalaires, on sème fréquemment du maïs, des haricots ou autres plantes à croissance rapide ; des binages fréquents sont nécessaires ; la terre est peu à peu ramenée vers le pied des mûriers, de façon à les chausser fortement, si bien qu'au moment des pluies, entre chaque ligne de mûriers, se trouve un fossé qui sert à l'écoulement des eaux.
Il faut attendre un peu plus longtemps pour faire la première cueillette ; elle a lieu lorsque les jeunes tiges ont atteint une hauteur de i m. 20 à i m. 5o, et on ne j^^rend que les feuilles se trouvant à la partie inférieure si les boutures ont été plantées vers le Têt (janvier, février). Cette première cueillette a lieu au mois d'avril ou de mai, mais la récolte ne commence à être sérieuse qu'en juillet et août.
En décembre ou janvier, les mûriers sont taillés non plus au ras du sol, mais à o m. 80 ou i mètre. Un propriétaire ne taille jamais tous les mûriers à la fois ; il taille par exemple la plus grande partie en décembre et réserve le reste pour alimenter les éducations d'hiver qui sont plus restreintes ; cette partie
LA SOIE
sera taillée fin janvier à fin février, commencement mars, lorsque la récolte pourra se faire sur les mûriers taillés précédemment. Après la taille, les mûriers sont déchaussés par un labour assez profond. Ce labour a lieu après l'épandage d'engrais qui se compose de fumier de bufïles, ou de tourteaux.
Après le labovir, les cultivateurs déposent au pied des mûriers des curures de mares. Par un deuxième labour, la terre est ramenée contre les pieds de mûriers, de façon à les chausser.
Très souvent pendant l'hiver, les Annamites cultivent des légumes divers au pied des mûriers (navets, choux, salades) ; ils arrosent alors ces légumes avec de l'eau additionnée de purin, d'engrais humain ou d'autres matières fertilisantes,
Il est incontestable que les mûriers profitent d'une partie de ces engrais ainsi que des soins culturaux qui sont donnés aux légumes.
D'une façon générale, d'ailleurs, les plantations de mûriers sont très bien entretenues et fréquemment binées et sarclées.
Tous les 3 ou 4 ^ris, les mûriers sont rajeunis, c'est-à-dire qu'au lieu d'être taillés à i mètre du sol, ils sont coupés au ras de terre.
La durée d'une plantation ou, du moins, la période pendant laquelle elle donne le plus fort rendement est de dix à douze ans, et même plus ; mais, en général, au bout d'une dizaine d'années, il y a intérêt à renouveler la plantation.
Variétés de mûrier. — Les variétés de mûrier cultivées en Indo-Chine appartiennent toutes au groupe Moriis Alba.
LA PUODLCTrON DE LA SOIK J)ANS LES COLONIES
Outre les M. Indica, M. Miillicaula, M. Lhou, qui ont la propriété de reprendre de bouture^ même en France, on rencontre un grand nombre d'autres variétés qui possèdent cette propriété sous le climat particulièrement humide et chaud de Tlndo-Chine.
On a proposé de modifier la culture de mûrier de façon à améliorer par ce moyen la qualité des cocons. Diverses personnes ont soutenu que le mûrier annamite dégénérait parce que, uniquement reproduit par boutures, il donnait ainsi une feuille aqueuse constituant une nourriture médiocre pour le ver à soie.
Il paraît peu probable que le fait d'être reproduit par boutures ait causé la dégénérescence des mûriers,
La plantation des mûriers arbres a été préconisée comme une amélioration à apporter. Le mûrier arbre existe au ïonkin. Il suffit qu\m plant de mûrier soit abandonné à lui-même, c'est-à-dire ne soit soumis nia la taille ni à la cueillette répétées des feuilles, pour qu'au bout de quelques années il atteigne les dimensions d'un bel arbre.
L'opinion de M- Vieil, inspecteur d'agriculture, qui s'est spécialisé dans les questions séricicoles, est quç l'exploitation du mûrier arbre ne semble pas avantageuse, tout au moins dans les terrains frais et de bonne qualité, où la cvdture du mûrier taillé est possible.
Tout d'abord il faudrait attendre au moins trois ou quatre an« avant de pouvoir récolter une quantité appréciable de feuilles, tandis que dans le cas des mûriers taillés, on peut récolter trois ou quatre mois après la plantation. D'autre part, la cueillette serait rendue beaucoup plus difficile, en admettant que dans ces régions visitées par les typhons les arbres ne soient pas brisés.
LA SOIE
De plus, la quantité de feuilles récoltées à Thectare serait bien moins considérable, et Tonne pourrait, sans risque d'entraîner la disparition rapide de l'arbre, se livrer à des cueillettes mensuelles et même bimensuelles, comme cela a lieu avec le mûrier taillé.
Tous ces inconvénients ne seraient pas compensés par le profit des cultures intercalaires possibles dans les plantations de mûriers arbres.
La feuille du mûrier arbre est-elle de meilleure qualité que celle du mûrier arbuste ? On s'est basé, pour affirmer le fait, sur ce que, dans la province de Ghodoc (Cochincliine), et dans plusieurs provinces du Cambodge, on recherchait pour les éducations, comme donnant de meilleurs résultats, les graines provenant de vers élevés avec les feuilles du mûrier arbre. En voici en réalité la raison :
Les mûriers arbres se trouvent par groupe de quatre ou cinq dans les parties montagneuses de ces provinces, et leurs feuilles servent à faire de petites éducations très distantes les unes des autres.
Les vers acceptent très difficilement cette feuille et donnent des cocons grossiers et satinés. Malgré ce défaut, les graines provenant de ces éducations donnent de meilleurs résultats que celles qui sont obtenues sur les rives du Mékong, où se trouvent de nombreuses plantations de mûriers taillés et des éducations beaucoup plus importantes. C'est tout simplement parce que les petites éducations de la montagne sont exemptes de maladies et ne sont pas sujettes à la contagion comme les autres.
En résumé, les mûriers arbres pourraient être plantés par les soins des administrations provinciales, soit
le long des roules, soit dans les lerrains de médiocre valeur, et l'autorisation de cueillir les feuilles serait délivrée deux ou trois fois par an, lorscfue les mûriers auraient atteint une taille normale. Mais la plantation du mûrier arbre donne des résultats trop éloignés pour qu'elle puisse être entreprise par les particuliers. (Les cocons obtenus avec ces feuilles ne sont d'ailleurs pas supérieurs, au contraire.)
Comme amélioration à apporter au mode actuel de culture des mûriers, il y a surtout les procédés de taille à réformer.
Les cultivateurs effectuent la taille d'une façon défectueuse ; les brandies sont brisées plutôt que coupées, et ces sections peu nettes favorisent l'introduction de toutes sortes de parasites végétaux et animaux, lesquels amènent le dépérissement et' souvent la mort de Tarbuste.
Il y a lieu également de rechercher les variétés de mûriers qui, à rendement égal, donnent les feuilles dont la valeur nutritive est plus élevée. De nouvelles variétés pourraient être obtenues par semis ou hybridation. Les recherches sont effectuées à l'heure actuelle par la station séricicole de l'Indo-Chine.
Les éducations.
La race la plus répandue en Indo-Chine est une race polyvoltine ^ à cocons jaune d'or.
Les vers éclosent huit à dix jours après la ponte ; ils sont à quatre mues et de petite taille ; une vingtaine
I. Voir, pour l'explication de ces termes, notre chapitre, p, 20.
LA 80IE
de jours après réclosion, ils font leur cocon qui est petit, pointu à une ou deux de ses extrémités et assez faible. Il faut 1.200 à i.^OQ cocons pour faire i kilo, et 22 à 25 kilos de cocons sont nécessaires pour obtenir i kilo de soie grège fdée à l'européenne.
Gomme on le voit, la race a de nombreux défauts ; mais sa grande qualité est d'être parfaitement acclimatée.
Les éducations sont exclusivement familiales. Ce sont surtout les familles de cultivateurs aisés qui se livrent à l'éducation des vers à soie. Les éducateurs qui récoltent plus de 5o kilos de cocons en une seule fois sont relativement rares; mais un même éducateur a souvent, surtout aux époques favorables, des vers à peine éclos, des vers à la deuxième ou troisième mue et des vers sur le point de faire leurs cocons.
L'éducation se fait dans une pièce de riiabitation spécialement réservée à cet effet. Les vers sont placés dans des paniers circulaires en bambous tressés de I mètre à i m. f\o de diamètre. Ces paniers sont superposés sur des supports en bambou. Le tout est entouré d'une moustiquaire ou de stores en bambous. L'entrée de la pièce est également munie de stores. Ces stores ou moustiquaires sont destinés à préserver les vers des piqûres de mouches qui causent de grands ravages dans les éducations.
Les feuilles sont cueillies une à une sur les mûriers, de façon à ne pas abîmer les jeunes bourgeons ; elles sont coupées plus ou moins finement, suivant la grosseur des vers, jusqu'au réveil de la quatrième mue ; à partir de ce moment elles sont distribuées entières. Lorsque les vers sont mûrs, c'est-à-dire prêts à faire leurs cocons.
ils ne cherchent pas, comme ceux des races européennes, à monter sur la bfuyère. Les éducateurs les ramassent à la main dans les paniers et les déposent sur des claies confectionnées avec de la paille de riz, de la paille de sésame, des fougères ou autres menus branchages-
Les éducateurs annamites, comme les éducateurs de tous les pays séricicoles, ont le grave défaut de tenir les vers beaucoup trop serrés et entassés dans les paniers. Ils prétendent, comme d'ailleurs bon nombre d'éducateurs français, qu'avec les vers tenus espacés, il faut distribuer beaucoup plus de feuilles et qu'une partie de cette feuille n'est pas consommée. On devra donc s'efforcer de réagir contre cette pratique.
Maladies,
La pébrine. — Cette maladie cause en Indo-Chine de très grands dommages.
Dans la plupart des éducations, 3o o/o des vers meurent de la pébrine, après la quatrième mue, et parmi les cocons obtenus un grand nombre sont très faibles, le ver y meurt avant même d'avoir pu se transformer en chrysalide. Quelquefois même la mortalité est complète.
La flacherie. — Cette maladie est relativement rare en Indo-Chine ; les cas de flacherie ne sont qu'accidentels et occasionnés surtout par la distribution aux vers de feuilles fermentées.
La muscardine. — Cette maladie est presque inconnue en Indo-Chine. On n'en a observé qu'un seul cas dans une magnanerie construite à l'européenne. Il est fort
LA SOIE
lieureiix qu'il en soit ainsi, car le climat particulièrement chaud et humide de l'Indo-Chine favoriserait singulièrement le dcYelop])ement des spores du Botrytis Bassiana, et la désinlcclion des magnaneries par les vapeurs sulfureuses serait dilîicile ; il est impossible de fermer lioi nirticpiement ces constructions sommaires.
La (jrasserie. — Au Tonkin, c'est principalement dans les éducations d'hiver, lors des variations brusques de température, et quelquefois l'été, par des temps orageux, lorsque la température est accablante et l'état hygrométrique très élevé, que l'on constate des cas de grasserie.
Mais, comme en France, il est rare que cette maladie cause de grands ravages et, d'aillevus, l'on ne connaît pas encore un moyen eflicace de la combattre.
Ennemis du ver à soie. — Comme en Europe, il faut préserver les vers à soie des souris, des insectivores en général et surtout des fourmis. On y arrive en j)laçant les pieds des supports dans des récipients pleins d'eau ou de pétrole. Mais le plus grand ennemi du ver à soie est une mouche spéciale (connhang). Elle pique les jeunes vers à la hauteur d'un stigmate et y dépose un œuf; la jeune larve ne tarde pas à éclore^ croît en même temps que le ver et aux dépens de son tissu graisseux ; lever peut filer son cocon, et la larve devenue assez grande se repaît du corps de la chrysalide, perce le cocon et se métamorphose sous forme d'un petit tonnelet de i3 millimètres de long sur 6 de large ; cette larve deviendra bientôt mouche à son tour.
Les dégâts causés par cette mouche sont très considérables, car une seule peut piquer plusieurs centaines de
vers. Malgré les stores et les moustiquaires, bon nombre de vers sont encore piqués.
Une mouche d'un autre genre cause aussi parfois quelques dégâts. Elle s'attaque, au contraire, aux vers adultes, surtout au moment où ils sont placés sur les claies pour faire leurs cocons. Le ver piqué meurt instantanément, comme foudroyé ; aussitôt après, son cadavre devient noir comme du charbon et il ne tarde pas à entrer en décomposition.
Confection de la (jraine.
Les procédés de confection des graines sont des plus rudimentaires.
Avant de vendre ou de dévider leurs cocons, les éducateurs choisissent à la main ceux qu'ils trouvent les meilleurs ; ils ont soin de les agiter prés de l'oreille pour s'assurer que la chrysalide n'est pas fondue; puis les papillons sortent, s'accouplent, et les femelles sont placées pour la ponte, soit sous des cal bat (tasses), soit au milieu d'un cercle de cendres. Les deux procédés ont pour but d'empêcher les fourmis de venir attaquer les œufs ; le second est préférable, puisque les femelles ne sont pas privées d'air. Dans tous les cas, il y a un nombre fixe de papillons, i5, 20 ou 25, suivant les régions.
On ne laisse jamais les femelles achever leurs pontes ; les Annamites estiment que les premières graines sont les meilleures.
Les graines ne sont pas vendues au poids ; mais l'unité adoptée est le rond, formé par les i5, 20 ou 20 pontes dont nous venons de parler.
LA SOIE
Les œufs provenant de certaines localités jouissent d'une réputation de supériorité. Cela tient à ce que dans ces localités les éducations sont très disséminées et de faible importance. Les causes de contagion y sont, par suite, très atténuées.
Si la [)ébrine n'a pas anéanti la race de vers à soie en Ïndo-Chine, c'est tout d'abord grâce à ces très petites éducations et aussi, croyons-nous, parce que, sous l'action du climat, l'évolution de \d maladie est plus rapide qu'en France.
Les vers les plus atteints meurent avant de faire leur cocon ; beaucoup d'autres font des cocons défectueux et meurent à l'état de cbrysalides ; enfin d'autres donnent des papillons défectueux qui sont éliminés.
Quoi qu^il en soit, la pébrine cause d'énormes ravages, et la plupart des éducations provenant de ces graines sont pébrinées de 3o à 60 0/0.
Dêvida(je des cocons.
Le dispositif employé par les Annamites pour ledévidage des cocons est des plus simples.
Une bassine pleine d'eau est placée svir un foyer en terre pétrie et est cliaufTée avec du charbon de bois, de la paille ou de menus branchages. Une ouvrière plonge une poignée de cocons dans l'eau chaude, les bat avec des baguettes, étire les frisons qu'elle fait glisser sur un petit tour en bambou et recueille dans un panier situé à sa gauche. Les frisons enlevés, les fils de soie de ces cocons réunis vont passer sur de petites poulies, puis sous des crochets placés sur une tige animée d'un mouvement de va-et-vient et enfin s'enrouler sur un mor-
ceaii de bois hexagonal. La rotation de ce dévidoir et le va-et-vient de la tige sont obtenus par une manivelle mue par une ouvrière qui surveille en même temps le devidage des cocons et renroulement des fds.
Ordinairement quatre groupes de cocons sont dévidés simultanément. Dans chacun de ces groupes, le fd est formé par vin nombre de cocons très inconstant : 20, 3o ou 5o cocons, suivant que l'auvrière a pris une poignée plus ou moins grosse de cocons pour les battre. II en résulte une très grande irrégularité dans le fil.
Lorsque la quantité de soie enroulée sur le tour hexagonal est jugée suffisante, Tappareil est démonté et la soie retirée se représente sous forme d'anneaux hexagonaux. Ces anneaux de soie sont, en général, vendus tels quels, à des prix variant, suivant le cours, entre 5 et 8 piastres le kilo.
La soie de ces anneaux est, novis Tavons dit, très irrégulière et ne saurait être employée ainsi. Les anneaux sont redévidés. Une ouvrière exercée fait glisser le fil de ces anneaux entre ses doigts et l'enroule sur quatre bobines ditTérentes ; sur Tune d'elles sont enroulées les parties de fds tout à fait grossières qui constituent des frisons fins ; la soie proprement dite est séparée en trois : grosse, moyenne et fine. Ces fils de soie seront alors employés au tissage des étolTes indigènes.
Malgré ce redévidage, la soie ainsi obtenue ne saurait atteindre la qualité des soies filées à l'européenne, car^ si exercée que soit l'ouvrière, elle ne peut percevoir dans le fil que des différences de diamètre très notables ; de plus, elle est obligée de couper constamment le fil venant de l'anneau et de nouer ces différents morceaux sur l'une ou l'autre des bobines.
LA son:
Les cocons sont filés par les Annamites à Tétat frais ; les chrysalides, retirées après le dévidage des cocons, servent à confectionner des mets recherchés, et leur valeur paie largement les frais de combustible et de main-d'œuvre.
Essais (Vamélioralion .
Tous ceux qui, jusqu'à ces dernières années, se sont occupés de la question séricicole en Indo-Chine, ont accusé le mûrier d'être dégénéré, la race des vers à soie d'être dégénérée ; leur conclusion était qu'il fallait abandonner le mode de cullure et les variétés de mûriers existant en Indo-Chine ; qu'il fallait abandonner la race des vers en Indo-Chine et introduire les races françaises (jui avaient des qvialités bien supérieures.
En réalité, les vers de races françaises, japonaises ou chinoises n'ont donné que des échecs. Les vers meurent surtout après avoir atteint leur taille maxima et consommé par conséquent une quantité considérable de feuilles.
Sous l'influence du climat chaud et humide, ces vers de fort volume, comparés à ceux de la race indigène, ne peuvent éliminer par la surface de la peau, sous forme de vapeur, toute l'eau qu'ils ont absorbée.
Quelquefois, notamment pendant les mois de mars et d'avril, on peut obtenir des cocons avec des graines étrangères. Mais le prix de revient de ces cocons est alors quatre ou cinq fois au moins celui de la valeur réelle des cocons.
Les croisements des races étrangères avec la race annamite donnent des résultats tout aussi mauvais, sinon
LA PRODUCTION DE LA SOIE DANS LES COLOxMES
pires : grande irrégularité dans la grosseur des vers, mortalité aussi forte que dans la race étrangère, cocons irréguliers de forme et de couleur ; enfin dans la descendance, les œufs sont, les uns polyvoltins, les autres monovoltins, et cela quelquefois dans la même ponte.
Les vers de rindo-Chine sont à quatre mues, et il est à remarquer que dans toutes les éducations les vers font leurs cocons presque tous en même temps ; en d'autres termes, la montée d'une éducation est beaucoup plus rapide qu'en France. Quant aux différentes teintes de cocons qui proviendraient uniquement de la dégénérescence des vers ou de leur plus ou moins de vitalité, il est inutile de dire que c'est une invention purement fantaisiste.
Dans une magnanerie annamite^ non seulement les vers sont à l'abri des intempéries, mais la température y est beaucoup plus régulière que dans une magnanerie construite à l'européenne. M. le commandant X., colon à Ïuyên-Quang, s'occupe depuis plusieurs années de sériciculture et a de fort belles plantations de mûriers sur les bords de la rivière Claire.
La première année, il voulut faire construire une magnanerie à l'européenne, d'après les principes exceU lents pour l'Europe donnés par Maillot et autres auteurs : ouvertures spacieuses, appel d'air, etc. Dans cette magnanerie modèle, de construction très coûteuse, les vers réussirent moins bien que dans la case des in~ digènes.
Dans la journée, sous l'action du soleil, la température s'élevait considérablement ; puis s'il survenait un coup de vent ou une nuit un peu fraîche, la température s'abaissait de 10 à 12"".